Si l'on cherche une ville marocaine où le Maghreb rencontre l'Est, où l'Atlas se résout en plaines fertiles et où chaque rue raconte à la fois une bataille, une dynastie et un marché, la réponse s'appelle Oujda. Capitale de la région de l'Oriental, elle se niche à une dizaine de kilomètres de la frontière algérienne, à 120 km de la Méditerranée et aux premiers contreforts du massif des Beni-Snassen. C'est là, dans ce que les Oujdis appellent le sahel oujdiai, que la ville respire entre cultures irriguées, jardins familiaux et horizons ouverts sur la plaine de l'Angad. L'image de cette série, prise dans le Sahel oujdia, invite à descendre de la route nationale, à quitter le bitume et à découvrir une autre fréquence : celle d'Oujda vue du vert.
Où se trouve Oujda et que révèle le sahel oujdia ?
Oujda se situe à l'extrême nord-est du Maroc, à peu près à mi-chemin entre Fès et Oran. Elle est le carrefour naturel de l'Oriental : on arrive par le col de Taza au sud-ouest, par la route côtière au nord, ou par la plaine de l'Angad qui s'étend comme un tapis de blés et d'oliviers jusqu'à la frontière. Le sahel oujdia, ce ruban de terres cultivées et de jardins qui ceinture la ville à l'ouest et au sud, est le poumon paysager d'Oujda. Moins médiatique que les dunes du Sahara ou que les riads de Marrakech, il mérite pourtant qu'on s'y attarde. C'est ici que les familles maraîchères cultivent le persil, le fenouil et les tomates que l'on retrouvera dès le lendemain matin sur les étals de la médina.
Photographier le Sahel oujdia, c'est saisir la ville dans son souffle. Au premier plan, une allée, une haie de cannes de Provence, un tracteur vieillissant ou un âne paissant sous des figuiers ; au second plan, les silhouettes de la ville blanche et, parfois, la ligne bleue des Beni-Snassen. Cette image dit beaucoup de l'équilibre oujdi : une cité profondément marocaine, ancrée dans ses terres, sans ostentation, vivant au rythme des saisons plutôt qu'à celui des seuls touristes.
Quelle histoire a façonné la médina et le patrimoine d'Oujda ?
Fondée au Xe siècle par Ziri ibn Atiya, chef des Maghraouas, Oujda n'a jamais été une ville de province endormie. Située sur l'axe Fès-Tlemcen-Oran, elle fut convoitée par les Mérinides, les Wattassides, les Saadiens et les Alaouites. Chaque dynastie y a laissé une trace dans le tissu urbain, mais c'est surtout à la fin du XIXe siècle et au début du XXe que la ville change de peau. Le protectorat français (1912-1956) transforme Oujda en plaque tournante militaire et administrative de l'est marocain : casernes, hôpital militaire, gare, poste et plan d'urbanisme en damier viennent se greffer autour de la médina.
Ce patrimoine est aujourd'hui une superposition rarement linéaire. Derrière les remparts reconstitués ou les portes restaurées, on déambule dans des ruelles où le plâtre ocre rencontre soudain une façade art déco avec des ferronneries géométriques et des bow-windows. Le boulevard Mohammed VI, autrefois rue de France, aligne encore des immeubles des années 1930 aux lignes épurées et aux portes à deux battants. À quelques pas, le souk reste un chaos heureux : tissus, épices, bijoux berbères, babouches et marchands de thé. L'histoire d'Oujda ne se lit pas dans un seul monument ; elle se lit dans ces contrastes de pierre, de stuc et de voix.
Quelle est l'histoire de la mosquée Sidi Yahya et de la place Moulay El Médi ?
Au cœur de cette promenade historique, deux noms reviennent sans cesse : la mosquée Sidi Yahya et la place Moulay El Médi. La première est l'une des plus anciennes mosquées de la ville, édifiée au XIIIe siècle et plusieurs fois remaniée. Son minaret, relativement discret, domine pourtant un quartier où l'on sent encore le poids des siècles. On ne la visite pas comme on visite une cathédrale : on la côtoie, on s'assoit à proximité, on écoute les appels à la prière se mêler au bruit du souk. Elle est un repère spirituel et spatial, un point de convergence des ruelles de la médina.
