Si vous cherchez une destination marocaine authentique, loin des sentiers trop battus, posez vos valises à Oujda. Capitale de la région de l'Oriental, nichée à l'extrême nord-est du Maroc, cette ville frôle l'Algérie et ouvre les portes du Sahara oriental. Entre plaine de l'Angad fertile, montagnes des Beni-Snassen et héritage hispano-marocain, Oujda offre un patrimoine dense, une architecture étonnante et une atmosphère de ville-frontière chargée d'histoire.

Où se trouve Oujda et quel est son cadre naturel ?

Oujda se situe à environ 350 kilomètres à l'est de Fès et à 130 kilomètres au sud de la Méditerranée, dans une position stratégique qui a façonné son destin. La ville s'étend au cœur de la plaine de l'Angad, une vaste étendue agricole traversée d'oueds et bordée au nord par les collines des Beni-Snassen. Cette chaîne montagneuse, dont les sommets dépassent parfois 1 500 mètres, abrite des forêts de chênes-lièges, des sources fraîches et des villages berbères où l'on produit encore du miel et de l'huile d'olive artisanale.

Le climat y est contrasté : étés torrides, hivers frais, et une lumière crue qui sculpte les façades ocre du centre-ville. À quelques encablures, le parc national des Beni-Snassen invite à la randonnée, tandis que la région de l'Oriental s'enfonce vers le sud en une succession de steppes, gorges et ksour silencieux. C'est un territoire de transition, entre le Tell algérien, le Rif occidental et les premières langues du désert.

Quelle histoire a écrit Oujda au fil des siècles ?

Fondée au Xe siècle par les Zénètes, Oujda fut pendant des siècles un carrefour militaire, religieux et commercial. Sa position de ville-frontière la rendit convoitée : Almohades, Mérinides, Ottomans et Saadiens s'y succédèrent, laissant chacun leur empreinte dans les murailles, les portes et les fondouks de la médina. Au XVIIe siècle, la ville connut une période faste sous Moulay Ismaïl, qui la fortifia pour défendre le Maroc contre les incursions venues de l'est.

L'époque coloniale, à partir de 1907 puis sous le protectorat français à partir de 1912, transforma profondément Oujda. Les autorités coloniales aménagèrent une ville nouvelle à côté de la médina historique, avec des avenues droites, des immeubles administratifs et un style art déco que l'on retrouve encore aujourd'hui. Cette période divisée, parfois douloureuse, a laissé des bâtiments singuliers : le palais de justice, l'ancien hôtel de ville, les villas bourgeoises aux ferronneries géométriques. Marchés, cafés et gare vinculaient alors Oujda à l'Algérie voisine, à Oran et à Alger, plus qu'à Casablanca ou Rabat. Cette double identité, marocaine et méditerranéenne, constitue l'une des originalités du patrimoine oujdanais.

Que voir à Oujda aujourd'hui ?

Le visiteur curieux trouve à Oujda un centre ancien dense et vivant. Commencez par la place Moulay El Médi, véritable cœur battant de la ville, où les terrasses des cafés s'animent dès le matin, où les enfants font courir leurs cerfs-volants et où les calèches attendent les promeneurs. Non loin, la mosquée Sidi Yahya domine le paysage urbain de son minaret élancé. Fondée à l'époque médiévale et plusieurs fois restaurée, elle reste un repère spirituel majeur pour la population.

Plongez ensuite dans la médina. Ses ruelles étroites dévoilent des souks spécialisés : tissus, épices, cuivre, babouches, olives et fromage de chevre local. Les portes anciennes, comme Bab el Gharbi, rappellent l'enclos fortifié d'antan. Au détour d'une ruelle, vous croiserez peut-être un fondouk converti en atelier de menuiserie, une zaouïa aux murs blanchis ou une cour ombragée où séchait autrefois le grain. Loin de l'effet musée, la médina d'Oujda reste un quartier populaire et laborieux.

Plus à l'ouest, le centre-ville colonial offre un contraste saisissant. Les façades art déco, les bow-windows, les garde-corps en fer forgé et les enseignes en lettres peintes évoquent l'Oujda des années 1920-1950. Promenez-vous le long du boulevard Mohammed VI, anciennement avenue de la République, et observez ces bâtiments qui mériteraient une restauration attentive. Le jardin de l'Oriental, évoqué dans ce reportage, appartient à cette veine : il mêle végétation méditerranéenne, allées ombragées et fragments d'une esthétique paysagère héritée du protectorat.

Quelles expériences vivre autour d'Oujda ?

L'arrière-pays oujdanais vaut largement une excursion. Direction les Beni-Snassen pour une randonnée dans les gorges de Boulânouar ou une halte dans les villages de Tafoughalt ou Zegzel. Là-bas, la montagne s'ouvre en cascades, grottes et forêts de chênes. Au printemps, les amandiers en fleur teintent les pentes de blanc et de rose. On y déguste une cuisine de terroir aux accents berbères et andalous : tajine de mouton aux pruneaux, rfissa, couscous aux sept légumes, et le célèbre miel de thym des Snassen.

Plus près de la ville, la plaine de l'Angad se découvre à vélo ou en voiture. Champs de céréales, vergers d'oliviers, puits anciens et khettarat témoignent d'une agriculture millénaire. L'oued Kiss, qui traverse la région, a alimenté des jardins et des moulins pendant des siècles. Le soir venu, revenez à Oujda pour une promenade nocturne sur la place Moulay El Médi, sous les néons des enseignes et le parfum des graines de tournesol grillées.

Pourquoi Oujda mérite-t-elle qu'on s'y attarde ?

Parce qu'elle est à la fois un condensé du Marco oriental et une ville trop souvent négligée par les guides touristiques. Oujda ne se visite pas en coup de vent : il faut accepter son rythme, écouter ses accents, goûter ses spécialités et accepter que le passé y parle plusieurs langues. Entre la médina séculaire, les façades art déco, la mosquée Sidi Yahya, l'animation de la place Moulay El Médi et la proximité des Beni-Snassen, elle constitue une porte d'entrée idéale pour explorer la région de l'Oriental.

Oujda, ce n'est pas une étape. C'est un regard croisé entre la plaine de l'Angad, la montagne et la mémoire.

Que vous soyez amateur d'architecture, de photographie de rue, de gastronomie ou de nature, la ville et son arrière-pays vous réserveront des surprises. Emportez chaussures de marche, appareil photo et patience : à Oujda, chaque rue, chaque jardin et chaque visage racontent un pan du patrimoine marocain.

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