Située à l'extrême nord-est du Maroc, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne, Oujda se révèle comme une ville de contrastes harmonieux. Elle mêle le murmure séculaire de sa médina, l'élégance géométrique de son quartier art déco et l'immensité dorée de la plaine de l'Angad. Capitale historique de la région de l'Oriental, elle mérite bien plus qu'un simple passage : elle invite à la flânerie, à la rencontre et à la découverte d'un patrimoine où se croisent influences berbères, arabes, andalouses et coloniales.
Où se trouve Oujda et comment s'organise la région de l'Oriental ?
Oujda se niche dans un vaste amphithéâtre naturel, aux portes du Maghreb oriental. À l'est, les monts des Beni-Snassen dessinent une silhouette bleutée qui protège la ville des vents violents ; à l'ouest, la plaine de l'Angad s'étend à perte de vue, parsemée d'oliviers, de champs de céréales et de douars aux murs ocre. Cette position, à la croisée des routes caravanieres reliant Fès, Tlemcen et l'Algérie, a fait d'Oujda un carrefour stratégique et culturel depuis l'Antiquité.
La région de l'Oriental, dont Oujda est le cœur administratif et économique, s'étire le long de la frontière algérienne jusqu'à la Méditerranée. Elle offre une palette de paysages : montagnes boisées du Rif oriental, plateaux arides du Haut-Angad, oasis verdoyantes et côtes encore préservées autour de Saïdia et Nador. Cette diversité fait de l'Oriental une destination encore authentique, loin des flux touristiques les plus habituels du Maroc.
Quelle histoire se lit dans les rues de la médina et de la ville nouvelle ?
Fondée selon la tradition par Ziri ibn Atiyya au Xe siècle, Oujda a connu une histoire mouvementée, marquée par les rivalités dynastiques, les sièges et les renaissances. Les Almohades, les Mérinides, les Saadiens et les Alaouites se sont succédé, chacun laissant une empreinte dans l'architecture et les usages de la ville. Au XXe siècle, la période coloniale française redessine partiellement Oujda : une ville nouvelle naît à côté de la médina historique, avec ses boulevards rectilignes, ses façades ornées et son souci de l'hygiène et de la circulation.
Aujourd'hui, cette dualité fait le charme d'Oujda. Dans la médina, les ruelles étroites dévoilent des portes sculptées, des petites mosquées blanchies à la chaux, des échoppes de dinandiers et des souks où flotte l'odeur du cumin, de l'huile d'olive et du pain sorti du four. Plus loin, l'avenue Mohammed V et ses alentours conservent plusieurs édifices de style art déco : balcons en fer forgé, fenêtres en bow-window, façades colorées et motifs géométriques. Ces bâtiments, hérités des années 1920-1950, témoignent d'une époque où Oujda se voulait moderne et tournée vers l'Algérie voisine.
Que révèlent la mosquée Sidi Yahya et la place Moulay El Médi du patrimoine oujdi ?
Au cœur de la médina, la mosquée Sidi Yahya est l'un des monuments les plus anciens et les plus respectés de la ville. Fondée au XIIe siècle et plusieurs fois restaurée, elle doit son nom à un saint vénéré par la population locale. Son minaret élancé et sa cour pavée en font un repère spirituel autant qu'architectural. À l'heure de la prière, son appel résonne dans les ruelles avoisinantes, rappelant le rôle central de la foi dans la vie quotidienne des Oujdis.
Non loin de là, la place Moulay El Médi constitue un autre pôle identitaire de la ville. Animée le jour par les marchands de fruits, de fleurs et d'épices, transformée le soir en espace de promenade familiale, elle incarne la convivialité oujdi. Autour de cette place se concentrent des cafés historiques, des librairies et des enseignes qui ont traversé les décennies. C'est ici que le visiteur comprend qu'Oujda n'est pas seulement un ensemble de monuments, mais une ville vivante, fière de ses traditions et ouverte aux échanges.
« Oujda, c'est l'Oriental dans sa plus belle expression : un héritage méditerranéen, une âme montagnarde et un art de vivre qui se savoure au rythme du thé à la menthe. »
Que voir autour d'Oujda, des Beni-Snassen à la plaine de l'Angad ?
L'aventure ne s'arrête pas aux portes de la ville. Les montagnes des Beni-Snassen, situées à une petite heure de route, offrent des paysages de forêts de chênes-lièges, de gorges abruptes et de villages berbères accrochés aux flancs des collines. Les randonneurs y trouvent des sentiers ombragés, des cascades saisonnières et une faune riche en oiseaux migrateurs. L'été, la fraîcheur de ces hauteurs contraste agréablement avec la chaleur de la plaine.
La plaine de l'Angad, quant à elle, invite à la contemplation et à la lenteur. Cette vaste étendue agricole, irriguée depuis des siècles par des khettaras et des canaux, nourrit la région en céréales, légumineuses et olives. Au printemps, elle se couvre d'un tapis de coquelicots et de blé vert qui ondule sous le vent. Les villages de l'Angad conservent une architecture rurale typique : maisons en pisé, greniers collectifs et jardins clos. C'est aussi le territoire des troupeaux de moutons et des cavaliers qui perpétuent l'élevage local.
Pour les amateurs de détente, la station balnéaire de Saïdia, à environ une heure au nord, propose des plages de sable fin bordées de la Méditerranée. Plus à l'est, la ville frontalière de Berkane et la vallée du Zegzel offrent des paysages de vergers et de montagnes propices à l'écotourisme.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle aujourd'hui une halte dans l'Oriental marocain ?
Oujda séduit par son authenticité. Loin des circuits touristiques standardisés, elle propose une immersion dans un Maroc oriental souvent méconnu. Le visiteur peut commencer sa journée par un petit-déjeuner de msemmen et de thé dans un café de la médina, déambuler le long des façades art déco de la ville nouvelle, prier ou simplement admirer la sérénité de la mosquée Sidi Yahya, avant de finir l'après-midi sur la place Moulay El Médi, un verbe de jus d'orange à la main.
Le patrimoine matériel et immatériel d'Oujda s'enrichit encore de sa musique, de sa gastronomie et de ses savoir-faire artisanaux. La ville est réputée pour ses artisans du cuir, ses tisserands et ses producteurs de dattes et d'olives. Les festivals qui s'y déroulent, notamment autour de la musique andalouse et du chaâbi oriental, prolongent une tradition de rayonnement culturel qui remonte à plusieurs siècles.
En choisissant Oujda, le voyageur choisit la rencontre. Il découvre une ville fière de son passé, ancrée dans la région de l'Oriental, ouverte sur la mer et les montagnes, capable de conjuguer mémoire et modernité avec une élégance discrète. Entre les ruelles chargées d'histoire de la médina, l'élégance architecturale du art déco, la spiritualité de la mosquée Sidi Yahya, l'animation de la place Moulay El Médi, les escapades dans les Beni-Snassen et la sérénité de la plaine de l'Angad, Oujda offre un voyage complet, celui d'une ville-frontière où l'on se sent ailleurs, mais aussi profondément chez soi.
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