À l'extrême nord-est du Maroc, là où la chaîne des Beni-Snassen descend vers les plaines fertiles de l'Angad, Oujda s'étire comme une cité de lumière et d'histoire. Longtemps considérée comme un simple passage vers l'Algérie voisine, elle mérite pourtant qu'on s'y attarde. Capitale de l'Oriental, elle offre aujourd'hui au voyageur curieux un rare mélange : une médina séculaire, des boulevards façonnés par le protectorat français, des jardins ombragés et l'hospitalité légendaire de l'est marocain.

Une cité millénaire au carrefour des influences

Fondée au Xe siècle par les Zénètes, Oujda n'a jamais été une ville ordinaire. Sa position, à quelques encablures de la frontière algérienne, en fit très tôt un lieu d'échanges, de confrontations et de recompositions. Prise et reprise au fil des dynasties — Almoravides, Almohades, Mérinides — elle fut détruite et rebâtie à plusieurs reprises. Chaque souverain y laissa une pierre, une porte, une mémoire.

C'est sous les Mérinides, au XIIIe siècle, qu'Oujda connaît un nouvel essor. On y construit des madrasas, des mosquées et des caravansérails. La ville devient un relais essentiel sur la route entre Fès et Tlemcen, entre le Maghreb central et l'Ifriqiya. Les marchands y trouvent sécurité, eau et hospitalité. L'artisanat du cuir, des tapis et du métal s'y développe, alimentant les souks de la région.

« Oujda est une ville-frontière, et les villes-frontière apprennent à vivre avec le bruit du monde. »

L'époque coloniale : entre modernisation et mémoire

L'année 1844 marque un tournant décisif. C'est aux portes d'Oujda, à Isly, que l'armée française remporte une victoire qui ouvre la région à l'influence européenne. Durant le protectorat, instauré officiellement en 1912, Oujda devient un laboratoire urbain. Les autorités coloniales y tracent de larges avenues, plantent des alignements de palmiers et édifient des bâtiments administratifs d'inspiration art déco et néo-mauresque.

Le boulevard Mohammed VI, autrefois avenue du Général-Giraud, en conserve encore l'empreinte. On y croise des façades géométriques, des ferronneries élégantes, des balcons en béton qui rappellent une époque où l'on rêvait de faire de l'Oriental une vitrine moderne. Mais cette modernisation fut aussi douloureuse : confiscations de terres, déportations, révoltes paysannes. L'histoire d'Oujda ne se lit pas seulement dans ses pierres, elle résonne aussi dans les récits familiaux transmis de génération en génération.

La médina, cœur battant de la ville

Contrairement à ce que l'on pourrait penser, la médina d'Oujda n'a pas été figée par le temps. Elle vit. Ses ruelles étroives mènent de la place Moulay El Médi à la mosquée Sidi Yahya Ben Younès, l'un des sanctuaires les plus vénérés de la ville. Les souks s'organisent par corps de métier : tisserands, dinandiers, épiceries aux montagnes d'épices, boutiques de dattes et d'huile d'olive de l'Angad.

Le visiteur qui s'y perd finit invariablement par se retrouver sur une petite place ombragée, autour d'un verre de thé à la menthe. L'architecture populaire y domine : maisons basses aux murs blanchis à la chaux, portes de bois sculpté, patio intérieur dissimulé derrière des façades modestes. C'est ici que l'on mesure la résilience d'Oujda : la ville a su préserver son âme malgré les transformations violentes de l'histoire.

  • La mosquée Sidi Yahya, haut-lieu de spiritualité et de mémoire collective.
  • Le souk El Hott, où le cuir et les babouches colorées rivalisent d'éclat.
  • Les fondouks, anciennes auberges de caravaniers aujourd'hui transformées en ateliers.

Paysages et douceur de vivre à l'orientale

Au-delà des remparts, Oujda déploie des paysages variés. Au sud, les montagnes des Beni-Snassen invitent à la randonnée entre chênes-lièges et maquis parfumé. À l'est, la plaine de l'Angad offre des horizons de vergers, d'oliviers centenaires et de champs de blé ondulant sous le vent. Au printemps, les coquelicots et les bleuets colorent les bords de route, offrant des scènes dignes d'une aquarelle.

La ville elle-même cultive le plaisir des jardins. Le parc Lalla Aïcha, le jardin de l'Horloge ou les allées ombragées du boulevard Mohammed VI offrent des respirations nécessaires dans une cité où le soleil de l'est peut être implacable. Les oujdis aiment marcher au crépuscule, lorsque la chaleur retombe et que les terrasses se remplissent de familles et de conversations.

Pourquoi Oujda mérite le détour

Partir à Oujda, c'est choisir une destination authentique, loin des circuits touristiques saturés. C'est goûter une cuisine de l'est généreuse — couscous aux sept légumes, rfissa, pastilla, pâtisseries aux amandes — dans des restaurants familiaux où l'on vous servira une deuxième assiette avant même que vous ayez fini la première. C'est écouter l'accent chantant de l'Oriental, hérité des influences berbère, arabe et andalouse. C'est aussi traverser une frontière invisible, celle qui sépare deux pays, deux histoires, deux manières d'habiter le Maghreb.

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Oujda n'est pas une étape, c'est une rencontre. Entre ses murs de médina, ses façades art déco et ses horizons de montagnes, elle propose une lecture du Maroc plus nuancée, plus intime. Pour qui veut comprendre l'âme de l'Oriental, la ville offre ses portes grandes ouvertes. Il suffit de pousser le premier battant.