La place Moulay El Médi, quant à elle, est une de ces places où le temps marocain prend toute sa dimension. Encadrée par des cafés populaires, une fontaine, des kiosques à journaux et des boutiques de chaussures, elle est le théâtre quotidien d'Oujda : écoliers en uniforme, vieillards absorbés par leurs dominos, vendeurs de jus d'orange pressé à la demande. C'est ici que le XIXe siècle et le XXIe siècle se saluent. C'est aussi un excellent point de départ pour une marche dans la médina, car tous les chemins semblent, un moment ou un autre, y passer.
Que voir aujourd'hui, entre art déco, Beni-Snassen et plaine de l'Angad ?
Oujda ne se résume pas à sa médina. L'amateur d'art déco y fera des découvertes inattendues : la façade de l'ancien hôtel, les immeubles de l'avenue Mohammed V, la gare ou certaines villas du quartier administratif portent encore les stigmates d'une époque où la ville se voulait vitrine de l'est marocain. Le musée du Belvédère, installé dans une villa du début du XXe siècle, offre un écrin parfait pour cette double identité, entre collections ethnographiques berbères et architecture colonial moderniste.
Quand on quitte la ville, l'horizon s'ouvre sur la plaine de l'Angad. Vaste, lumineuse, parfois aride en été et verte l'hiver, elle est le grenier de la région : blé, orge, olives, agrumes. Rouler vers Aïn Beni Mathar ou vers la ville thermale de Figuig, c'est traverser des paysages qui changent de couleur à chaque virage. Au nord, le massif des Beni-Snassen monte en escalier jusqu'à 1 500 mètres. Ses gorges, ses chênes-lièges, ses villages perchés et ses grottes préhistoriques en font une destination de randonnée encore confidentielle, loin des sentiers battus de l'Atlas central.
Comment vivre Oujda au quotidien, de la médina aux terrasses du soir ?
Visiter Oujda, c'est d'abord accepter de vivre à l'orientale. Le matin commence tôt : le marché central s'anime dès six heures, les boulangeries sortent le pain fumant, les cafés remplissent leurs terrasses de petits verres de café noir et de jus d'orange. Dans la médina, les artisans travaillent encore le cuir, le cuivre et la laine. On peut acheter une djellaba, se faire coudre une babouche, goûter un tagine de poulet aux olives et citrons confits, puis finir par un thé à la menthe dans un salon maure dont les zelligs datent de plusieurs générations.
Le soir, la ville change de température. Les familles sortent sur les boulevards, les jeunes se retrouvent sur les terrasses des cafés du quartier administratif, et le parc Lalla Aïcha accueille les promeneurs. La lumière du couchant tombe doucement sur le sahel oujdia, et l'on comprend alors le lien entre la ville et ses terres : Oujda n'a jamais été une capitale de palais, mais une cité de jardins, de carrefours et de rencontres.
Pour le visiteur, quelques conseils pratiques s'imposent : prévoir deux ou trois jours, marcher beaucoup, accepter de se perdre dans la médina, monter une demi-journée dans les Beni-Snassen, et terminer par un pique-nique dans la plaine de l'Angad au coucher du soleil. Oublier les guides de voyage qui négligent l'Oriental : cette région du Maroc mérite qu'on lui accorde du temps.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle une place dans votre voyage ?
Parce qu'elle est à la fois familière et méconnue, riche sans ostentation, historique sans muséification. Parce que son patrimoine mêle les siècles et les styles avec une aisance que seuls les carrefours de l'histoire savent conserver. Parce que la région de l'Oriental, avec ses montagnes, ses plaines et ses villages berbères, offre un Maroc plus sauvage et plus authentique que bien d'autres destinations plus célèbres. Et parce que, au détour d'une photo prise dans le sahel oujdia, on comprend que la beauté d'Oujda ne se trouve pas seulement dans ses monuments, mais dans la manière dont la ville continue de vivre avec ses terres, ses habitants et sa mémoire. Alors, la prochaine fois que vous penserez au Maroc, laissez une place à l'Orientale. Elle vous attend, entre la mosquée Sidi Yahya et les jardins du soir.
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