Si l’on cherche une ville marocaine où le passé méditerranéen, la mémoire coloniale et les vastes horizons de l’Est se rencontrent, Oujda mérite qu’on s’y attarde. Capitale de la région de l’Oriental, perchée sur la plaine de l’Angad et baignée par la lumière des Beni-Snassen, la cité offre un patrimoine dense, une médina vivante et des façades art déco qui racontent les siècles. La photographie présentée ici, intitulée « horizon de l’Oriental », capture bien cette sensation d’espace et de ligne de frontière qui caractérise Oujda. C’est une invitation à découvrir une ville authentique, loin des itinéraires touristiques classiques.
Où se trouve Oujda et quel est son paysage ?
Oujda se situe à l’extrême nord-est du Maroc, à une quinzaine de kilomètres de la frontière algérienne. La ville domine la plaine de l’Angad, une étendue fertile qui servit longtemps de grenier céréalier à la région. Au nord, les monts des Beni-Snassen dessinent une silhouette bleutée qui accompagne le regard jusqu’au soir. Cette situation géographique fait d’Oujda un carrefour ancien entre la mer Méditerranée, l’intérieur de l’Atlas et les hautes plaines de l’Est marocain.
Le climat y est continental : des étés torrides, des hivers frais, et un ciel particulièrement limpide aux saisons intermédiaires. C’est cette luminosité que les photographes aiment saisir. L’horizon y est large, les terres agricoles s’étirent jusqu’aux premières collines, et les horizons lointains rappellent que l’Oriental fut toujours une terre de passage, d’échanges et de vigilance.
Quelle est l’histoire de la médina et de la place Moulay El Médi ?
Fondée ou du moins fortifiée très tôt dans l’histoire du Maghreb extrême-oriental, Oujda possède une médina dont le tracé remonte à plusieurs siècles. Les portes, les ruelles enchevêtrées et les souks couverts témoignent d’une organisation urbaine héritée de l’époque médiévale. Au fil des siècles, la ville fut marquée par les conflits entre dynasties, les échanges avec l’Algérie voisine et les révoltes tribales des environs.
Au cœur de cette vieille ville, la place Moulay El Médi constitue un repère essentiel. Baptisée en hommage à une figure spirituelle attachée à l’histoire de la cité, elle fut pendant longtemps le lieu où convergent commerçants, pèlerins et habitants du quartier. Autour de cette esplanade, se pressent des boutiques d’épices, des ateliers de tisserands, des cafés anciens et des arcades ombreuses. L’ambiance y est familiale, bruyante, parfumée : on y trouve le Maroc oriental dans toute son intensité quotidienne.
« La médina d’Oujda ne se visite pas seulement : elle se respire, au rythme des tasses de thé, des appels à la prière et des marchandises transportées à dos d’âne. »
Que révèle l’architecture art déco d’Oujda ?
Comme plusieurs villes marocaines du XXe siècle, Oujda porte les traces de la présence française, notamment durant la période coloniale qui débute au début des années 1900 et s’accentue après 1912. Lorsque le protectorat se consolida, les autorités coloniales transformèrent la ville en centre administratif, militaire et commercial de la zone orientale. Elles tracèrent de nouveaux boulevards, élevèrent des bâtiments publics et imposèrent un vocabulaire architectural moderne.
C’est ainsi que le art déco oujdi trouve sa place. Dans le centre-ville, certaines façades des années 1920 à 1950 affichent des lignes géométriques, des ferronneries ornementales, des bow-windows et des encadrements de fenêtres soignés. Ces immeubles abritèrent des administrations, des banques, des hôtels et des commerces de luxe. Aujourd’hui, malgré l’usure du temps, ces constructions restent visibles le long des artères principales. Elles constituent un élément précieux du patrimoine architectural de la ville, souvent moins connu que celui de Casablanca, mais tout aussi attachant.
- Les motifs géométriques des grilles et portes d’entrée
- Les façades en béton teinté et pierre apparente
- Les enseignes anciennes et les marquises en fer forgé
- Les immeubles à gradins et les ornements stylisés
Pourquoi la mosquée Sidi Yahya est-elle emblématique ?
Parmi les lieux de culte de la ville, la mosquée Sidi Yahya occupe une place de choix. Fondée selon la tradition au IXe ou Xe siècle, elle serait l’une des plus anciennes mosquées du Maroc. Son minaret, d’une sobriété presque austère, domine un quartier ancien où la mémoire religieuse reste très présente. Le site tire son nom d’un saint local, Sidi Yahya, dont le tombeau attirait jadis de nombreux visiteurs et pèlerins.
La mosquée n’est pas seulement un monument : elle est un repère identitaire pour les habitants d’Oujda. Sa fondation illustre l’ancienneté de la présence islamique dans cette partie orientale du Maghreb. Restaurée à plusieurs reprises au fil des siècles, elle conserve une allure modeste mais profondément respectable, dans la lignée des sanctuaires qui ont façonné le paysage spirituel de l’Oriental.
Que voir et vivre à Oujda aujourd’hui ?
Le visiteur moderne trouve à Oujda une ville à taille humaine, animée par une jeunesse estudiantine, une vie nocturne conviviale et une gastronomie spécifique. La médina reste le premier incontournable : on s’y perd volontiers entre les souks de tissus, les marchands de dattes, les artisans du cuir et les petits restaurants servant des couscous et des tajines parfumés à l’est de l’Atlas. La place Moulay El Médi constitue un point de départ idéal pour cette promenade.
À proximité, le centre-ville colonial invite à une balade d’architecture, entre les façades art déco, les jardins publics et les anciens hôtels de la période du protectorat. Pour les amateurs de nature, les Beni-Snassen offrent des sentiers de randonnée, des gorges et des villages berbères où le temps semble s’être arrêté. La plaine de l’Angad, quant à elle, se découvre à bicyclette ou en voiture, au gré des champs de blé, des oliviers et des fermes traditionnelles.
Oujda est également une porte d’entrée vers la mer Méditerranée : Saidia et ses plages ne sont qu’à une soixantaine de kilomètres. La ville constitue donc une escale complète, entre histoire, culture, montagne et littoral.
Conclusion
Oujda mérite bien mieux qu’une simple halte routière. Capitale de la région de l’Oriental, elle concentre un patrimoine millénaire fait de médina, de mosquées anciennes comme la mosquée Sidi Yahya, de places populaires comme la place Moulay El Médi, et d’un héritage architectural moderne avec son art déco. Entre la plaine de l’Angad et les reliefs des Beni-Snassen, elle propose une expérience marocaine authentique, riche en contrastes et en émotions. Pour celui qui saura lever les yeux vers l’horizon, comme le suggère cette photographie, Oujda réserve de belles découvertes.
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