Perchée à l'extrême nord-est du Maroc, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne, Oujda est la capitale de la région de l'Oriental et l'une des portes les plus fascinantes du royaume. Ville de passage, ville-frontière, berceau d'histoires millénaires et carrefour de cultures, elle mêle les ruelles ocrées de sa médina, les façades géométriques de son art déco et l'immensité dorée de la plaine de l'Angad. Le reportage photo 120, dont fait partie l'image Sans titre-33 d.jpg, saisit précisément cette alchimie : une lumière vive, des paysages ouverts, une architecture dense et une mémoire qui se lit au détour de chaque façade.

Où se trouve Oujda et quel paysage l'entoure ?

Oujda se situe à près de 550 kilomètres à l'est de Rabat, dans une cuvette fertile bordée au sud par le massif des Beni-Snassen et au nord par les premiers contreforts du Rif. C'est cette position singulière, à la croisée du Tell algérien et des hautes terres marocaines, qui lui donne son caractère. La plaine de l'Angad s'étend autour d'elle comme un tapis de céréales, d'oliviers et d'orangerais, ponctué de douars et de khettaras qui témoignent d'une agriculture ancestrale. Le visiteur arrive souvent par la route, découvrant soudain la ville émergeant de l'horizon, avec ses minarets et ses immeubles blancs scintillant sous le soleil de l'Est.

Quelle histoire se lit derrière les murs d'Oujda ?

Fondée à l'époque médiévale, Oujda a longtemps été une place forte convoitée. Les Almohades, les Mérinides, puis les Saadiens y ont laissé des traces, avant que le protectorat français, établi en 1912, ne redessine une partie de son tissu urbain. Pendant le XXe siècle, la ville devient un laboratoire architectural où le patrimoine islamique dialogue avec les canons européens. C'est aussi une ville de résistance et de savoir : son université, l'une des plus anciennes du Maroc, et ses quartiers populaires ont nourri de grandes pages de la mémoire nationale. Aujourd'hui, cette histoire se devine dans les noms des rues, les portes fortifiées, les fontaines publiques et les squares ombragés où les anciens racontent encore le passage des caravanes venues de l'Est.

Que découvrir dans la médina et autour de la mosquée Sidi Yahya ?

Le cœur battant du patrimoine oujdi reste sa médina. On y pénètre par de vieilles portes en bois clouté, et l'on se perd volontiers dans un dédale de ruelles étroites bordées de maisons aux patios secrets. Au centre, la mosquée Sidi Yahya, avec sa simplicité architecturale et son minaret élancé, constitue un repère spirituel et esthétique majeur. Elle doit son nom à un saint vénéré dans la région de l'Oriental, et son parvis reste un lieu de recueillement et d'échanges. Autour, les souks proposent des épices, des tapis, des céramiques locales et les fameuses dattes des palmeraies voisines. L'artisanat y est moins démonstratif qu'à Fès, plus authentique, ancré dans le quotidien des habitants.

Pourquoi l'art déco oujdi mérite-t-il le détour ?

À l'image de Casablanca ou de Rabat, Oujda possède un remarquable héritage art déco, souvent méconnu. Construits entre les années 1920 et 1950, plusieurs immeubles du centre-ville mêlent courbes géométriques, ferronneries ouvragées, bow-windows et motifs zelligés. Ces édifices racontent une époque où la ville comptait parmi les plus modernes du protectorat : cinémas, cafés mauresques, passages commerçants et villas bourgeoises ponctuaient alors le paysage. La place Moulay El Médi, esplanade centrale et populaire, est entourée de plusieurs de ces façades patrimoniales. Le soir, lorsque la lumière décline, leurs ombres portées dessinent un décor surprenant, entre l'Orient des mille-et-une-nuits et le Paris des années folles.

Pourquoi Oujda et ses environs restent-ils une destination à découvrir ?

Une fois le centre exploré, les alentours offrent d'autres perspectives. Les monts Beni-Snassen, à une dizaine de kilomètres au sud, invitent à la randonnée avec leurs forêts de chênes-lièges, leurs grottes et leurs villages berbères accrochés aux pentes. Plus près, la plaine de l'Angad se parcourt en voiture ou à vélo, au rythme des champs de blé, des berges de l'oued Kiss et des petites kasbahs en terre. C'est ici que la photographie de reportage prend tout son sens : capturer la relation intime entre la ville et son terroir, entre le minaret et le grain, entre le pavé de la médina et la poussière des chemins de campagne.

Quelques idées pour prolonger la visite :

  • Flâner au crépuscule sur la place Moulay El Médi pour observer la vie locale.
  • Visiter la médina le vendredi matin, jour de souk, lorsque les villageois des Beni-Snassen descendent vendre leur production.
  • Partir à la découverte des villas art déco en suivant l'avenue Mohammed VI et les rues avoisinantes.
  • Grimper aux Beni-Snassen au printemps, quand les ciste et les genêts embaument l'air.
  • Déguster un tajine d'agneau aux pruneaux ou un couscous aux sept légumes dans un restaurant familial du centre ancien.

Parce qu'elle refuse les clichés faciles, Oujda n'est ni la ville du désert ni la métropole effervescente : elle est un territoire de nuances, où le patrimoine se décline au pluriel. Entre la médina et l'art déco, la mosquée Sidi Yahya et la place Moulay El Médi, les Beni-Snassen et la plaine de l'Angad, la région de l'Oriental dévoile une facette du Maroc plus secrète, plus méditerranéenne, plus vivante. L'image Sans titre-33 d.jpg, issue du reportage photo 120 de la galerie Oujda.net, en est l'invitation silencieuse : posez les valises, levez les yeux, et laissez la ville vous raconter son histoire.

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