La photographie Sans titre-22 nous emporte vers l'est du Maroc, là où la région de l'Oriental déploie ses paysages de plaines, de collines et de villes chargées d'histoire. Au centre de cet espace, Oujda se dresse comme une porte ouverte sur l'Algérie, sur le passé colonial, sur le soufisme et sur une culture de frontière unique. Que raconte cette ville ? Pourquoi mérite-t-elle le détour ? Voici un guide pour comprendre son patrimoine avant d'en arpenter les ruelles.
Où se trouve Oujda et quel est son paysage ?
Oujda se niche dans l'extrême est du royaume, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne. Elle est le chef-lieu de la région de l'Oriental, un vaste territoire qui s'étend du Rif septentrional jusqu'aux montagnes des Beni-Snassen, en passant par la fertile plaine de l'Angad. Cette dernière, parsemée d'orangeraies et de champs de céréales, irrigue l'imaginaire des voyageurs : on y respire un air de Méditerranée orientale, mêlé de poussière du Sahara.
Autour de la ville, les reliefs des Beni-Snassen dessinent un horizon bleuté. Ces montagnes, peuplées de villages berbérophones, offrent des panoramas abrupts, des gorges profondes et une nature encore sauvage. Oujda n'est donc pas une ville isolée : elle est le carrefour de deux plaines, de deux pays, de deux histoires.
Quelle est l'histoire de cette ville-frontière ?
Fondée au Xe siècle par Ziri Ibn Attia, chef des Maghraouas, Oujda doit son existence à la stratégie. Située sur la route entre Fès, Tlemcen et l'Ifriqiya, elle devient rapidement un point de passage obligé pour caravanes et armées. Au fil des siècles, Almohades, Mérinides, Ottomans et Alaouites s'y disputent le contrôle, laissant chaque fois leur empreinte dans les murs et les traditions.
L'époque coloniale marque un tournant décisif. En 1844, la bataille d'Isly, non loin de la ville, consacre la présence française dans la région. En 1907, Oujda devient le siège d'un commandement militaire, puis une ville de garnison et d'administration. Cette période transforme son tissu urbain : percées rectilignes, bâtiments administratifs, villas et, surtout, un remarquable héritage art déco. Aujourd'hui encore, derrière les façades ocre de la ville nouvelle, percent des ferronneries géométriques, des bow-windows et des portes cintrées qui rappellent les années 1920-1930.
Que découvrir dans la médina et les lieux emblématiques ?
Le cœur battant d'Oujda reste sa médina. Moins monumentale que celle de Fès, plus intime, elle se visite sans précipitation. Ses ruelles étroites abritent des souks spécialisés : les tisserands, les dinandiers, les marchands d'épices et de dattes. On y trouve des fondouks, ces caravansérails où les marchands dormaient avec leurs bêtes, ainsi que des portes anciennes qui scandent encore les quartiers.
Plusieurs sites méritent une halte. La mosquée Sidi Yahya, située à l'entrée de la médina, est l'un des plus anciens édifices religieux de la ville. Fondée au XIIe siècle, elle associe une architecture sobre à une symbolique profonde : son nom honore un saint vénéré, et son minaret domine le paysage de la vieille ville. Non loin de là, la place Moulay El Médi constitue le point de rencontre par excellence. Terrasses de cafés, passage des habitants, discussions animées : on y saisit le rythme quotidien d'Oujda, entre détente et effervescence.
Autour de la médina, le quartier colonial invite à une autre promenade. L'avenue Mohammed VI, l'ancienne avenue Lyautey, concentre les plus beaux exemples de l'architecture des années 1930. Les balcons en fer forgé, les frises en céramique et les enseignes anciennes composent un décor surprenant pour une ville souvent méconnue.
Quelle est l'âme culturelle de la région de l'Oriental ?
L'Oriental n'est pas seulement une région : c'est un état d'esprit. Influencée par l'Algérie voisine, par les tribus des Beni-Snassen et par les traditions rifaines, la culture locale se distingue par sa musique, sa gastronomie et son hospitalité. Le gharnati, répertoire andalou très présent à Oujda, rappelle les liens anciens avec Grenade et Tlemcen. Les festivals, les zawiyas et les cérémonies soufies continuent de rythmer la vie spirituelle.
La cuisine locale mêle les herbes aromatiques des montagnes aux saveurs méditerranéennes. On déguste des briouates, des tagines de viande confite, des pains cuits au four communal, et les fameuses figues et dattes des Beni-Snassen. Chaque plat porte en lui la mémoire des échanges, des routes caravanées et des hivers froids de l'Oriental.
Pourquoi visiter Oujda aujourd'hui ?
Parce qu'elle surprend. Loin des circuits touristiques les plus fréquentés, Oujda offre une expérience authentique du Maroc oriental. La médina se visite sans la pression des foules, les cafés gardent leur allure d'antan, et les montagnes des Beni-Snassen promettent randonnées et rencontres. La proximité avec la mer Méditerranée, via Saïdia et ses plages, permet de combiner culture et détente en un même voyage.
La ville constitue aussi un excellent point de départ pour explorer la plaine de l'Angad, les sources chaudes de Beni-Snassen et les sites rupestres de la région. Elle réconcilie patrimoine urbain et nature préservée, histoire coloniale et identité marocaine, spiritualité soufie et modernité discrète.
"Oujda, ce n'est pas une étape : c'est un regard posé sur l'Est, là où le Maroc se fait plus mystérieux, plus proche de l'Algérie, et plus attachant."
La galerie Oujda à explorer invite à prolonger cette promesse. À travers chaque image, la région de l'Oriental livre un fragment de son histoire, de son architecture et de ses paysages. Que l'on soit attiré par la médina, par l'art déco ou par les vastes horizons de l'Angad, Oujda mérite qu'on s'y arrête. Elle est, en somme, une invitation à découvrir un autre Maroc : frontalier, profond, humain.
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