Oujda se dévoile au visiteur comme une ville aux deux visages. Perchée à l'extrême nord-est du Maroc, dans la région de l'Oriental, elle mêle les senteurs de la médina, les lignes épurées de l'art déco et l'immensité de la plaine de l'Angad. L'image que vous consultez, issue de la Collection d'images 90 consacrée à l'architecture oujdiaise, en dit long : ici, chaque façade raconte un siècle, chaque ruelle résonne d'une mémoire partagée entre le Maghreb et l'Europe. Envie de comprendre ce qui fait le charme de cette cité ? Cinq questions, cinq regards.
"À Oujda, chaque pierre est un passage entre deux mondes."
Où se trouve Oujda et quel est son cadre naturel ?
Oujda est la capitale de la région de l'Oriental, la province la plus orientale du royaume. À seulement quinze kilomètres de la frontière algérienne, elle occupe une position stratégique qui a façonné son destin depuis l'Antiquité. La ville s'étend au creux de la plaine de l'Oriental, bordée au sud par les monts Beni-Snassen et ouverte au nord sur les terres fertiles de la plaine de l'Angad.
Ce cadre offre des contrastes saisissants. L'hiver, les montagnes peuvent accueillir une fine pellicule de neige ; le printemps, la plaine se couvre de blé, d'orangers et d'oliviers. Le climat reste sec et ensoleillé une grande partie de l'année, idéal pour arpenter les rues à pied ou s'enfoncer dans les gorges des Beni-Snassen. C'est aussi un carrefour : routes, rails et aéroport relient Oujda au reste du Maroc, mais aussi, historiquement, à l'Algérie voisine et au bassin méditerranéen.
Quelle est l'histoire qui a façonné cette ville-frontière ?
Fondée à la période médiévale, Oujda a connu un âge d'or sous les Mérinides au XIIIe siècle, avant de devenir un relais commercial et militaire entre Fès, Tlemcen et la Méditerranée. Sa situation frontalière lui vaut des fortunes diverses : sièges, reconstructions, échanges. Au XIXe siècle, elle reste une ville de garnison et de commerce, animée par les souks qui descendent vers la plaine.
C'est avec le Protectorat français, établi en 1912, qu'Oujda change radicalement de visage. Les autorités coloniales aménagent de larges boulevards, tracent un plan d'urbanisme orthogonal et construisent des équipements publics modernes. La ville nouvelle s'installe à côté de la médina, sans toutefois l'effacer. Les années 1920-1950 marquent l'essor de l'art déco : hôtels de ville, postes, banques et villas cossues habillent le centre de façades géométriques, ferronneries et mosaïques. L'indépendance, proclamée en 1956, redonne à Oujda son rôle de capitale régionale et son ancrage marocain, tout en préservant ce patrimoine bicolore.
Que révèle la médina d'Oujda et ses monuments emblématiques ?
La médina d'Oujda n'a pas l'ampleur de celle de Fès, mais elle possède une âme intacte. Entre les remparts et les souks, on déambule dans un dédale de ruelles où résonnent les marchands d'épices, les artisans du cuir et les conversations des habitués. Les portes en bois sculpté, les patios secrets et les fontaines publiques rappellent l'architecture traditionnelle du Maroc oriental.
Deux lieux retiennent l'attention. La mosquée Sidi Yahya, édifice religieux fondé au XIVe siècle puis restauré à plusieurs reprises, domine le quartier par son minaret et son sanctuaire. Non loin, la place Moulay El Médi constitue le cœur battant de la vieille ville. Elle accueille les marchés, les rencontres et les pauses thé à l'ombre des arcades. Autour, les fondouks et les maisons anciennes témoignent d'un savoir-faire architectural local où la pierre, le plâtre et le cèdre se conjuguent avec élégance.
Pourquoi l'architecture oujdiaise mêle-t-elle médina et art déco ?
C'est sans doute la signature la plus surprenante d'Oujda : la coexistence harmonieuse de deux époques. D'un côté, la médina avec ses ruelles sinueuses, ses toits de tuiles et ses patios ombragés. De l'autre, la ville nouvelle et son héritage art déco, visible dans les immeubles du centre, les grilles des balcons et les mosaïques des halls d'entrée.
Ce dialogue entre les styles s'explique par la période coloniale. Entre les années 1920 et 1950, Oujda devient un laboratoire urbain où les architectes français et les entrepreneurs locaux expérimentent des formes modernes tout en s'adaptant au climat. Les villas arborant des bow-windows, les cinémas aux enseignes néon et les cafés aux terrasses larges dessinent une atmosphère de ville méditerranéenne. Aujourd'hui, ce patrimoine attire amateurs d'architecture et photographes, qui parcourent les boulevards à la recherche de détails oubliés : une ferronnerie, une porte en bois verni, une mosaïque au sol.
Que découvrir aux alentours d'Oujda ?
Loin de n'être qu'une étape-frontière, Oujda sert de base idéale pour explorer l'est du Maroc. Les monts Beni-Snassen, situés au sud de la ville, offrent des paysages de falaises, de forêts de chênes-lièges et de gorges profondes. Les randonneurs y trouvent des pistes adaptées à tous les niveaux, ainsi que des villages berbères où l'on produit du miel et de l'huile d'olive.
À l'ouest, la plaine de l'Angad s'étend à perte de vue, parsemée de douars, de champs de céréales et de vergers. C'est ici que se concentre une partie de l'agriculture de la région de l'Oriental. Plus à l'est, la plaine rejoint des zones humides et des marais qui abritent une faune d'oiseaux migrateurs.
- Randonner dans les gorges et forêts des Beni-Snassen.
- Déguster le miel, l'huile d'olive et les produits de la plaine de l'Angad.
- Flâner dans les souks de la médina autour de la place Moulay El Médi.
- Photographier les façades art déco du centre-ville.
Entre culture, nature et gastronomie, les environs prolongent la promesse de la ville : celle d'un Maroc oriental authentique, loin des sentiers trop battus.
Pour conclure, Oujda mérite bien plus qu'un passage rapide. Entre la médina, la mosquée Sidi Yahya, la place Moulay El Médi, les façades art déco et les horizons des Beni-Snassen, elle offre un voyage dans le temps et dans les paysages. Capitale de la région de l'Oriental, elle constitue un patrimoine vivant où chaque coin de rue invite à la découverte. Alors, la prochaine fois que vous traverserez la plaine de l'Angad, laissez-vous tenter par une halte : Oujda vous réserve bien des surprises.
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