Située à l'extrême nord-est du Maroc, à quelques encablures de la frontière algérienne, Oujda est une ville que les guides oublient trop souvent. Pourtant, elle concentre en elle les secrets de la région de l'Oriental : mémoire berbère, passages andalous, empreinte coloniale, médina vivante et horizons de montagne. C'est ici que le Maroc commence, ou finit, selon l'angle par lequel on arrive. Entre la chaîne des Beni-Snassen et la fertilité de la plaine de l'Angad, Oujda offre un voyage dans le temps, loin des flux touristiques habituels.
Où se trouve Oujda et pourquoi cette ville mérite-t-elle un détour ?
Oujda se niche dans la partie orientale du Maroc, à environ 450 kilomètres à l'est de Fès et à 15 kilomètres de la frontière algérienne. Elle est le chef-lieu de la région de l'Oriental, créée administrativement en 2015, mais dont l'identité remonte à des siècles d'échanges avec l'Algérie, l'Andalousie et le reste du Maghreb. Contrairement aux villes impériales du sud-ouest, Oujda n'a jamais été une capitale de sultan. Elle fut avant tout une place forte, un carrefour commercial et une ville-frontière. Cette position géopolitique lui donna son caractère résilient, un peu secret, attaché à ses traditions.
Le voyageur qui pose le pied à Oujda découvre une atmosphère différente de celle de Marrakech ou de Casablanca. L'air y est plus sec, les ruelles plus calmes, le rythme de la vie dicté par les appels à la prière et le va-et-vient des commerçants de la médina. La ville se visite à pied, lentement, en laissant le temps aux détails de révéler leur beauté : une porte en bois sculpté, une façade aux ornements géométriques, un café où l'on joue encore aux dominos en fin d'après-midi.
Quelle histoire se lit encore dans les pierres de la médina ?
La fondation d'Oujda est enveloppée de légendes. On attribue souvent sa création au XIIe siècle, sous les Almoravides, bien que des traces d'occupation antérieures existent dans la région. Au fil des siècles, la ville fut prise et reprise, détruite puis rebâtie, témoin des rivalités entre dynasties maghrébines et des assauts venus de l'est. Au XIXe siècle, elle entra dans l'orbite de l'Empire cherifien, avant de connaître une période coloniale française marquée à partir du Protectorat établi en 1912.
C'est durant ces décennies coloniales que la ville se métamorphosa. Les autorités françaises tracèrent de nouvelles artères, aménagèrent des quartiers administratifs et introduisirent une architecture que l'on retrouve aujourd'hui encore : l'art déco oujdi. Dans l'hypercentre, autour de la place Moulay El Médi, se dressent des immeubles aux lignes épurées, aux ferronneries géométriques, aux bow-windows et aux façades colorées. Ce style, hérité des années 1920-1940, dialogue curieusement avec les minarets et les murs ocre de la médina. Cette coexistence en fait un lieu rare au Maroc, où le patrimoine du XXe siècle n'a pas effacé celui des siècles passés.
Que révèle l'art déco oujdi sur l'identité de la ville ?
L'art déco n'est pas un simple vestige esthétique à Oujda : il est le reflet d'une époque où la ville devint un laboratoire urbanistique de la France coloniale. Les plans d'urbanisme des années 1920 prévoyaient une ville moderne, aérée, fonctionnelle, capable d'accueillir administration, commerces et logements européens. On construisit alors des cinémas, des hôtels, des banques et des villas aux allures méditerranéennes, parfois teintées d'influences mauresques stylisées.
Aujourd'hui, cette architecture est menacée par l'usure du temps et parfois par la spéculation immobilière. Pourtant, elle constitue un élément essentiel du patrimoine de la région de l'Oriental. Quelques associations locales et passionnés militent pour sa sauvegarde. Pour le visiteur, la promenade devient un jeu de piste : repérer les moulures, les motifs en zigzag, les vitraux aux tons ambrés, les enseignes anciennes encore peintes au-dessus des boutiques. Le meilleur moment pour cette exploration reste le matin, lorsque la lumière rasante met en valeur les détails des façades et que les rues sentent encore le café et le pain chaud.
Que voir à Oujda aujourd'hui, au-delà des murs de la médina ?
La médina d'Oujda est le cœur battant de la ville. On y entre par des portes historiques, on y déambule entre les souks aux épices, aux tissus, aux babouches et aux bijoux traditionnels. Au centre, la mosquée Sidi Yahya, datant du XIIIe siècle, constitue l'un des monuments les plus anciens et les plus vénérés. Sa simplicité architecturale, son minaret élancé et son ambiance de recueillement en font une étape incontournable. Selon la tradition, elle abriterait le tombeau de Sidi Yahya, figure spirituelle qui donna son nom au quartier.
Non loin de là, la place Moulay El Médi est un espace de rencontre où se croisent familles, marchands et passants. Elle constitue un excellent point de départ pour explorer les deux Oujda : celle des ruelles serrées et des fontaines anciennes, et celle des boulevards rectilignes et des immeubles Art déco. À cela s'ajoutent le parc Lalla Aïcha, propice à la pause, et le musée du Oued N'Fiss, qui raconte l'histoire de la région à travers des objets du quotidien, des photographies et des documents d'époque. Pour les amateurs de spiritualité, le mausolée de Sidi Yahya ben Younès attire chaque année de nombreux pèlerins et visiteurs.
Comment les Beni-Snassen et la plaine de l'Angad dessinent-ils le paysage oujdi ?
On ne comprend pas Oujda sans lever les yeux vers les montagnes. Au sud, la chaîne des Beni-Snassen s'étire en un paysage de crêtes, de forêts de chênes-lièges et de villages berbères accrochés aux flancs des collines. Les Beni-Snassen sont aussi le nom d'une confédération tribale qui a longtemps façonné l'équilibre social et politique de l'Oriental. Randonner dans ces montagnes, c'est découvrir des gorges, des sources, des grottes et des horizons qui semblent interrompus par aucune frontière. L'air y est frais, les sentiers encore peu balisés, et l'expérience reste authentique.
À l'inverse, la plaine de l'Angad déploie au nord et à l'ouest de la ville une immensure cultivée. C'est l'un des greniers agricoles de la région de l'Oriental, où l'on produit blé, orge, olives et agrumes. Au printemps, elle se couvre d'un tapis vert parsemé de coquelicots, tandis que l'été la transforme en paysage doré et chantant de cigales. Cette dualité montagne-plaine donne à Oujda une palette de paysages rare pour une ville de cette taille. Elle explique aussi la richesse gastronomique locale, entre couscous aux sept légumes, viandes grillées, miel des Beni-Snassen et fruits de la plaine.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle qu'on prenne le temps de la découvrir ?
Oujda n'est pas une ville de carte postale figée. Elle est un tissu vivant où le patrimoine se conjugue au présent. Entre la médina, l'art déco, la mosquée Sidi Yahya, la place Moulay El Médi, les Beni-Snassen et la plaine de l'Angad, elle offre un voyage complet à travers l'histoire, l'architecture, la foi et la nature. Loin des circuits touristiques saturés, elle récompense ceux qui savent ralentir, écouter les pierres et goûter au quotidien d'une ville-frontière fière de ses racines. Pour la galerie Oujda.net, cette photographie n'est pas qu'une image : elle est une invitation à poser le sac et à laisser l'Oriental révéler ses secrets.
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