Oujda n’est pas une ville comme les autres. Perchée à l’extrême nord-est du Maroc, à quelques encablures de la frontière algérienne, elle domine la plaine de l’Angad et regarde vers les monts des Beni-Snassen. Capitale de la région de l’Oriental, elle a longtemps été le premier seuil du royaume pour celui qui arrive de l’Est, carrefour des routes du Maghreb et d’Ifriqiya. La photographie « Sans titre-29 d.jpg » en saisit l’âme : un horizon dégagé, une lumière qui allonge les ombres, la promesse d’un paysage à la fois aride et hospitalier.

Comment lire ce tableau ? Entre les lignes, on devine les sillons des jardins irrigués, le passage des caravanes, les sentinelles de pierre des collines. C’est une invitation à ralentir, à comprendre qu’Oujda ne se visite pas seulement, elle se ressent. Son patrimoine ne tient pas qu’aux monuments : il habite le grain de la terre, le murmure des souks et la géométrie de ses ruelles.

Où se trouve Oujda et quel paysage l’entoure ?

Oujda se situe à l’orée du Maroc oriental, à moins de quinze kilomètres de la ville algérienne de Maghnia. Cette proximité frontalière a façonné son destin : pendant des siècles, marchands, voyageurs et armées y ont croisé leurs routes. Au nord, la Méditerranée n’est qu’une cinquantaine de kilomètres plus loin ; au sud, les premiers contreforts des Beni-Snassen dessinent une ligne bleue sur l’horizon. Entre les deux s’étend la vaste plaine de l’Angad, terre de céréales et d’oliviers que l’eau des oueds rend généreuse malgré les étés arides.

Le climat y est méditerranéen et contrasté : hivers frais parfois humides, étés chauds et lumineux. C’est cette lumière-là que la galerie photo met en scène. Elle révèle un patrimoine paysager aussi précieux que les pierres : des champs striés, des chênes-lièges accrochés aux pentes, des villages blottis dans la courbe des vallées. Pour le visiteur, l’Oriental commence par ce choc visuel entre immensité et détails.

Quelle histoire se lit dans ce paysage de l’Oriental ?

La ville d’Oujda naquit officiellement en 994, fondée par Ziri ibn Atiya, chef des Zénètes, sur une éminence dominant la plaine. Dès l’origine, elle fut une place forte convoitée. Almohades, Mérinides, Ottomans et Alaouites s’y sont succédé, chacun laissant une trace dans les fortifications, les portes ou les sanctuaires. Au XIIe siècle, les Almohades dotèrent la cité d’une grande mosquée et renforcèrent son enceinte, affirmant son rôle religieux et militaire face aux puissances voisines.

Plus tard, la période coloniale marqua un tournant. La bataille d’Isly, en 1844, vit les troupes françaises écraser l’armée marocaine aux portes de la région. En 1912, le protectorat transforma Oujda en ville de garnison et en plaque tournante administrative. La médina ancienne, aux ruelles sinueuses, se retrouva juxtaposée à une ville nouvelle au tracé régulier. Ce double visage définit aujourd’hui le charme d’Oujda : l’ancien et le moderne ne se superposent pas, ils se répondent.

Que révèlent la médina et le patrimoine religieux d’Oujda ?

Entrer dans la médina d’Oujda, c’est plonger dans un tissu urbain où le temps s’est ralenti. Les ruelles rectilignes ou sinueuses mènent de surprises en surprises : souks aux épices, ateliers de dinandiers, façades aux portes peintes, zelligs éclatants sous les arcades. On y respire encore l’odeur du cuivre chauffé, du cuir et des herbes séchées. Les artisans y perpétuent des gestes transmis de père en fils, faisant de la médina un patrimoine vivant autant qu’architectural.

Au cœur de cet univers se dresse la mosquée Sidi Yahya, la plus ancienne mosquée de la ville. Fondée au XIIe siècle sous les Almohades, elle doit son nom au saint Sidi Yahya ben Younes, figure vénérée de la région. Son minaret, épuré et élancé, domine les toits de tuiles et les terrasses. À ses pieds, les fidèles et les passants croisent leurs pas, mêlant devotion et vie quotidienne. Non loin, d’autres sanctuaires, fontaines et médersas complètent ce paysage de foi et de savoir où chaque pierre raconte un siècle.

Pourquoi la place Moulay El Médi et l’art déco racontent-elles une autre Oujda ?

Sortir de la médina, c’est découvrir une autre écriture de la ville. La place Moulay El Médi en est le cœur battant. Dessinée à l’époque du protectorat, elle réunit cafés, terrasses, kiosques et alignements d’arbres dans une harmonie qui rappelle les places méditerranéennes. Le soir venu, la lumière dorée glisse sur les façades, les enfants jouent autour du jardin central et les conversations montent des chaises en rotin. C’est ici que Oujda se donne à voir dans sa dimension populaire et conviviale.

Mais ce qui surprend le promeneur, c’est la présence d’un remarquable art déco. Hôtels, immeubles administratifs et anciens cinémas portent encore leurs balcons en fer forgé, leurs lignes géométriques et leurs frises stylisées. Construits entre les années 1920 et 1940, ces édifices témoignent de l’ambition coloniale de faire d’Oujda une vitrine moderne. Aujourd’hui, ils constituent un patrimoine du XXe siècle qu’il faut savoir regarder : derrière l’élégance des façades se lit toute une époque de transformations.

Que découvrir dans la région de l’Oriental, entre Angad et Beni-Snassen ?

L’excursion autour d’Oujda vaut largement le détour. À l’ouest, la plaine de l’Angad s’étend comme un tapis vert et doré. Oliviers, blé, orge et légumes irrigués composent une mosaïque agricole dont la région tire une partie de sa richesse. Au petit matin, la brume se lève au-dessus des champs et les villages semblent flotter entre terre et ciel. C’est un paysage de patience, façonné par des siècles de labour et de maîtrise de l’eau.

Au sud, les Beni-Snassen offrent un autre visage. Ce massif montagneux, couvert de forêts de chênes-lièges et de pins, invite à la randonnée. Sources fraîches, grottes, villages en pierre et regards plongés sur la vallée du Moulouya se succèdent au fil des sentiers. Pour celui qui veut comprendre la région de l’Oriental, il faut marcher dans ces collines : on y mesure la diversité d’un Maroc fait de plaines généreuses et de montagnes secrètes. Entre l’Angad et les Beni-Snassen, Oujda apparaît enfin dans sa juste mesure, ville-porte entre deux mondes.

« Oujda, ce n’est ni le début ni la fin du voyage : c’est le seuil où l’histoire s’offre au regard, et où le paysage devient mémoire. »

L’article et la photographie convergent vers une même invitation. Oujda ne se résume pas à une étape sur la route de l’Est : elle mérite qu’on s’y arrête, qu’on arpente sa médina, qu’on s’attarde sous les arcades de la place Moulay El Médi, qu’on lève les yeux vers le minaret de la mosquée Sidi Yahya. Entre art déco et pierres anciennes, entre plaine de l’Angad et Beni-Snassen, la région de l’Oriental déploie un patrimoine rare et généreux. Pour le voyageur curieux, Oujda est une promesse tenue : celle de découvrir un Maroc de lumière, de contrastes et de mémoire.

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