Oujda est la capitale de la région de l'Oriental, un carrefour oriental du Maroc où l'histoire berbère, arabe et coloniale se croisent au détour d'une ruelle de médina, d'un balcon art déco ou d'un chemin de Beni-Snassen. Elle ne fait peut-être pas la une des guides de voyage, mais c'est précisément ce qui la rend fascinante : authentique, vivante, et chargée d'un patrimoine encore trop méconnu.
Où se trouve Oujda et pourquoi elle mérite le détour ?
Située à l'extrême nord-est du Maroc, à une quarantaine de kilomètres de la frontière algérienne, Oujda domine la plaine de l'Angad. Cette vaste dépression fertile, bordée au sud par les monts des Beni-Snassen et au nord par les contreforts du Rif, a fait de la ville un relais stratégique depuis l'Antiquité. Carrefancée entre le Maghreb et l'Ifriqiya, entre la mer Méditerranée et les oasis du sud, elle a attiré marchands, soldats, saints et voyageurs.
Aujourd'hui, Oujda se rejoint facilement en train depuis Casablanca, en avion ou par la route nationale. Le voyageur y découvre une ville à taille humaine, moins pressée que les métropoles du centre, où les terrasses des cafés demeurent des lieux de conversation et où le souk garde une vraie fonction quotidienne.
Quelle histoire racontent les rues de la médina ?
Fondée au Xe siècle par le chef zénète Ziri ibn Atiyya, Oujda fut longtemps une place forte disputée. La médina actuelle, restructurée sous les Almohades au XIIe siècle, conserve l'empreinte de ces siècles de péripéties. On y pénètre par des portes en pierre, on y déambule dans des ruelles étroites bordées de maisons aux patios intérieurs, de fondouks, de hammams et de petites mosquées.
Chaque quartier raconte une époque. Les remparts, les bastions et les tours de guet rappellent les sièges et les reconstructions. Les noms des rues, parfois hérités des corporations — souk des dinandiers, souk des tisserands — évoquent une économie artisanale qui a fait la prospérité de la ville. Même si beaucoup de métiers ont disparu, l'atmosphère demeure : enfants jouant dans les venelles, odeur de pain sortant du four communal, appels à la prière filtrant au-dessus des toits en tuiles.
C'est dans cette médina qu'on mesure le mieux la continuité du patrimoine oujdi : ni musée figé ni décor pour touristes, mais un tissu urbain habité, usé, aimé.
Que révèlent l'art déco et les places de la ville nouvelle ?
Au-delà des murailles, Oujda change d'époque. La ville nouvelle, construite principalement pendant le protectorat français à partir de 1912, mêle alignements haussmanniens et bâtiments art déco. Les façades géométriques, les ferronneries en zigzag, les bow-windows et les encadrements de portes peints donnent à certains quartiers une allure inattendue, presque cinématographique.
Le cœur de cette Oujda-là bat autour de la place Moulay El Médi. Appelée autrefois place Lyautey, puis place de l'Europe, elle fut le centre administratif et social de la ville coloniale. De là partent les avenues ombragées, les anciens hôtels, le théâtre, les cafés aux noms chargés d'histoire. Si les enseignes ont changé, l'espace public garde sa fonction : promenade du soir, rencontre, passage obligé entre la médina et les quartiers modernes.
Promener un appareil photo dans ce secteur permet de saisir les contrastes du patrimoine urbain : une arcade Art déco jouxtant une façade néo-mauresque, un immeuble des années 1930 voisinant avec une librairie ou un salon de thé contemporain.
Que voir aux portes de la ville : mosquée Sidi Yahya, Beni-Snassen et plaine de l'Angad ?
A quelques pas de la médina, la mosquée Sidi Yahya est l'un des monuments les plus anciens d'Oujda. Fondée au XIIe siècle, elle doit son nom à un saint local et s'élève avec sa silhouette de briques, son minaret et son cour intérieur. Au fil des siècles, elle a été restaurée, mais elle conserve une sobriété almohade qui la distingue des grands édifices religieux des villes impériales.
Plus loin, au sud, les monts des Beni-Snassen invitent à l'évasion. Ce massif, qui donne son nom à la tribu berbère qui l'habite, offre des gorges, des forêts de chênes-lièges et des villages accrochés aux pentes. On y vient pour marcher, respirer, goûter au miel local et rencontrer une ruralité encore préservée. Les Beni-Snassen ne sont pas un décor lointain : ils font partie du paysage mental des Oujdis, qui les évoquent comme refuge d'été et horizon quotidien.
Entre la ville et la montagne s'étend la plaine de l'Angad. Cultivée depuis des siècles, elle est aujourd'hui sillonnée d'orchards, de champs de céréales et de canaux d'irrigation. Au printemps, elle se couvre de vert tendre et de fleurs ; en été, elle devient un plateau doré sous le soleil. Pour comprendre Oujda, il faut la voir depuis cette plaine : la ville s'accroche à la limite du désert et du tell, tournée vers l'est.
Comment vivre Oujda aujourd'hui, entre souks et cafés ?
Le voyageur moderne trouvera à Oujda une ville qui ne se visite pas en coup de vent. Il faut prendre le temps de s'asseoir sur une terrasse, de commander un café noir et de regarder passer les habitants. Il faut arpenter le souk du jeudi, le plus animé de la semaine, où s'entassent les épices, les olives, les tissus, les outils et les babouches. Il faut goûter la pastilla, les brochettes, les cornes de gazelle et les confiseries orientales.
La région de l'Oriental dans son ensemble mérite qu'on s'y attarde. De Oujda, on peut rayonner vers Nador et la Méditerranée, vers Berkane et ses vergers, vers les oasis de Figuig ou les grottes préhistoriques de la région. Mais avant tout, il faut retenir cette qualité première d'Oujda : elle est une ville hospitalière, fière de son identité orientale, tournée à la fois vers le Maroc, l'Algérie voisine et le large horizon méditerranéen.
Pourquoi Oujda reste-t-elle une destination à découvrir ?
Oujda ne se contente pas d'être une étape. Entre la médina millénaire, les façades art déco, la place Moulay El Médi, la mosquée Sidi Yahya, la plaine de l'Angad et les montagnes des Beni-Snassen, elle compose un portrait du Maroc oriental rare et attachant. Son patrimoine n'est pas spectaculaire au sens monumental : il est intime, tissé dans la pierre, les habitudes, les saveurs et les silences des rues.
C'est peut-être là le plus beau cadeau qu'elle offre au visiteur curieux : le sentiment d'avoir découvert, loin des itinéraires battus, une ville qui vit encore pleinement son histoire.
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