La photographie Sans titre-2.jpg évoque un road trip à travers l'Oriental marocain, entre Oujda et les confins sahariens de la région. Image 51 d'une galerie dédiée à la ville, elle capture ce qui fait l'âme de l'est du Maroc : l'immensité des paysages, la lumière crue des plaines, et la promesse d'une découverte loin des sentiers battus. Mais au-delà de l'effet visuel, que cache cette région ? Où situer Oujda, quelle est son histoire, que reste-t-il de son patrimoine, et que peut-on y vivre aujourd'hui ? Voici un guide pour comprendre et aimer cette ville-frontière.
Où se trouve Oujda et qu'est-ce que la région de l'Oriental ?
Oujda est la capitale de la région de l'Oriental, un vaste territoire qui s'étend sur l'extrême nord-est du Maroc, aux portes de l'Algérie. Elle se niche à environ 450 kilomètres à l'est de Rabat, dans la plaine de l'Angad, une cuvette fertile qui fut longtemps le grenier à blé de l'est du pays. À l'horizon, on devine déjà les contreforts du massif des Beni-Snassen, une chaîne montagneuse peu connue mais spectaculaire, couverte de forêts de chênes-lièges et de pins.
L'Oriental, créé en 2015 par le découpage administratif marocain, regroupe les provinces d'Oujda-Angad, Nador, Berkane, Taourirt, Jerada et Figuig. C'est une région de transitions : entre le Tell algérien et le Haut Atlas, entre la Méditerranée et le Sahara, entre l'histoire française, berbère et arabe. Cette position de carrefour explique son caractère à part, plus proche dans l'âme de Tlemcen ou de Constantine que de Casablanca.
Quelle est l'histoire d'Oujda, une ville aux fondations anciennes ?
Fondée à plusieurs reprises au cours des siècles, Oujda naît véritablement comme cité commerciale à la fin du IXe siècle, sous l'impulsion des dynasties berbères Idrissides. Située sur la route reliant Fès à l'Algérie, elle devient rapidement un carrefour stratégique : marchés de grains, caravanes de sel, passage des pèlerins, échanges de tissus et d'épices.
Au XIVe siècle, la ville connaît un âge d'or sous les Mérinides, qui y construisent des madrasas et fortifient la médina. Au XVIe siècle, elle passe sous influence ottomane, avant d'être reprise par les Saadiens. Mais c'est la période coloniale, à partir de 1907 et surtout du Protectorat français à partir de 1912, qui transforme profondément Oujda. Les autorités coloniales tracent de larges boulevards, implantent une gare, un tribunal, un hôpital, et surtout une architecture urbaine d'inspiration européenne qui côtoie aujourd'hui encore les souks et les fondouks de la vieille ville.
« Oujda est une ville qui regarde à la fois vers Fès et vers Alger. C'est toute son histoire. »
Que reste-t-il du patrimoine d'Oujda dans la médina et au-delà ?
Le patrimoine d'Oujda se lit d'abord dans sa médina, plus modeste que celle de Fès ou de Marrakech, mais authentique et vivante. On y trouve encore des portes anciennes, des fondouks, des doukkalas, des ruelles où artisans et commerçants continuent leurs activités. Les souks restent le cœur battant du quartier : épices, olives, dattez, tissus, cuivres, et ce bruit constant des marchandages.
À quelques pas de là, la mosquée Sidi Yahya domine le paysage. Fondée au XIVe siècle et restaurée à plusieurs reprises, elle porte le nom d'un saint vénéré dans la région. Son minaret blanc et ses zelliges font d'elle l'un des repères spirituels et architecturaux les plus marquants d'Oujda.
Mais le patrimoine de la ville ne se limite pas à l'ère précoloniale. Le centre-ville abrite aussi un remarquable héritage art déco, avec ses façades géométriques, ses balcons en fer forgé, ses fenêtres cintrées. Les anciens cafés, les hôtels désuets et les immeubles des années 1920-1940 racontent la ville cosmopolite d'avant-guerre, où colons, Juifs d'Oujda, Espagnols et Marocains cohabitaient autour de la place Moulay El Médi, aujourd'hui encore un lieu de promenade populaire.
Que voir et vivre à Oujda aujourd'hui ?
Les visiteurs trouvent à Oujda une atmosphère différente de celle des grandes cités impériales. Ici, pas de guide ni de file d'attente touristique : la ville se découvre en flânant, en prenant le temps.
- La médina et ses souks : idéale le matin, pour le thé à la menthe et les petits-déjeuners traditionnels.
- La mosquée Sidi Yahya : un arrêt incontournable, même pour les non-musulmans, pour l'architecture et le calme des jardins environnants.
- La place Moulay El Médi : le point de rencontre des Oujdis, bordée de cafés et de kiosques à jus.
- Les environs : la plaine de l'Angad, les collines des Beni-Snassen, la grotte des Pigeons à Grotte, les thermes de Beni-Snassen, et plus loin les oasis de Figuig.
La gastronomie locale vaut aussi le détour. La chakhchoukha, la rfissa, les olives marinées, les figues de Barbarie et les dattes de la région de Taourirt composent une cuisine de terroir, généreuse et parfumée.
Pourquoi un road trip dans l'Oriental vaut-il le détour ?
C'est précisément ce que suggère la photographie Sans titre-2.jpg : la route comme mode d'exploration. L'Oriental se prête admirablement aux itinéraires en voiture, entre Oujda, Saidia, Nador, Berkane et les montagnes des Beni-Snassen. Les paysages y sont variés et souvent vides, ce qui leur confère une beauté austère et méditative.
On traverse des champs de blé, des vergers d'orangers, des forêts de chênes-lièges, puis soudain des falaises et des gorges peu fréquentées. Les villages berbères des Beni-Snassen, avec leurs maisons en pierre et leurs terrasses, offrent une autre facette du Maroc. Et si l'on pousse jusqu'à Figuig, on découvre un palmeraie classé au patrimoine mondial de l'UNESCO, aux portes du Sahara.
Ce road trip n'est pas celui des catalogues touristiques. Il demande du temps, de la curiosité, et le goût des rencontres improvisées. En retour, il offre une intimité rare avec le paysage et les habitants.
Conclusion : Oujda, une invitation à ralentir
Oujda et la région de l'Oriental méritent qu'on s'y arrête. Entre patrimoine médiéval de la médina, traces coloniales et architecture art déco, spiritualité de la mosquée Sidi Yahya, vie de quartier autour de la place Moulay El Médi, et immensité de la plaine de l'Angad et des Beni-Snassen, la ville propose une expérience de Maroc profond et méconnu. La photographie de ce road trip n'est qu'une porte ouverte. Derrière, il y a des ruelles à arpenter, des routes à prendre, des thés à partager. Oujda n'est peut-être pas la plus célèbre des villes marocaines. Elle est sans doute une des plus sincères.
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