Posée à l'extrême nord-est du Maroc, à quelques encablures de la frontière algérienne, Oujda est la capitale naturelle de la région de l'Oriental. Entre la fertile plaine de l'Angad et les premiers contreforts du massif des Beni-Snassen, la ville offre un patrimoine où se mêlent mémoire berbère, influence andalouse et empreinte coloniale. Cette photographie de la galerie « Sans titre-14 d.jpg » invite le visiteur à s'engager dans ses ruelles : médina, art déco, places animées et mosquées anciennes composent un tableau qu'on découvre mieux à pied, au rythme des conversations du souk.
Où se trouve Oujda et quel paysage l'entoure ?
Oujda se situe à près de 550 kilomètres à l'est de Rabat et à 60 kilomètres de la Méditerranée, bien que la mer ne soit pas visible depuis la ville. Elle domine la plaine de l'Angad, une vaste dépression agricole irriguée par des oueds qui descendent des montagnes. Au sud et à l'est, le massif des Beni-Snassen l'enserre de ses collines couvertes de chênes-lièges, de genévriers et de maquis. Ce cadre explique la richesse ancienne de la région : céréales, oliviers, élevage et, autrefois, caravanes reliant le Maghreb au Tell algérien.
Le climat est de type méditerranéen continental. Les étés sont chauds et secs, les hivers frais, parfois arrosés par des pluies violentes qui gonflent les oueds. Pour le voyageur, le meilleur moment pour visiter reste le printemps, lorsque la plaine est verte et que les Beni-Snassen se couvrent de fleurs sauvages. C'est aussi la saison où la médina respire davantage, ses ruelles ombragées devenant un refuge naturel contre la chaleur montante.
Quelle est l'histoire de cette ville-frontière ?
L'origine d'Oujda se perd dans les siècles. Fondée, dit la tradition, au Xe siècle par Ziri ibn Atiya, chef de la confédération berbère des Maghraoua, la ville devient rapidement un carrefour militaire et commercial. Sa position frontalière lui vaut des fortunes contrastées : sièges, reconstructions, influences successives. Au XIIe siècle, les Almohades puis les Mérinides y laissent des monuments dont la mosquée Sidi Yahya, dont la fondation remonte au XIVe siècle et qui reste aujourd'hui l'un des lieux de prière les plus anciens de la ville.
L'époque moderne marque un tournant. Pendant le protectorat français (1912-1956), Oujda devient un pôle administratif et militaire majeur de la zone est du Maroc. Les autorités coloniales tracent de larges boulevards, édifient des bâtiments de art déco, installent une gare sur la ligne Oran-Oujda et modernisent le port de marchandises. Ce passé colonial se lit encore dans les façades de la ville nouvelle, avec leurs géométries sobres, leurs bow-windows et leurs ferronneries. Mais la vieille ville, elle, garde son tissu ancestral : un enchevêtrement de rues, de fondouks et de petites mosquées où le soufisme et le commerce ont longtemps coexisté.
Que voir à Oujda aujourd'hui ?
Le visiteur curieux commence généralement par la médina. On y entre par des portes anciennes, comme Bab Sidi Abdelwahab ou Bab El Gharbi, avant de se laisser porter par les dédales du souk. Tissus, épices, cuivres, babouches et produits du terroir s'étalent dans une atmosphère qui n'a rien d'uniquement touristique : les habitants y font leurs courses, discutent, prennent le thé à la menthe dans les petits cafés de la rue.
Pas loin, la mosquée Sidi Yahya mérite le détour. Reconstruite au XIXe siècle sur des fondations plus anciennes, elle doit son nom au tombeau d'un saint local vénéré depuis des générations. Son minaret blanc domine un quartier populaire où l'on sent encore la présence des confréries soufies qui ont structuré la vie religieuse et sociale d'Oujda.
Plus au centre, la place Moulay El Médi constitue le cœur battant de la ville. Animée le jour, illuminée le soir, elle rassemble familles, passants et vendeurs ambulants. Autour d'elle s'alignent des cafés, des commerces et des bâtiments de l'époque coloniale aux lignes épurées. C'est un excellent point de départ pour comprendre la superposition des deux Oujda : la ville héritée des siècles et la ville moderne née au XXe siècle.
Pourquoi l'art déco d'Oujda mérite-t-il qu'on y prête attention ?
Contrairement à Casablanca ou Marrakech, Oujda n'est pas réputée mondialement pour son architecture. Pourtant, son quartier administratif et ses anciens hôtels abritent des trésors de art déco méconnus. Édifiés entre les années 1920 et 1950, ces bâtiments mêlent modernité européenne et adaptation locale : arcades pour l'ombre, patios pour la ventilation, ornements géométriques aux couleurs ocres et blanches. La poste centrale, l'ancien hôtel de ville, la gare et plusieurs immeubles bourgeois du boulevard Mohammed VI en sont des exemples parlants.
Ce patrimoine du XXe siècle est fragile. Certaines façades ont été dénaturées par des enseignes ou des surélévations ; d'autres attendent une restauration qui permettrait de les remettre en valeur. Pour l'amateur d'architecture, flâner dans ces rues offre une leçon concrète sur la manière dont le protectorat a modelé l'espace urbain, sans pour autant effacer la présence marocaine.
Que découvrir aux portes de la ville ?
Oujda ne se limite pas à son centre. À une dizaine de kilomètres au sud, le massif des Beni-Snassen invite à la randonnée. Les villages berbères perchés, les gorges de l'oued Kiss, les sources et les forêts de chênes-lièges offrent une respiration verte après l'effervescence de la médina. L'itinéraire menant à Tafoughalt ou à Debdou permet d'appréhender une autre facette de la région de l'Oriental, plus rurale, plus silencieuse, ancrée dans des traditions de transhumance et d'agriculture en terrasses.
À l'est, la plaine s'ouvre vers la frontière algérienne. Des fermes, des koubbas de saints et des champs de blé dessinent un paysage de steppe et de culture. C'est aussi le territoire de la figue de Barbarie, de l'olivier et des amandiers, produits que l'on retrouve dans les étals du souk. Pour celui qui dispose d'un peu plus de temps, une excursion vers la région de Saidia et sa lagune, ou vers les grottes préhistoriques voisines, complète agréablement le séjour.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle une place dans votre carnet de voyage ?
Oujda ne ressemble à aucune autre ville du Maroc. Elle n'a ni l'effervescence commerciale de Fès ni le glamour de Marrakech, mais elle possède une authenticité rare, celle des villes de l'Est qui ont longtemps vécu au rythme des caravanes et des frontières. Son patrimoine se tisse de strates : médiéval dans la médina, colonial dans l'art déco du centre-ville, religieux autour de la mosquée Sidi Yahya, convivial sur la place Moulay El Médi.
Entre la plaine de l'Angad et les Beni-Snassen, la région de l'Oriental offre un terrain de découverte à taille humaine. Il suffit de traverser une porte de la médina, de monter dans un café de la place ou de s'enfoncer dans un sentier de montagne pour mesurer combien cette ville, longtemps considérée comme un seuil, mérite d'être elle-même une destination.
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