Cette image du Reportage photo 21 : patrimoine de Oujda nous invite à franchir les portes d'une ville trop souvent oubliée des circuits touristiques classiques. Oujda, capitale de la région de l'Oriental, est pourtant l'une des plus anciennes cités du Maroc oriental. Nichée au carrefour des influences berbère, arabe, andalouse et française, elle mêle ruelles de médina, façades art déco, souks vivants et horizons de plaine de l'Angad. Voici ce que tout visiteur curieux doit savoir avant de la découvrir.
Où se trouve Oujda et quel paysage l'entoure ?
Oujda se situe à l'extrême nord-est du Maroc, à une dizaine de kilomètres de la frontière algérienne et à moins de soixante kilomètres de la Méditerranée. Elle domine la vaste plaine de l'Angad, une terre fertile qui sépare les monts des Beni-Snassen des reliefs du Rif oriental. Cette position géographique explique son rôle ancien de carrefour commercial et militaire entre le Maghreb, l'Algérie et l'Oranie.
Le climat y est continental, avec des étés chauds et des hivers parfois froids. Au printemps, la plaine se couvre de blés, d'orangers et d'oliviers, tandis que les Beni-Snassen offrent des horizons boisés et des gorges abruptes. Ce contraste entre terre agricole et montagne sauvage donne à la région de l'Oriental une identité paysagère très forte, loin des images habituelles du Maroc atlasique ou saharien.
Quelle histoire a façonné la médina d'Oujda ?
Fondée au Xe siècle par la dynastie ziride, Oujda a connu une histoire tourmentée. Détruite et reconstruite à plusieurs reprises, elle a été le théâtre de rivalités entre Almohades, Mérinides, Ottomans, Alaouites et puissances coloniales européennes. En 1844, la ville subit le bombardement de la flotte française lors de l'expédition contre l'émir algérien Abd el-Kader. En 1907, l'armée française occupe Oujda, qui devient ensuite un pôle administratif du Maroc oriental sous le Protectorat.
Ces soubresauts se lisent encore dans la médina. On y trouve des enceintes anciennes, des fondouks, des ruelles couvertes et des portes comme Bab Sidi Yahya ou Bab Sidi Aissa. L'urbanisme dense, fait de cours intérieures et de passages ombragés, répond à un besoin de fraîcheur et de protection. C'est dans ce tissu ancien que se niche la mosquée Sidi Yahya, l'une des plus anciennes de la ville, dont la fondation remonte à la période médiévale et qui reste un lieu de mémoire spirituelle profondément ancré dans le quotidien oujdi.
Que révèle l'architecture art déco du centre-ville ?
Au-delà des remparts, Oujda offre un autre visage, plus récent et tout aussi surprenant. Sous le Protectorat français, entre les années 1920 et 1950, le centre-ville a été largement réaménagé selon les canons de l'urbanisme colonial. Les artères principales ont été alignées, des immeubles de logement, des postes, des banques et des cafés ont émergé dans un style art déco ou néo-mauresque.
Les façades géométriques, les ferronneries ornementales, les bow-windows et les encadrements en pierre de taille témoignent de cette époque. Le boulevard Mohammed VI, anciennement boulevard de la République, conserve encore plusieurs de ces témoignages. Cet héritage colonial n'est pas seulement décoratif : il a structuré la ville moderne, ses commerces, ses rassemblements et sa vie publique. Aujourd'hui, ces bâtiments font partie intégrante du patrimoine oujdi, même si leur préservation reste un enjeu urbanistique majeur.
Que voir à Oujda aujourd'hui ?
La promenade commence naturellement par la médina et ses souks. On y achète des épices, des textiles, des dattes, des olives et des objets d'artisanat local. Puis on gagne la place Moulay El Médi, cœur battant de la ville nouvelle. Cette large esplanade, bordée de cafés et de bâtiments administratifs, est le point de rendez-vous des familles le soir et le théâtre de nombreuses festivités.
Non loin de là, la mosquée Sidi Yahya, avec son minaret élancé et son atmosphère recueillie, mérite une halte. Même si elle est moins monumentale que les grandes mosquées impériales, elle incarne la continuité religieuse et culturelle d'Oujda. Les amateurs d'art déco, eux, auront plaisir à flâner dans le centre-ville pour repérer les détails architecturaux des années 1930-1940.
- La médina et ses souks traditionnels.
- La place Moulay El Médi, espace de vie et de rencontre.
- La mosquée Sidi Yahya, témoin médiéval de la ville.
- Le centre-ville colonial et ses façades art déco.
- Le parc Lalla Aïcha et les jardins publics pour une pause ombragée.
Quelles escapades faire autour d'Oujda ?
La région de l'Oriental mérite qu'on s'y attarde. À une quinzaine de kilomètres au sud, la plaine de l'Angad s'étend en vagues de cultures irriguées, ponctuées de douars et de khettaras. C'est un territoire agricole ancien, où le Maroc oriental cultive blé, orge, légumes et agrumes.
Plus loin, les monts des Beni-Snassen offrent un relief accidenté, des forêts de chênes-lièges et de pins, des cascades et des villages berbères. Cette région, encore peu fréquentée par le tourisme de masse, permet de découvrir une ruralité authentique, des sentiers de randonnée et des panoramas qui contrastent fortement avec l'atmosphère urbaine d'Oujda. Saïdia et ses plages de la Méditerranée, à une cinquantaine de kilomètres au nord, complètent l'offre pour ceux qui souhaitent allier culture et bord de mer.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle le détour ?
Oujda n'est pas une ville musée figée. Elle vit, se transforme et garde intacte son âme de carrefour oriental. Entre la médina millénaire, les façades art déco du Protectorat, la mosquée Sidi Yahya, l'effervescence de la place Moulay El Médi et les horizons de la plaine de l'Angad et des Beni-Snassen, elle constitue une porte d'entrée fascinante vers le Maroc de l'est.
Pour le visiteur attentif, chaque ruelle raconte un commerce, une prière, une présence française, une mémoire berbère. Oujda mérite qu'on s'y arrête, qu'on s'y perde et qu'on en reparte avec l'envie de mieux comprendre la région de l'Oriental, ce bout du Maroc où l'histoire et les paysages se rencontrent avec une intensité discrète mais durable.
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