Oujda est la capitale de la région de l'Oriental, à l'extrême nord-est du Maroc, à une quinzaine de kilomètres seulement de la frontière algérienne. Nichée dans la plaine de l'Angad, la ville surprend d'emblée : elle conjugue l'authenticité d'une médina fondée il y a plus de mille ans, l'élégance d'un héritage art déco hérité du protectorat, et la proximité des montagnes boisées des Beni-Snassen. Entre ruelles ocre, terrasses animées et horizons montagneux, Oujda mérite bien plus qu'un simple passage. Elle mérite qu'on s'y arrête.
Où se trouve Oujda et quel paysage l'entoure ?
Située à environ 360 kilomètres à l'est de Fès et à 130 kilomètres au sud de la Méditerranée, Oujda domine la plaine de l'Angad, un vaste plateau fertile longtemps considéré comme le grenier du Maroc oriental. Les jardins, vergers et champs de céréales qui ceinturent la ville tracent des lignes douces, ponctuées de douars, de koubbas et de routes bordées d'eucalyptus.
Au sud, le relief change de caractère. Les monts des Beni-Snassen s'élèvent en vagues vertes, couverts de chênes-lièges, de chênes verts et de pins d'Alep. Cette bordure montagneuse, peuplée de villages berbères, offre des sentiers de randonnée, des sources fraîches et des paysages abrupts que beaucoup de visiteurs ignorent encore. Entre la plaine lumineuse et les montagnes ombragées, Oujda tient un équilibre rare : la ville est à la fois carrefan de l'est et seuil vers la nature.
Quelle histoire se lit dans la médina d'Oujda ?
Fondée au Xe siècle par les Zénètes, une confédération berbère, la médina d'Oujda a connu des siècles de rivalités dynastiques, de commerce transsaharien et de renaissance culturelle. Contrairement à d'autres cités impériales du Maroc, Oujda n'a pas été une capitale de sultan ; elle a plutôt vécu comme une ville-frontière, une sentinelle entre l'Algérie et le Maroc, entre la montagne et la plaine.
Au cœur de ce tissu ancien trône la mosquée Sidi Yahya, dont la fondation remonte au IXe ou Xe siècle selon les traditions locales. Elle est souvent présentée comme la plus vieille mosquée du Maroc dotée d'un minaret, un témoin silencieux de l'ancrage spirituel de la ville. Ses pierres ocre, son patio ombragé et son minaret carré racontent une époque où Oujda était déjà un carrefour de savants, de marchands et de voyageurs.
Les remparts et les portes de la médina – Bab Sidi Abdelouahab, Bab Gharb, Bab Sidi Aïssa – dessinent encore aujourd'hui le périmètre historique. Dans les souks, l'odeur des épices, du cuir et de l'huile d'olive se mêle aux éclats de rire des commerçants. On y trouve des artisans spécialisés dans la broderie, la dinanderie et les babouches, perpétuant des gestes transmis de père en fils.
Quels souvenirs de l'ère coloniale parsèment le centre-ville ?
Avec le Protectorat français établi en 1912, Oujda connaît une métamorphose urbaine. La ville déborde de ses vieilles murailles. De nouveaux quartiers apparaissent au nord et à l'ouest, tracés au cordeau, avec des avenues larges, des jardins publics et des bâtiments administratifs imposants. C'est là que fleurit l'art déco, style qui a laissé une empreinte durable sur l'identité visuelle de la cité.
L'avenue Mohamed VI, autrefois avenue Lyautey, concentre quelques-uns des plus beaux exemples de ce patrimoine architectural. L'ancien hôtel de ville, les anciens tribunaux, les façades cinématographiques et les villas bourgeoises mêlent courbes géométriques, ferronneries stylisées et mosaïques colorées. Certains édifices ont été réhabilités, d'autres attendent encore une nouvelle jeunesse, mais l'ensemble donne à Oujda une allure singulière, entre modernité marocaine et élégance européenne des années 1920-1930.
Au centre de ce quartier administratif et commercial bat le cœur social de la ville : la place Moulay El Médi. Bordée de terrasses, de kiosques à journaux et de fontaines, elle est le rendez-vous des familles le soir, des joueurs d'échecs le matin et des flâneurs à toute heure. C'est le point de départ idéal pour comprendre l'Oujda contemporaine.
Comment vit-on aujourd'hui entre patrimoine et modernité ?
La vie à Oujda se joue dans l'entre-deux. Le matin, les habitants rejoignent le marché central ou les souks de la médina pour acheter des dattes, des figues, des amandes, du miel et de l'huile d'olive de la région. L'après-midi, les étudiants de l'université Mohammed Ier investissent les cafés littéraires et les librairies du centre-ville. Le soir, la place Moulay El Médi et les avenues environnantes s'animent jusqu'à tard.
La région de l'Oriental reste profondément attachée à ses traditions. Les fêtes familiales, les mariages et les moussesms rythment l'année. La cuisine locale mêle influences berbères, andalouses et orientales : pastilla aux pigeons, rfissa, couscous aux sept légumes, tajines de viande séchée, et une douceur particulière pour les pâtisseries aux amandes. Ce lien au terroir, à la famille et aux savoir-faire anciens donne à Oujda une atmosphère chaleureuse que les grandes métropoles ont parfois perdue.
Que voir à Oujda et dans la région de l'Oriental ?
Commencez par la médina. Perdez-vous dans ses ruelles, visitez la mosquée Sidi Yahya, admirez les portes historiques et flânez dans les souks. Puis, traversez la ville jusqu'à la place Moulay El Médi pour y prendre un thé à la menthe et observer la vie locale. Les amateurs d'architecture art déco repartiront avec des carnets pleins de croquis et de façades.
Pour les naturels, les monts des Beni-Snassen offrent des excursions d'une journée, avec des randonnées vers les sources, les gorges et les villages perchés. Plus à l'est, la station balnéaire de Saïdia et le Cap des Trois Fourches invitent à la Méditerranée, tandis que le Lac Isthmus attire les pêcheurs et les amateurs de calme. Enfin, ne manquez pas le parc Lalla Meryem et le musée du patrimoine d'Oujda, qui condensent l'histoire de cette ville au carrefour des cultures.
Meilleures périodes pour visiter : le printemps et l'automne, lorsque la plaine de l'Angad est verdoyante et que les montagnes des Beni-Snassen se couvrent de fleurs sauvages. Prévoyez deux à trois jours pour Oujda elle-même, puis une ou deux journées supplémentaires pour l'arrière-pays.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle votre prochaine escapade ?
Parce que loin des circuits classiques, Oujda offre une lecture du Maroc plus intime et plus complexe. Elle n'est ni Marrakech ni Fès : elle est elle-même, avec sa médina séculaire, ses façades art déco, sa place Moulay El Médi animée, et son horizon ouvert sur les Beni-Snassen et la plaine de l'Angad. Pour qui cherche un patrimoine authentique, des paysages variés et une hospitalité sincère, la région de l'Oriental est une destination à découvrir sans tarder. Oujda vous attend. Allez-y.
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