Oujda est la capitale de la région de l'Oriental, à l'extrême nord-est du Maroc. Située à une quinzaine de kilomètres de la frontière algérienne, elle s'étire sur la plaine de l'Angad, bordée au sud par les monts des Beni-Snassen. Ville de passage, carrefour commercial et foyer culturel, elle mérite bien plus qu'une halte. Entre médina millénaire, façades art déco et montagnes boisées, Oujda offre un aperçu saisissant du patrimoine oriental du Maroc.
Où se trouve Oujda et à quoi ressemble son environnement ?
Oujda se situe à environ 550 kilomètres à l'est de Rabat et à 350 kilomètres de Fès. Elle domine une large plaine fertile, la plaine de l'Angad, irriguée depuis des siècles par les oueds qui descendent du Rif et des Beni-Snassen. Au sud, les monts des Beni-Snassen culminent à plus de 1 500 mètres et forment une barrière naturelle parsemée de forêts de chênes-lièges, de pins et de maquis.
Cette position géographique a fait d'Oujda une ville-frontière, mais aussi une ville-jardin. Les artères principales sont bordées de palmiers, de jacarandas et de bougainvillées. L'hiver y est frais, le printemps précoce, et l'été chaud mais souvent tempéré par les brises venues des montagnes. Pour le visiteur, le contraste est immédiat : d'un côté, la densité de la médina ; de l'autre, l'espace ouvert de la plaine et l'horizon bleu des collines.
Quelle histoire se lit encore dans les rues d'Oujda ?
Fondée à une date incertaine, probablement aux alentours du Xe siècle, Oujda fut pendant longtemps une place forte et un refuge pour les tribus berbères de la région. Au XIVe siècle, elle devient un centre important du royaume mérinide, qui y laisse des marques architecturales et urbanistiques durables. La ville connut ensuite une histoire mouvementée, marquée par les rivalités entre dynasties marocaines et les influences venues d'Oran et de Tlemcen.
L'époque coloniale française, de 1907 à 1956, transforme profondément Oujda. Les autorités du Protectorat développent un nouveau centre-ville aux larges boulevards, introduisent l'eau courante, l'électricité et une gare ferroviaire. Elles y construisent également des édifices administratifs, des écoles, un théâtre et des logements qui mêlent classicisme français et motifs locaux. Cette double strate — cité ancienne et ville moderne — donne aujourd'hui à Oujda son caractère singulier.
Que voir dans la médina et autour de la mosquée Sidi Yahya ?
Le cœur historique d'Oujda est sa médina, un labyrinthe de ruelles étroites, de souks couverts et de fondouks. Contrairement aux médinas atlantiques très touristiques, celle d'Oujda garde une authenticité villageoise. On y trouve des artisans travaillant le cuir, le cuivre et le bois, des échoppes de fruits secs, d'épices et de pain traditionnel. Les façades ocre, les portes en bois sculpté et les toits de tuiles rouges créent une atmosphère douce et méditerranéenne.
Au centre de cette médina se dresse la mosquée Sidi Yahya, un des édifices les plus anciens et les plus vénérés de la ville. Fondée au XIVe siècle et restaurée à plusieurs reprises, elle est entourée d'un petit cimetière et d'un square ombragé. Son minaret blanc et sa cour aux arcades mauresques en font un repère incontournable. Le visiteur peut longer ses murs, observer le va-et-vient des fidèles et, à proximité, goûter un thé à la menthe dans un des petits cafés qui témoignent de la vie de quartier.
Pourquoi l'art déco est-il visible partout dans le centre-ville ?
Au-delà des remparts de la médina, Oujda réserve une surprise architecturale : un ensemble remarquable de bâtiments art déco datant des années 1920 à 1950. Le boulevard Mohammed VI, l'avenue Idrissi et les rues autour de la place Moulay El Médi conservent des immeubles aux lignes géométriques, aux ferronneries stylisées, aux bow-windows et aux mosaïques colorées. Anciens cinémas, hôtels, banques et villas bourgeoises racontent l'ambition moderniste du Protectorat.
La place Moulay El Médi constitue le point de convergence de cette Oujda-là. Animée le soir par les familles, les marchands de jus d'orange et les joueurs d'échecs, elle mêle le style européen des façades à la convivialité marocaine. L'ensemble forme un patrimoine urbain fragile mais attachant, que les habitants ont su préserver malgré les projets de réhabilitation parfois maladroits.
Que goûter et quelles excursions faire depuis Oujda ?
La cuisine oujdia puise dans les traditions berbère, arabe andalouse et méditerranéenne. Le visiteur ne manquera pas de déguster le rfissa, le tajine aux pruneaux, les briouates, les cornes de gazelle et les gâteaux secs parfumés à l'eau de fleur d'oranger. Les marchés de la ville proposent aussi des olives de toutes variétés, des figues, des amandes et un miel de montagne réputé.
Autour de la ville, plusieurs excursions valent le détour :
- Les Beni-Snassen : randonnées en forêt, cascades et villages berbères perchés, comme Tafoughalt et ses sources.
- Saidia : station balnéaire située à une cinquantaine de kilomètres au nord, connue pour ses plages de sable fin et son port de plaisance.
- Figuig : oasis aux palmeraies centenaires, plus à l'est, aux confins du Sahara et de l'Algérie.
- La plaine de l'Angad : circuits à travers les champs de céréales, les vergers et les ksour en terre.
Chacune de ces sorties révèle une facette différente de la région de l'Oriental : montagne, mer, oasis et agriculture se répondent en quelques heures de route.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle vraiment le détour ?
Oujda n'est pas une ville musée figée. C'est une cité vivante, à l'accent chantant, fière de ses racines berbères, arabes et andalouses. Entre les ruelles de la médina, les façades art déco de la place Moulay El Médi et les contreforts des Beni-Snassen, elle propose une expérience de Maroc orientalale authentique. Loin des flux touristiques habituels, elle invite à la flânerie, à la rencontre et à la découverte d'un patrimoine encore préservé. Pour qui veut comprendre la diversité du royaume, Oujda est une porte d'entrée — et peut-être une belle surprise.
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