Posée aux confins orientaux du Maroc, à quelques encablures de la frontière algérienne, Oujda est bien plus qu'une ville de passage. C'est la capitale naturelle de la région de l'Oriental, un carrefour où le Maghreb rencontre l'Algérie et où la Méditerranée n'est jamais bien loin. Entre ses ruelles de médina chargées d'histoire, ses façades art déco héritées du protectorat, ses places animées et ses montagnes verdoyantes, Oujda offre une invitation au voyage que peu de villes marocaines savent formuler avec autant d'authenticité. La photographie Sans titre-11 d.jpg, issue d'un reportage de randonnée près d'Oujda, en dit long : au-delà du bitume et des souks, la ville ouvre sur des paysages de calcaire, de chênes-lièges et de sentiers de montagne où le patrimoine se mesure aussi en pas de marche.

Où se trouve Oujda et quel est son paysage ?

Oujda se situe dans l'extrême nord-est du Maroc, à environ 500 kilomètres à l'est de Rabat et à 60 kilomètres de la Méditerranée. Elle trône au centre de la plaine de l'Angad, une vaste dépression fertile qui s'étire entre le massif des Beni-Snassen au sud et les collines littorales au nord. Cette plaine, autrefois marécageuse, a été asséchée et mise en valeur au fil des siècles, transformée en jardin agricole où l'on cultive l'olivier, l'orangeraie et les céréales.

Le contraste est saisissant. Au sud, les Beni-Snassen dressent leurs crêtes calcaires couvertes de forêts de chênes et de pins, creusées de gorges et de grottes. Au nord, la plaine s'ouvre vers la mer dans une succession de douceurs. Cette double nature fait d'Oujda une ville à la fois méditerranéenne et montagnarde, où l'on peut déjeuner sous les arcades d'un café du centre et, l'après-midi, marcher sur des sentiers de randonnée dominant la plaine.

Quelle est l'histoire qui se cache derrière la médina d'Oujda ?

Fondée au Xe siècle par les Berbères Zénètes, puis développée sous les Almohades et les Mérinides, la médina d'Oujda porte en elle quatorze siècles de passages. Contrairement aux médinas de Fès ou de Marrakech, moins monumentales mais tout aussi denses, celle d'Oujda se découvre dans une maille de ruelles étroites où les souks restent avant tout des lieux de vie quotidienne. Les artisans du cuir, les marchands d'épices, les boulangers aux fourneaux de terre cuite y côtoient les étals de fruits secs et de olives marinées.

Les remparts, partiellement conservés, et les portes historiques rappellent le rôle défensif de la cité. Pendant des siècles, Oujda fut une ville-frontière, convoitée et disputée entre dynasties magnhrebines. Les vestiges de ses anciennes kasbahs et de ses funduqs (caravansérails) témoignent d'un passé de commerce et de transit. Marchandises, idées et hommes transitaient par la région de l'Oriental, faisant d'Oujda un relais essentiel entre l'Algérie et le Maroc atlantique.

Que révèlent l'art déco et le patrimoine colonial de la ville ?

L'arrivée du protectorat français en 1912 bouleverse le visage d'Oujda. Au-delà des murailles, la ville nouvelle s'érige selon un plan en damier : avenues bordées d'arbres, bâtiments administratifs, hôtels de la Poste, villas bourgeoises. C'est là que l'on trouve l'un des héritages les plus remarquables du patrimoine oujdanais : l'art déco.

Les façades géométriques, les ferronneries stylisées, les bow-windows et les frises en céramique colorent le centre-ville d'une élégance surprenante. L'ancien Hôtel de Ville, le théâtre municipal, la Poste centrale et plusieurs immeubles des années 1920-1940 témoignent de cette époque où Oujda devient une vitrine administrative de la zone orientale. Mais ce patrimoine n'est pas figé : ces bâtiments abritent aujourd'hui des administrations, des commerces et des cafés où la vie oujdanaise bat son plein. L'art déco, loin d'être un musée à ciel ouvert, reste un décor vivant de la cité.

Que voir à Oujda aujourd'hui : mosquée Sidi Yahya, place Moulay El Médi et les environs

Le visiteur curieux trouvera à Oujda plusieurs étapes incontournables. Au cœur de la médina, la mosquée Sidi Yahya constitue l'un des monuments les plus anciens et les plus vénérés de la ville. Reconstruite à plusieurs reprises au fil des siècles, elle doit son nom à un saint local et demeure un lieu de dévotion et de mémoire collective. Son minaret, ses arcades et son patio invitent à la contemplation, loin de l'agitation des souks.

À quelques pas, la place Moulay El Médi constitue le cœur battant du centre ancien. Nommée en hommage à un ancien sultan alaouite, elle concentre les cafés, les vendeurs de jus frais et les rassemblements familiaux du soir. C'est le meilleur endroit pour observer le rythme de la ville : enfants qui jouent, hommes en discussion, marchands qui replient leurs étals au crépuscule.

Autour de la ville, d'autres trésors attendent. Le Parc Lalla Aïcha, avec ses jardins et ses allées ombragées, offre une pause verte. Les villages de la plaine de l'Angad, comme Sidi Maâfa ou Aïn Sfa, révèlent une campagne marocaine à taille humaine, faite de khettaras, de champs d'oliviers et de fermes accueillantes.

Pourquoi partir en randonnée dans les Beni-Snassen et la plaine de l'Angad ?

C'est sans doute dans les montagnes que l'âme de la région de l'Oriental se révèle le mieux. Les Beni-Snassen, culminant à plus de 1 500 mètres, forment un massif méconnu du grand public et pourtant spectaculaire. Leurs sentiers serpentent entre des falaises de calcaire, des forêts de chênes-lièges et des gorges où coulent des rivières à l'eau limpide. L'été, la fraîcheur des hauteurs offre un refuge bienvenu face à la chaleur de la plaine. L'hiver, les sommets peuvent même s'habiller d'un léger manteau blanc.

Les randonneurs y croisent des villages berbères isolés, des troupeaux de chèvres et des paysans qui continuent de cultiver des terrasses ancestrales. La photographie Sans titre-11 d.jpg capture précisément cet ailleurs : un sentier de montagne, une lumière dorée, le silence des hauteurs à proximité d'une ville pourtant si proche. Au retour, on redescend vers la plaine de l'Angad, où les champs d'oliviers s'étendent à perte de vue et où les fermes proposent miel, huile d'olive et fromage frais.

Les possibilités ne manquent pas : ascension du Djebel Hamra, traversée des gorges de Boulhaf, baignade dans les sources naturelles de Aïn Kerma ou itinéraire familial autour du barrage de Sidi Mohamed Ben Abdellah. Chaque pas rapproche le visiteur d'un patrimoine naturel et culturel encore intact.

Conclusion

Oujda mérite qu'on s'y attarde. Ni figée dans le temps ni uniformisée par le tourisme de masse, elle conserve une personnalité forte, façonnée par sa position de ville-frontière et par la générosité de ses paysages. Entre les ruelles de la médina, les façades art déco, la sérénité de la mosquée Sidi Yahya, l'effervescence de la place Moulay El Médi et les horizons des Beni-Snassen et de la plaine de l'Angad, la région de l'Oriental dévoile un Maroc authentique, chaleureux et surprenant. Alors, la prochaine fois que vous penserez à un séjour dans le royaume, laissez-vous tenter par l'est : Oujda vous attend, et ses montagnes aussi.

Continuez la découverte :

Explorez la photographie associée à cet article, parcourez notre galerie photos de Oujda ou consultez notre liste complète d'articles.