Cette image s’intitule « Reportage photo 43 : carte postale de l’Oriental ». Elle n’est pas qu’un simple cliché. Elle incarne l’âme d’Oujda, cette ville de l’extrême est marocain qui regarde à la fois vers l’Atlas, vers l’Algérie voisine et vers la Méditerranée lointaine. Porte de l’Orient, carrefour des influences berbère, arabe et méditerranéenne, Oujda mérite bien sa réputation de carte postale vivante. Voici ce qu’un visiteur curieux doit savoir avant de poser le pied dans la région de l’Orient.
Où se trouve Oujda et qu’est-ce que la région de l’Orient ?
Oujda se niche dans le nord-est du Maroc, à une centaine de kilomètres de la mer Méditerranée et à quelques dizaines de kilomètres de la frontière algérienne. Elle est le chef-lieu de la région de l’Oriental, un vaste territoire qui s’étend du Rif oriental aux monts Beni-Snassen, puis jusqu’à la plaine de l’Angad. Cette position géographique explique tout : pendant des siècles, Oujda a été un point de passage obligé pour les caravanes, les armées, les commerçants et les lettrés.
La ville bénéficie d’un climat contrasté. Les étés sont chauds et lumineux, parfaits pour arpenter la médina tôt le matin. Les hivers, plus frais, laissent parfois place à une lumière cristalline qui sculpte les façades blanches et ocre. C’est précisément cette lumière qui donne à Oujda son allure de carte postale intemporelle.
Quelle est l’histoire qui se cache derrière cette carte postale ?
La fondation d’Oujda remonte au XIIIe siècle, sous la dynastie zianide. La ville a très vite joué un rôle stratégique entre le Maghreb central et le Maroc. Au fil des siècles, elle change plusieurs fois de mains : mérinides, saadiens, alaouites. Chaque dynastie y laisse une trace, qu’il s’agisse d’une muraille, d’une porte monumentale ou d’un quartier de marchands.
Le protectorat français, instauré en 1912, transforme profondément le visage urbain. On construit de larges avenues, des édifices administratifs, des villas aux lignes géométriques. C’est de cette époque que date une partie du patrimoine architectural visible aujourd’hui, notamment le quartier art déco qui borde le centre-ville. Cette période n’a pas seulement modifié la pierre : elle a aussi façonné les habitudes, le commerce, la gastronomie et la vie de quartier. L’ancienne carte postale de l’Oriental évoque sans doute cette Oujda-là, entre tradition et modernité affichée.
« Oujda, c’est une ville qui a toujours regardé vers l’autre rive, sans jamais renier ses racines. »
Que révèle l’architecture oujdie : médina, art déco et mosquée Sidi Yahya ?
Le cœur historique d’Oujda, sa médina, reste le meilleur point de départ. On y pénètre par des portes anciennes, on y découvre des ruelles ombragées, des fondouks, des hammams et des souks où l’on vend encore les épices, les textiles et les céramiques à l’ancienne. La médina n’est pas un musée figé : c’est un espace de vie, bruyant, coloré, parfumé. C’est aussi un élément essentiel du patrimoine oujdi.
À quelques pas de là, le visiteur bascule dans un autre siècle. Les façades art déco, avec leurs courbes, leurs frises et leurs balcons en fer forgé, témoignent du goût européen des années 1920-1940. Certains immeubles ont été réhabilités, d’autres attendent patiemment une nouvelle vie. Ensemble, ils forment un décor unique au Maroc, loin des circuits touristiques les plus fréquentés.
Parmi les monuments incontournables, la mosquée Sidi Yahya occupe une place à part. Fondée au Xe siècle et plusieurs fois remaniée, elle doit son nom à un saint local vénéré. Non loin de là, des zaouïas et des oratoires rappellent le rôle spirituel et culturel d’Oujda dans la région. L’architecture religieuse oujdi, sobre et majestueuse, dialogue harmonieusement avec les édifices profanes.
Que voir aujourd’hui autour de la place Moulay El Médi ?
La place Moulay El Médi est le véritable poumon de la ville contemporaine. Animée jour et soir, elle concentre cafés, terrasses, commerces et passage piéton. Pour le visiteur, elle constitue un excellent point d’ancrage : d’un côté, l’effervescence urbaine ; de l’autre, les ruelles de la médina qui s’ouvrent à quelques pas.
Autour de cette place, on peut :
- prendre un café dans un établissement centenaire et observer la vie locale ;
- flâner dans les souks à la recherche de dattes, d’amandes, d’huile d’olive et de handicrafts ;
- admirer les façades coloniales et art déco qui bordent les artères principales ;
- rejoindre la médina à pied pour une immersion plus profonde.
C’est aussi un lieu de rencontre. Les Oujdis y discutent, y prennent le frais le soir, y célèbrent les événements familiaux. S’asseoir sur une terrasse de la place, c’est déjà commencer à comprendre la ville.
Que découvrir au-delà de la ville, entre Beni-Snassen et plaine de l’Angad ?
Oujda ne se limite pas à son centre ancien. Aux portes de la ville s’étend la plaine de l’Angad, une terre fertile où alternent champs de céréales, vergers et jardins irrigués. Cette plaine, parsemée de douars et de khettaras, offre des paysages doux et lumineux, particulièrement au lever et au coucher du soleil. Elle est le garde-manger historique de la ville et un témoin silencieux de son ancrage rural.
Plus loin, vers le sud, se dressent les Beni-Snassen. Ce massif montagneux, moins connu que le Haut Atlas ou le Rif, recèle des gorges, des forêts de chênes-lièges et des villages berbères aux maisons en pierre. Les amateurs de randonnée y trouvent des itinéraires accessibles et authentiques, loin des sentiers battus. Entre plaine et montagne, le contraste est saisissant : en quelques kilomètres, le visiteur passe des terres cultivées aux pentes boisées, des horizons ouverts aux vallées encaissées.
Cette diversité paysagère fait de la région de l’Orient une destination à part. Elle ne se visite pas en coup de vent : elle se découvre lentement, en prenant le temps de s’arrêter, d’écouter, de goûter.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle une place dans votre carnet de voyage ?
Oujda est une ville à l’écart des grandes foules, ce qui constitue précisément son charme. Elle offre une médina vivante, un patrimoine art déco surprenant, des monuments spirituels comme la mosquée Sidi Yahya, des places conviviales comme Moulay El Médi, et des environs naturels variés entre la plaine de l’Angad et les Beni-Snassen.
Chaque coin de rue raconte une époque : la fondation zianide, le passage des caravanes, la période coloniale, la vie contemporaine. Oujda n’est pas une destination de catalogue : c’est une invitation à l’exploration. Pour celui qui prend la peine de s’y attarder, la ville dévoile une carte postale bien réelle, faite de lumière, de pierre, de voix et de mémoire. Une carte postale qu’on n’envoie pas : qu’on garde en soi.
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