La photographie Sans titre-18 d.jpg, intitulée « Place d'Oujda », capture l'âme d'une ville où le temps semble s'écouler au rythme des chaises alignées sur un trottoir, des passants pressés et d'une architecture qui raconte plusieurs siècles d'histoire. Oujda, chef-lieu de la région de l'Oriental, trône au cœur de la plaine de l'Angad, à quelques encablures seulement de la frontière algérienne. Ville de passage, ville de commerce, ville de prière, elle mérite bien mieux qu'une halte furtive.
Où se situe Oujda et quel paysage l'entoure ?
Oujda se trouve à l'extrême nord-est du Maroc, à environ 15 kilomètres de la frontière algérienne et à quelque 360 kilomètres de la Méditerranée. Elle est la capitale administrative de la région de l'Oriental, une vaste bande de terre qui s'étire des contreforts du Rif jusqu'aux montagnes des Beni-Snassen, puis vers les Hauts Plateaux. Le cadre est saisissant : au nord, les collines ondulantes mènent à la mer ; au sud, les monts des Beni-Snassen dressent leurs crêtes roussâtres comme une muraille naturelle.
La ville repose sur la fertile plaine de l'Angad, l'un des greniers agricoles du Maroc oriental. Ici, les vergers de figues, d'oliviers et de grenadiers se mêlent aux champs de céréales. Au printemps, la plaine vire au vert émeraude ; en été, elle revêt des teintes dorées qui rappellent la proximité du Sahara. Ce contraste entre terre fertile et montagnes arides donne à la région une personnalité double, presque méditerranéenne et saharienne à la fois.
Quelle est l'histoire de la place photographiée ?
La place capturée sur la photographie 44 de la galerie Oujda à visiter n'est autre que la place Moulay El Médi, l'un des carrefours les plus emblématiques du centre-ville. Son nom honore Moulay El Médi, figure locale marquante, et son ambiance reflète le mélange propre à Oujda : bancs publics où l'on papote, terrasses de cafés, passants traversant en diagonale, façades aux lignes parfois austères, parfois ornées.
À l'époque du protectorat français, entre 1912 et 1956, cette place fut réaménagée selon les canons de l'urbanisme colonial : axes bien tracés, bâtiments de fonction regroupés, esplanade servant de scène à la vie quotidienne et aux cérémonies officielles. Avant cela, le site appartenait à l'ancienne médina, dont les remparts et les portes structuraient la circulation. La porte principale, Bab Sidi Abdelwahab, se trouvait à proximité. Aujourd'hui, la place Moulay El Médi reste un point de repère incontournable, à mi-chemin entre le vieux quartier et la ville nouvelle.
Que découvrir dans la médina et autour de la mosquée Sidi Yahya ?
Le patrimoine d'Oujda se concentre avant tout dans sa médina, l'un des souks les plus authentiques de l'est marocain. Contrairement aux grandes métropoles touristiques, la vieille ville n'a pas été transformée en parcours muséal. Elle vit. On y trouve des marchands de tissus, des dinandiers, des boulangers dont le four à bois parfume les ruelles, et des librairies où le Coran côtoie les manuels scolaires.
Le cœur spirituel de ce quartier est la mosquée Sidi Yahya. Fondée au XIVe siècle, elle fut reconstruite à plusieurs reprises, notamment après les séismes qui secouèrent la région. Son minaret blanc, visible de loin, domine les toits de tuiles brunes. À l'intérieur, les stucs et les boiseries témoignent d'une esthétique andaluso-marocaine qui privilégie la sobriété et la luminosité. Le nom de la mosquée renvoie à Sidi Yahya, saint local vénéré par les habitants, dont le mausolée attirait jadis des pèlerins venus de toute la région de l'Oriental.
Autour de la mosquée, les ruelles se resserrent. On y découvre des maisons anciennes aux portes en bois clouté, des petites places ombragées par des figuiers, et des fontaines où l'on venait autrefois puiser l'eau. L'authenticité du lieu fait le charme de la promenade : pas de fausses boutiques de souvenirs, mais un tissu social vivant, où chaque artisan connaît ses voisins depuis des générations.
Pourquoi l'art déco marque-t-il autant le visage d'Oujda ?
En sortant de la médina, le visiteur pénètre dans la ville nouvelle, et c'est là que se révèle une autre facette du patrimoine oujdanais : l'art déco. Durant les années 1920 et 1930, Oujda connut un boom urbain lié à sa fonction militaire et administrative. Les architectes français et les entrepreneurs locaux élevèrent des immeubles aux lignes géométriques, aux balcons en fer forgé, aux frises et aux bow-windows colorés.
Les plus beaux exemples se trouvent le long de l'avenue Mohammed VI, anciennement avenue de la République, et dans les rues adjacentes. Les façades pastel, les moulures florales stylisées, les portes en bois verni rappellent une époque où l'on croyait que l'avenir du Maroc oriental s'écrirait en béton et en symétrie. Certaines demeures privées, aujourd'hui partagées entre plusieurs familles, conservent des vitraux, des carrelages et des rampes d'escalier d'une grande finesse.
Cet héritage n'est pas figé. Plusieurs associations locales militent pour la réhabilitation de ces immeubles, convaincues que l'art déco constitue un atout touristique majeur. Des visites guidées commencent à mettre en lumière ce patrimoine méconnu, mêlant histoire coloniale, savoir-faire européen et adaptation aux climats locaux.
Que voir dans la région de l'Oriental et chez les Beni-Snassen ?
Oujda est une base idéale pour explorer la région de l'Oriental. Au sud, les monts des Beni-Snassen offrent des paysages de gorges, de forêts de chênes-lièges et de villages berbères accrochés aux flancs des collines. Les randonneurs y trouvent des sentiers moins fréquentés que ceux du Moyen Atlas ou du Haut Atlas, et une hospitalité villageoise authentique. Les Beni-Snassen doivent leur nom à la grande tribu qui peuplait ces montagnes, connue pour son indépendance et ses traditions pastorales.
À une heure de route environ, le site préhistorique de Taforalt mérite le détour. C'est l'une des plus anciennes nécropoles connues en Afrique du Nord, avec des sépultures datant de plus de 12 000 ans. Plus près d'Oujda, la forêt de Sidi Maâfa invite à la promenade et aux pique-niques dominicaux. Côté frontière, la ville de Berkane et ses environs agrumicoles prolongent la douceur de la plaine de l'Angad jusqu'à la Méditerranée.
La cuisine locale prolonge cette découverte. Le tajine d'agneau aux figues, le couscous aux légumes de saison, le thé à la menthe servi à satiété, et les pâtisseries aux amandes composent un tableau gourmand qui reflète la richesse agricole de la plaine et la rusticité des montagnes.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle qu'on s'y attarde ?
Oujda ne se laisse pas approcher en coup de vent. Elle révèle ses trésors à qui prend le temps de marcher, de regarder et d'échanger. Entre la médina ancienne, la place Moulay El Médi, la mosquée Sidi Yahya, les façades art déco et les horizons de la plaine de l'Angad, la ville propose une lecture dense du Maroc oriental. Elle est à la fois porte du Maghreb et fenêtre sur l'Algérie, carrefour de cultures berbère, arabe, andalouse et européenne.
Pour les voyageurs en quête d'authenticité, la région de l'Oriental et les montagnes des Beni-Snassen offrent un contrepoint parfait à l'agitation des grandes métropoles. Oujda invite à ralentir. Et c'est peut-être là son plus beau message : dans cette ville de l'extrême est marocain, le patrimoine ne se visite pas, il se vit.
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