À l'extrême nord-est du Maroc, Oujda se déploie comme un livre d'histoire ouvert entre la plaine de l'Angad et les premiers contreforts des Beni-Snassen. Capitale de la région de l'Oriental, elle ne crie pas son charme : elle le murmure à travers ses ruelles de médina, ses façades art déco et ses places ombragées où le temps ralentit. C'est une ville-frontière, un carrefour de mémoires berbères, arabes, andalouses et coloniales, où chaque pierre raconte un voyage.
Où se trouve Oujda et quel paysage l'entoure ?
Oujda se situe à une dizaine de kilomètres de la frontière algérienne, à quelque 360 kilomètres de Rabat et 540 de Casablanca. Son site est remarquable : la plaine de l'Angad, vaste couloir fertile, s'étend à l'ouest et au nord comme une mer de blés, d'oliviers et d'agrumes. Au sud et à l'est, les monts Beni-Snassen dressent leurs crêtes karstiques, arides en été, vertigineuses sous les pluies d'hiver. Ce contraste entre plaine douce et montagne austère donne à la ville un cadre presque méditerranéen, teinté d'une lumière blanche qui éclaire les murs ocre de la médina.
Le climat est continental : des étés torrides, des hivers froids, et un printemps bref mais intense où les amandiers et les orangers fleurissent. C'est précisément cette position, entre la mer intérieure des terroirs et la montagne refuge, qui a fait d'Oujda un relais commercial et culturel depuis l'Antiquité. Caravanes, marchands, soldats, lettrés et exilés y ont laissé des traces que le visiteur moderne peut encore suivre au détour d'une porte ou d'une fontaine.
Quelle histoire se lit dans la médina d'Oujda ?
Fondée, selon la tradition, au Xe siècle par Ziri ibn Atiyya, chef des Maghraouas, Oujda devient rapidement une place forte des confins orientaux. La médina que l'on découvre aujourd'hui a été surtout façonnée durant les périodes mérinide, saadienne et alaouite, puis remodelée pendant le Protectorat français entre 1912 et 1956. Cette superposition de couches historiques en fait un patrimoine vivant, où l'on passe d'une mosquée du XIVe siècle à une rue pavée de l'époque coloniale en quelques pas.
Les remparts, partiellement détruits au XIXe siècle, ont laissé place à des boulevards, mais l'enceinte reste lisible dans la topographie du centre ancien. À l'intérieur, les souks se déploient par spécialités : les épiciers, les tisserands, les forgerons, les marchands de tapis et de cuir. L'odeur du cumin, du safran et du pain chaud se mêle aux échos des artisans qui frappent le cuivre. Ce n'est pas une médina muséifiée : c'est un quartier populaire où vivent, travaillent et discutent des générations d'Oujdis.
Que raconte cette photographie de la médina ?
La photographie intitulée Sans titre-25 a.jpg, issue de la galerie Oujda.net et décrite comme la « Photographie 77 : médina de Oujda », capture une scène ordinaire du tissu urbain ancien. On imagine une ruelle étroite bordée de murs crépis, une porte de bois sombre, peut-être une arcade basse où la lumière filtre en lames dorées. Ce type d'image n'est pas un simple document : il est un témoignage. Il dit la continuité de la vie dans un patrimoine qui résiste aux vents modernes.
On y devine la patience des habitants, la manière dont les espaces se plient aux usages : un enfant traverse la rue, une femme pose un panier devant sa porte, un homme âgé discute avec un voisin. Ce sont ces micro-récits qui font la véritable richesse de la médina. Pour le visiteur, regarder cette photographie, c'est déjà entrer à Oujda. C'est comprendre que la beauté de la ville n'est pas dans un monument spectaculaire, mais dans la densité humaine de ses quartiers anciens, dans l'usure douce des murs et dans les conversations que le silence de l'image laisse deviner.
Que voir à Oujda aujourd'hui ?
La ville offre un parcours cohérent entre spiritualité, urbanisme colonial et vie de quartier. Le point de départ naturel est la mosquée Sidi Yahya, l'une des plus anciennes et des plus respectées du Maroc oriental. Fondée selon la tradition au XIIe siècle et plusieurs fois restaurée, elle doit son nom à un saint vénéré dans la région. Son minaret domine le centre ancien et son patio, accessible aux musulmans, respire une sérénité que le tumulte des rues voisines rend presque surprenante.
Non loin de là, la place Moulay El Médi constitue le cœur battant de la ville. Bordée de terrasses, de kiosques et de commerces, elle est le lieu des rendez-vous, des concerts populaires et des promenades familiales le soir. C'est aussi un point d'observation privilégié pour mesurer la façon dont Oujda articule son passé et son présent. Les façades environnantes, de couleur ocre ou blanche, portent souvent les traces du art déco importé par les architectes du Protectorat : fenêtres géométriques, ferronneries stylisées, balcons en fer forgé, lignes verticales et symétries épurées.
Cet héritage architectural, bien plus discret qu'à Casablanca, mérite pourtant qu'on s'y attarde. Dans les quartiers du centre-ville, autour du boulevard Mohammed VI ou de l'avenue d'Algérie, certaines villas des années 1920-1940 ont été conservées, d'autres négligées. Promener son regard sur ces bâtiments, c'est lire une page de l'histoire coloniale et post-coloniale du Maroc, entre élégance moderne et question de la préservation.
Quelles escapades offre la région de l'Oriental ?
Si Oujda est un excellent point d'ancrage, la région de l'Oriental invite à des excursions variées. Les Beni-Snassen, au sud, offrent des paysages de grottes, de gorges et de forêts de chênes-lièges où l'on peut randonner, observer les oiseaux ou simplement respirer un air chargé de romarin. Le village de Tafoughalt, perché à près de 1 100 mètres d'altitude, est une destination prisée des Oujdis en été pour fuir la chaleur de la plaine de l'Angad.
À l'est, la route vers la frontière algérienne traverse des terres d'élevage et de céréales, tandis qu'au nord, la route de Nador et de la lagune de Marchica propose d'autres horizons, plus maritimes. Entre safran, miel, huile d'olive et artisanat rural, l'Oriental est aussi une terre de goûts. Manger à Oujda, c'est goûter aux tagines de viande, aux briouates, aux dattes, aux amandes et aux pâtisseries orientales qui rappellent la proximité avec l'Algérie.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle qu'on s'y arrête ?
Oujda n'est pas une ville de passage comme les autres. Elle ne se livre pas au premier coup d'œil. Il faut accepter de marcher, de se perdre, de s'asseoir sur un banc de la place Moulay El Médi, d'entrer dans une librairie ancienne, d'écouter le muezzin de la mosquée Sidi Yahya, de longer les façades art déco au crépuscule. Elle récompense alors le voyageur par une atmosphère authentique, loin des circuits touristiques saturés.
Entre le relief des Beni-Snassen, la fertilité de la plaine de l'Angad, la densité de la médina et la diversité d'un patrimoine encore vivant, Oujda apparaît comme une porte d'entrée oubliée sur l'Oriental. Pour celui qui cherche le Maroc autrement, elle est une invitation silencieuse mais pressante : venez, regardez, et laissez-vous surprendre.
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