Au nord-est du Maroc, là où le Haut Plateau oriental bascule vers les plaines de l'Algérie, Oujda se tient comme une sentinelle chargée d'histoire. Fondée en 994 par Ziri ibn Atiyya, chef des Berbères zénètes, elle devint rapidement la capitale d'un royaume qui comptait au nombre des plus influents du Maghreb médiéval. Depuis mille ans, la ville garde les traces de ses ambitions, de ses sièges et de ses renaissances. Pour le visiteur, Oujda n'est pas seulement une étape vers la frontière : c'est une porte ouverte sur l'âme profonde de l'Oriental.
Une cité de pierres et de légendes
Dès qu'on pénètre dans la médina, le temps change de rythme. Les ruelles étroites serpentent entre des façades ocre, des portes de bois sculpté et des arcs en fer à cheval qui évoquent l'art hispano-mauresque. Au détour d'une ruelle, on découvre Dar El Makhzen, l'ancien palais royal, dont la cour intérieure et les salons ornés de zellige racontent la vie des princes zénètes puis de l'administration coloniale. C'est ici que se nouèrent, au fil des siècles, les destins politiques de tout le Maroc oriental.
La présence française, marquée par l'arrivée des troupes en 1907, a laissé une empreinte architecturale complexe. Le quartier de la ville nouvelle, tracé au XXe siècle, mêle avenues bordées d'eucalyptus, villas à arcades et bâtiments administratifs de style néo-mauresque. Cette dualité — médina ancienne d'un côté, art déco et modernisme colonial de l'autre — constitue l'un des charmes les plus singuliers d'Oujda. Chaque façade porte une signature : celle des artisans du passé et celle des urbanistes d'une époque où la ville devait incarner l'idée d'une Orient moderne.
Entre oasis, collines et horizons méditerranéens
Au-delà des remparts, le paysage s'ouvre. L'oasis de Sidi Yahya, nichée à quelques kilomètres du centre, offre une respiration luxuriante. Palmiers-dattiers, jardins irrigués par des foggaras et kiosques ombragés composent une scène qui semble figée depuis des siècles. Les familles oujdies y viennent encore pour le pique-nique du vendredi, entourées du murmure des eaux et du chant des oiseaux migrateurs.
Plus loin, les monts du Zérrouk et le djebel Hamra dessinent une ligne de crête aride et splendide. En hiver, les sommets se couvrent parfois d'une neige légère, tandis que les plaines, au printemps, explosent en tapis de coquelicots et de céréales. Cette opposition entre la sécheresse des collines et la douceur des vallées irriguées donne à la région une beauté presque cinématographique. Le coucher de soleil sur Oujda, vu depuis les hauteurs, est un spectacle dont on se souvient longtemps.
Une vie quotidienne entre traditions et effervescence
Oujda vit au rythme de ses marchés. Le souk des textiles, avec ses étoffes de Fès, ses burnous et ses tapis berbères de l'Oriental, plonge le visiteur dans une palette de couleurs et de parfums. Les artisans du cuir et de la maroquinerie y côtoient les marchands d'épices, de figues séchées et d'huile d'olive locale. Chaque conversation débute par un thé à la menthe et finit souvent par une invitation à partager un repas.
La ville est aussi un foyer universitaire et artistique. L'Université Mohammed Premier, fondée dans les années 1970, anime le quartier étudiant et nourrit une scène culturelle vivante. Concerts de musique andalou et chaâbi, festivals de cinéma et expositions d'art contemporain se succèdent tout au long de l'année. Dans les cafés du centre, on discute football, poésie et actualités avec une chaleur que les grandes métropoles ont parfois perdue.
Un héritage à préserver et à partager
Le patrimoine d'Oujda ne se limite pas à ses monuments. Il réside dans la gastronomie — le couscous aux sept légumes, les tagines aux pruneaux, les pâtisseries aux amandes — et dans les récits familiaux que chaque génération transmet. Les mosquées anciennes, comme celle de Sidi Zouine, les fondouks autour des caravansérails, les bains publics restaurés : chaque pierre participe à une mémoire collective qui mérite d'être connue au-delà des frontières.
Le défi d'aujourd'hui est de concilier préservation et modernité. Des initiatives locales visent à restaurer les riads du vieux quartier, à valoriser l'artisanat et à développer un tourisme culturel respectueux des habitants. Oujda n'a pas vocation à devenir une vitrine muséifiée : elle reste avant tout une ville habitée, bruyante, généreuse.
Pourquoi Oujda mérite le détour
Venir à Oujda, c'est choisir l'aventure du hors des sentiers battus. C'est goûter à une autre manière d'être marocain, plus proche de l'Algérie et de la Méditerranée que de l'Atlantique. C'est arpenter une médina authentique, gravir les collines au crépuscule, partager un tajine dans une maison de famille et comprendre que le Maroc oriental possède son propre tempo, sa propre mélodie.
« Oujda ne se visite pas, elle se ressent : dans la chaleur de ses murs, dans la lumière de ses soirs et dans l'accueil de ceux qui la font vivre. »
Que l'on soit amoureux d'histoire, passionné d'architecture ou simple voyageur en quête d'authenticité, la ville offre une expérience dense et sincère. Entre mémoire zénète, héritage colonial, paysages de contrastes et art de vivre oriental, Oujda invite chacun à ralentir, à observer et à se laisser surprendre. C'est tout le sens de cette galerie : montrer, image après image, pourquoi l'Orient marocain mérite d'être découvert.
- Fondation : 994 par Ziri ibn Atiyya
- Patrimoine : médina, Dar El Makhzen, oasis de Sidi Yahya
- Architecture : art hispano-mauresque et héritage colonial du XXe siècle
- Paysages : plaines fertiles, djebel Hamra, monts du Zérrouk
- Culture : souks, musique andalou, Université Mohammed Premier
