Imaginez un ciel où le soleil s'enfonce lentement derrière les collines, teignant de rose et d'or les ruelles d'une ville née au carrefour des empires. C'est Oujda, capitale de la région de l'Oriental, posée à l'extrême est du Maroc comme une sentinelle ouverte sur l'Algérie, la Méditerranée et les monts des Beni-Snassen. La photographie Sans titre-14 a.jpg, intitulée Cliché 23 : crépuscule sur l'Oriental, saisit cette lumière suspendue : celle d'une cité entre plaines, mémoire et horizons. Envie de comprendre ce que cette lumière dit de la ville ? Suivez le guide.
Où se trouve Oujda et que symbolise la plaine de l'Angad ?
Oujda se situe à environ 450 kilomètres à l'est de Rabat, non loin de la frontière algérienne, sur la vaste plaine de l'Angad. Cette plaine, fertile et lumineuse, constitue depuis des siècles le poumon agricole de l'oriental marocain. Blé, oranger et olivier y ont longtemps rythmé le travail des paysans. Pour le visiteur, la plaine de l'Angad offre un premier choc visuel : des terres rousses à perte de vue, ponctuées de ksour et de douars, sous un ciel souvent limpide et large. C'est ici que s'inscrit géographiquement Oujda : entre le Rif au nord et les montagnes des Beni-Snassen au sud, la ville apparaît comme un relais entre le Tell algérien et le Haut Atlas oriental.
Quelle histoire se raconte dans la médina et la mosquée Sidi Yahya ?
Le patrimoine d'Oujda commence par sa médina, un tissu ancien de ruelles, de souks et de portes en bois. Fondée puis développée à travers les périodes almoravide, mérinide et alaouite, la ville ancienne garde l'empreinte des siècles : souks aux épices, fondouks, hammams et mosquées blottis les uns contre les autres. Au cœur de ce paysage urbain se dresse la mosquée Sidi Yahya, l'une des plus anciennes et des plus respectées de la ville. Fondée au XIVe siècle et plusieurs fois restaurée, elle porte le nom d'un saint vénéré qui a marqué la mémoire collective oujdani. Son minaret élancé et son patio ombragé incarnent l'architecture religieuse du Maroc oriental : sobre, chaleureuse, ancrée dans la pierre locale. Flâner dans la médina d'Oujda, c'est goûter à une authenticité préservée, loin des grandes routes touristiques du pays.
Pourquoi l'art déco transforme-t-il le visage de la ville ?
Au-delà des remparts de la médina, Oujda dévoile une autre facette de son histoire : son héritage colonial et ses façades art déco. Pendant le protectorat français (1912-1956), la ville a connu une période d'expansion rapide. De nouveaux quartiers émergent, tracés au cordeau, avec des avenues bordées d'immeubles aux lignes géométriques, balcons en fer forgé et portes cintrées. L'art déco d'Oujda n'est pas un simple décor : il témoigne d'une époque où la ville servait de plaque tournante administrative, militaire et commerciale entre le Maroc et l'Algérie française. Aujourd'hui, ces bâtiments, parfois négligés, parfois restaurés, donnent à Oujda une silhouette singulière : celle d'une ville méditerranéenne aux deux visages, arabe-berbère d'un côté, européen moderniste de l'autre.
Que découvrir autour d'Oujda, des Beni-Snassen jusqu'à la frontière ?
L'attrait d'Oujda ne se limite pas à ses murs. Les environs immédiats recèlent des trésors naturels et humains. Au sud, le massif des Beni-Snassen offre des paysages de montagne aux couleurs ocre et vert, traversés de pistes pastorales et de villages berbères. Le nom renvoie à la confédération des Beni-Snassen, connue pour son histoire de résistance et son attachement aux terres de l'oriental marocain. Plus près de la ville, les sources et les jardins de Sidi Yahya Bni Zroun, la forêt de Sidi Mâafa ou le barrage de Mechraâ Bel Ksiri invitent à la promenade. À l'est, la frontière algérienne, symbolisée par la ligne ferroviaire et les anciens postes douaniers, rappelle que Oujda fut longtemps un carrefour de circulations, d'échanges et parfois de tensions. Même si la frontière reste aujourd'hui étroite, elle reste présente dans l'imaginaire des habitants.
Que vivre sur la place Moulay El Médi et dans le quotidien oujdani ?
Aucune visite d'Oujda n'est complète sans un arrêt sur la place Moulay El Médi, véritable cœur battant de la ville nouvelle. Bordée de terrasses, de commerces et de bâtiments administratifs, elle concentre le bruit, les rencontres et les rituels du quotidien. Le soir, lorsque la chaleur retombe, les familles se promènent, les jeunes s'installent au café, les enfants courent autour de la fontaine. C'est là que l'on comprend la sociabilité oujdani : un mélange de lenteur méditerranéenne et d'énergie orientale. Autour de la place, les restaurants proposent la cuisine de l'oriental : tagines, pastilla, harira, mais aussi les pâtisseries fines comme la corne de gazelle. La place Moulay El Médi est donc un point de départ idéal pour plonger dans l'atmosphère de la ville.
Le patrimoine d'Oujda ne se visite pas seulement : il se respire. On le sent dans les odeurs du souk, dans l'écho des appels à la prière, dans les façades art déco décrépites mais fières. La photographie du crépuscule sur l'Oriental n'illustre pas un simple coucher de soleil : elle capture cette tension douce entre le passé et le présent, entre la médina ancienne et la ville moderne, entre la plaine de l'Angad et les monts des Beni-Snassen.
Oujda mérite qu'on s'y attarde. Pas comme une étape vers ailleurs, mais comme une destination à part entière. Entre la mosquée Sidi Yahya, la place Moulay El Médi, les trésors de la région de l'Oriental et la lumière dorée de l'Angad, elle offre au voyageur curieux une immersion dans un Maroc profond, méconnu et lumineux. Le soir, au moment où le jour s'efface, la ville semble murmurer son histoire à quiconque sait écouter.
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