Posée à l'extrême nord-est du Maroc, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne, Oujda est la porte d'entrée de la région de l'Oriental. Souvent éclipsée par les villes impériales de l'ouest du pays, elle recèle pourtant un patrimoine dense, un passé de carrefour méditerranéen et une atmosphère de ville-frontière où se mêlent influences berbères, arabes et européennes. C'est ici, sur la plaine de l'Angad, que l'histoire du Maroc oriental s'écrit depuis plus de mille ans.
Où se trouve Oujda et quel est son cadre naturel ?
Oujda s'étire au pied du massif des Beni-Snassen, une chaîne montagneuse couverte de chênes-lièges et de forêts de thuyas qui domine la ville de l'ouest. Au nord et à l'est, la plaine de l'Angad déroule ses terres fertiles, parsemées d'oliveraies et de champs de céréales, jusqu'à la frontière algérienne. Cette situation, entre montagne et steppe, entre Mer Méditerranée et Sahara, a fait de la ville un carrefour naturel des échanges commerciaux et culturels. Le climat y est plus continental que sur la côte : les hivers peuvent être froids, les étés torrides, et le printemps offre une lumière particulière qui dorre les façades ocre de la médina.
Quelle est l'histoire d'Oujda, de sa fondation au protectorat ?
On fait remonter la fondation d'Oujda aux alentours du Xe siècle, lorsque des tribus zénètes s'établirent sur ce site stratégique. Au fil des siècles, la ville devint une place forte convoitée : Almoravides, Almohades, Mérinides et Saadiens s'y disputèrent le contrôle de la route reliant Fès à l'Algérie. Au XVIe siècle, les Ottomans d'Alger marquèrent durablement la région de l'Oriental de leur empreinte administrative et architecturale. Mais c'est surtout au XXe siècle, pendant le protectorat français (1912-1956), qu'Oujda connaît sa mutation urbaine la plus visible. Les autorités coloniales tracent de larges avenues, installent une gare, un hôpital et de nombreux édifices publics. C'est de cette époque que date le cœur moderne de la ville, avec ses immeubles d'appartements, ses arcades et ses façades ornées de motifs géométriques. L'art déco y laisse des traces discrètes mais identifiables, notamment sur les balcons en fer forgé et les portes des anciens hôtels particuliers du centre-ville.
Que voir à Oujda : médina, mosquées et places vivantes ?
Le visiteur curieux trouve à Oujda un centre ancien authentique, loin des circuits touristiques les plus fréquentés. La médina, bien que plus modeste que celle de Fès ou de Marrakech, conserve des ruelles animées, des souks aux épices, des artisans ferronniers et des bouchers traditionnels. Au cœur de ce tissu urbain se dresse la mosquée Sidi Yahya, un édifice religieux dont l'histoire remonte à plusieurs siècles et qui constitue l'un des repères spirituels les plus anciens de la ville. Non loin de là, la place Moulay El Médi constitue le véritable poumon de la ville. C'est ici que se croisent familles, marchands, passants et étudiants, autour de terrasses de cafés où l'on s'attarde à regarder le spectacle de la rue. Le patrimoine architectural d'Oujda ne se limite pas à la médina : le quartier administratif, la gare, l'ancien hôtel de ville et plusieurs villas bourgeoises témoignent de l'époque coloniale et méritent une promenade attentive.
Quels paysages et excursions explorer autour d'Oujda ?
L'intérêt d'Oujda dépasse largement ses seuls murs. Les Beni-Snassen invitent à la randonnée, avec leurs villages en terrasses, leurs sources et leurs gorges où l'eau court même en été. On y découvre une autre facette du Maroc, plus rurale et plus sauvage, où les traditions berbères restent vivantes dans les marriages, les textiles et l'artisanat du bois de thuya. La plaine de l'Angad, elle, offre des paysages de culture à perte de vue, ponctués de ksour et de douars. Plus à l'est, la ville de Saidia et ses plages méditerranéennes sont accessible en une petite heure de route, tandis que la frontière algérienne, bien que politiquement fermée aux voyageurs, reste présente dans l'imaginaire local comme une ligne de fracture et de continuité à la fois.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle le détour aujourd'hui ?
Oujda n'est pas une ville musée figée : c'est une ville qui vit, qui chante, qui discute. Sa population jeune, animée par les universités et les échanges avec l'Europe voisine, lui donne une énergie contemporaine qui dialogue sans cesse avec son passé. La gastronomie locale, mêlant influençes fassiennes, oranaises et berbères, propose des tagines aux pruneaux, des pastillas salées, des boulettes et des pâtisseries aux amandes qu'il faut goûter sur la place Moulay El Médi ou dans les ruelles de la médina. Le patrimoine d'Oujda, qu'il soit islamique, colonial ou berbère, raconte une histoire de métissage et de résilience. Entre l'élégance austère de la mosquée Sidi Yahya, les lignes épurées de l'art déco urbain et la douceur des contreforts des Beni-Snassen, la capitale de la région de l'Oriental offre une expérience de voyage à part, authentique et dépaysante.
"Oujda, c'est le Maroc qui regarde vers l'est : un peu secret, beaucoup vivant, et toujours prêt à surprendre qui prend le temps de s'y arrêter."
Alors, la prochaine fois que vous envisagez un voyage dans le Maroc oriental, laissez-vous tenter par Oujda. Flânez dans sa médina, levez les yeux sur ses façades oubliées, montez vers les Beni-Snassen au coucher du soleil et revenez vous asseoir sur une terrasse de la place Moulay El Médi. Là, entre le bruit des tasses et l'appel à la prière, vous comprendrez pourquoi cette ville, berceau de l'Oriental, mérite bien sa place dans toute galerie de souvenirs du Maroc.
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