Oujda n’est pas une ville comme les autres. Perchée à l’extrême nord-est du Maroc, à quelques encablures de la frontière algérienne, elle se présente comme la première pierre de la région de l’Oriental, un vaste territoire où les montagnes des Beni-Snassen dialoguent avec la plaine de l’Angad. C’est ici que commencent les grands itinéraires vers l’Est, là où le paysage change, où l’histoire s’épaissit et où le visiteur découvre une facette du Maroc plus secrète, plus sauvage, profondément attachée à son patrimoine.
Où se situe Oujda et quel paysage l’entoure ?
Oujda se trouve à environ 360 kilomètres à l’est de Fès et à 130 kilomètres de la Méditerranée, dans une position de carrefour qui a forgé son identité. La ville domine la plaine de l’Angad, une terre fertile et historiquement convoitée, parsemée d’oliviers centenaires et de douars qui semblent figés dans le temps. Au sud, les monts des Beni-Snassen dressent leurs crêtes abruptes, offrant des vallées vertigineuses, des grottes et des forêts de chênes-lièges que les randonneurs commencent enfin à explorer.
Ce cadre naturel n’est pas un simple décor. Il a conditionné l’économie, les échanges et même les défenses de la ville. De la plaine montent les bruits du marché, du labour et des caravanes ; des montagnes descendent les bergers, les contes et les melodies du hawzi. Entre ces deux mondes, Oujda s’est bâtie comme un point d’équilibre, un lieu de passage obligé entre le Tell algérien, le Rif et le Haut Atlas.
Quelle histoire a façonné la médina d’Oujda ?
Fondée au Xe siècle par les Maghraouas, puis consolidée par les Zénètes, Oujda possède une médina dont le tissu urbain porte encore les strates des siècles. Contrairement aux médinas impériales de Fès ou de Marrakech, celle d’Oujda se découvre avec humilité : des ruelles plus étroites, des fondouks plus modestes, mais une atmosphère authentique que le tourisme de masse n’a pas encore lissée.
La période coloniale, qui s’étend de 1907 à 1956 dans cette partie du Maroc, a laissé une empreinte visible. L’administration française a tracé un nouveau centre-ville aux portes de la vieille ville, introduisant des rues rectilignes, des immeubles de rapport et une esthétique art déco que l’on retrouve encore sur les façades des boulevards Mohamed VI et des environs de la gare. Ces deux époques — médiévale et coloniale — cohabitent sans se confondre. La médina garde ses portes, ses hammams et ses médersas ; la ville nouvelle affiche ses balcons en fer forgé, ses bow-windows et ses frises géométriques typiques des années 1920-1930.
Pourquoi la mosquée Sidi Yahya est-elle au cœur du patrimoine spirituel ?
Au centre de la médina se dresse la mosquée Sidi Yahya, un des édifices religieux les plus anciens et les plus respectés de la ville. Fondée au XIIe siècle sous les Almohades, elle a été restaurée à plusieurs reprises, notamment à l’époque de la dynastie des Mérinides. Son minaret trapu, ses arcades en plein cintre et sa cour pavée composent un ensemble sobre et majestueux, caractéristique de l’architecture religieuse du Maghreb oriental.
Sidi Yahya est plus qu’un monument : c’est un lieu de mémoire. Les oujdouis y célèbrent le vendredi, les enfants y passent encore par les portes des écoles coraniques avoisinantes, et les visiteurs y cherchent le calme nécessaire pour mesurer la profondeur du temps. La proximité avec les souks, les fondouks et les terrasses de la médina fait de la mosquée un repère incontournable pour qui veut comprendre la vie quotidienne d’Oujda.
Que peut-on découvrir autour de la place Moulay El Médi ?
La place Moulay El Médi constitue l’un des poumons de la ville contemporaine. Animée du matin jusqu’à tard dans la nuit, elle concentre cafés, théâtres de rue, discussions politiques et familiales. C’est le point de rencontre entre la mémoire coloniale et la vitalité populaire d’aujourd’hui. Autour de cette place, les façades art déco côtoient les enseignes lumineuses des pâtisseries et des salons de thé, créant un paysage urbain unique au Maroc.
Le soir, la place change de rythme. Les jeunes s’y retrouvent après le travail, les musiciens improvisent, les marchands ambulants proposent des graines grillées et des jus de fruits frais. C’est aussi un bon point de départ pour flâner jusqu’au souk central, où les étals de textiles, d’épices et de poteries révèlent les couleurs et les parfums de l’est du Maroc.
Que voir aux portes d’Oujda, dans la région de l’Oriental ?
Au-delà des remparts, le patrimoine d’Oujda s’étend sur toute la région de l’Oriental. À une heure de route, les montagnes des Beni-Snassen invitent à la randonnée et à la découverte de villages berbères où l’on fabrique encore le fromage artisanal et le miel sauvage. Plus au nord, les stations balnéaires de Saïdia et de Ras El Ma offrent une Méditerranée moins fréquentée que l’Atlantique, avec des plages de sable fin bordées de pins.
Plus à l’intérieur des terres, la plaine de l’Angad déploie ses champs d’oliviers, ses ksour et ses qanats, ces galeries souterraines d’irrigation héritées d’une ingéniosité agricole ancienne. Pour les amateurs d’histoire, la ville de Figuig, aux sept ksour de terre ocre, ou la route des oasis jusqu’à Jerada, offrent des prolongements naturels à un séjour oujdoui. Chaque excursion renforce l’impression qu’Oujda n’est pas une étape, mais un seuil.
Conclusion
Oujda mérite qu’on s’y attarde. Entre la médina séculaire, les échos art déco du centre-ville, la sérénité de la mosquée Sidi Yahya et l’effervescence de la place Moulay El Médi, la ville offre un tableau complet du Maroc oriental. Elle est le point d’entrée d’une région de l’Oriental où la plaine de l’Angad et les Beni-Snassen composent un patrimoine encore vivant, encore fragile, mais toujours généreux. Pour le voyageur curieux, ouvrir la porte d’Oujda, c’est entrer dans une autre histoire du Maroc.
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