Posée à l'extrême nord-est du Maroc, à quelques encablures de la frontière algérienne, Oujda est la capitale naturelle de la région de l'Oriental. Longtemps considérée comme une simple étape vers l'Algérie ou la Méditerranée, elle mérite pourtant qu'on s'y attarde. Entre médina séculaire, façons art déco, montagnes des Beni-Snassen et immensité de la plaine de l'Angad, Oujda offre un patrimoine dense, une atmosphère familiale et des paysages qui surprennent. Voici ce qu'il faut savoir avant de la découvrir.
Où se trouve Oujda et quel est son paysage ?
Oujda se niche dans un creux de l'Atlas tellien, à environ 15 kilomètres de la frontière algérienne et à 60 kilomètres de la Méditerranée. Cette situation, à la fois proche de la mer et adossée aux montagnes, lui donne un climat tempéré par les hauteurs : les étés y sont chauds mais supportables, les hivers frais, parfois marqués par une bruine légère venue de la côte.
Autour de la ville, le contraste est saisissant. À l'est s'étend la plaine de l'Angad, une vastitude cultivée qui fut longtemps le grenier de la région : champs de blé, oliviers, vergers d'agrumes. Au sud-ouest se dressent les Beni-Snassen, massif montagneux couvert de chênes verts et de pins d'Alep, où l'on trouve gîtes, sources et sentiers de randonnée. Cette double identité, agricole et montagnarde, façonne le tempérament des habitants : à la fois ouverts comme les plaines et réservés comme les hauteurs.
Quelle histoire raconte la médina d'Oujda ?
Le cœur ancien d'Oujda remonte au Xe siècle, lorsque la ville devient un relais important sur les routes commerciales entre le Maghreb et l'Ifriqiya. Sa médina, plus modeste que celle de Fès, conserve pourtant une âme intacte. On y pénètre par des portes historiques, on y déambule dans des ruelles aux murs ocre, bordées de petites échoppes, de boulangeries et d'ateliers de artisans. L'odeur du pain traditionnel, du cumin et du savon d'Alep flotte dans l'air.
Plusieurs monuments ponctuent cette promenade. La mosquée Sidi Yahya, fondée au XIVe siècle puis restaurée, tire son nom d'un saint vénéré dans la région. Son minaret, de forme quadrangulaire, domine encore un quartier populaire où les habitants se saluent au seuil des portes. Non loin de là, la place Moulay El Médi constitue un autre pôle de vie : kiosque à musique du protectorat, bancs publics, fontaines et terrasses en font un lieu de rendez-vous familial. C'est ici que l'on sent le mieux la respiration de la ville, entre passé récent et présent bruyant.
Que révèle l'architecture art déco de la ville ?
Au-delà des remparts de la médina, Oujda réserve une surprise : un centre-ville bâti pour l'essentiel pendant le protectorat français (1912-1956), marqué par une élégante architecture art déco. Les avenues Hassan II et Mohammed VI, les boulevards menant vers la gare, conservent des façades géométriques, des ferronneries stylisées, des bow-windows et des frises en céramique.
Ce patrimoine du XXe siècle témoigne d'une époque où Oujda était une ville de garnison, de commerces et de passages. Certains immeubles affichent encore leur nom d'origine — hôtels, cafés, banques — dans une typo d'époque. D'autres, plus modestes, montrent des portes en bois massif et des grilles en fer forgé que l'on devine installées dans les années 1930. L'ensemble forme un décor de cinéma muet, à mi-chemin entre le Maroc méditerranéen et l'Europe d'entre-deux-guerres. Observer ces façades au petit matin, quand la lumière rose caresse les murs blancs, est l'un des plaisirs les plus discrets de la ville.
Que voir autour d'Oujda : Beni-Snassen et plaine de l'Angad ?
Les environs d'Oujda méritent une journée entière, voire plus. Les montagnes des Beni-Snassen offrent une nature généreuse, avec leurs forêts de chênes-lièges, leurs grottes et leurs villages berbères perchés. En automne, les chênes verdoyants côtoient les premières touches d'or ; au printemps, les genêts et les coquelicots couvrent les pentes. Les randonneurs y trouvent des sentiers ombragés, tandis que les gourmands dégustent le miel local, réputé dans toute la région.
À l'inverse, la plaine de l'Angad invite à la contemplation. Cette étendue aux horizons larges est sillonnée de canaux d'irrigation et parsemée de douars, de khettaras et de champs aux couleurs changeantes. Au coucher du soleil, la lumière y devient dorée et douce. C'est aussi un territoire agricole vivant, où les marchés de gros et les coopératives d'olives rythment la vie économique. Pour le visiteur, c'est l'occasion de comprendre que l'Oriental n'est pas seulement une frontière, mais aussi un paysage nourricier et hospitalier.
Comment visiter Oujda aujourd'hui ?
La ville se découvre à pied, en commençant par la médina tôt le matin, avant que la chaleur ne monte. On peut ensuite remonter vers le centre-ville art déco, traverser la place Moulay El Médi, s'arrêter dans un café pour boire un thé à la menthe et observer le va-et-vient. Pour les amateurs de spiritualité et d'architecture, la mosquée Sidi Yahya reste incontournable, même si seuls les musulmans y pénètrent pour la prière ; le quartier environnant, lui, est ouvert à tous.
Le week-end, beaucoup d'Oujdis partent en famille dans les Beni-Snassen pour pique-niquer, marcher ou simplement respirer l'air des chênaies. Enfin, les marchés locaux, notamment le souk d'Aïn Sfa, proposent des olives, des figues, des épices et des objets artisanaux à des prix modestes. Pour prolonger le séjour, l'aéroport d'Oujda-Angads et la gare TGV permettent aujourd'hui un accès rapide depuis Casablanca, Rabat ou Tanger.
Conseil pratique. Oujda se visite en deux ou trois jours, en la couplant avec une excursion dans les Beni-Snassen et une halte dans la plaine de l'Angad. La ville n'a pas la frénésie touristique de Marrakech ou de Fès : c'est précisément son charme. On y vient pour son authenticité, sa lumière crue et la gentillesse d'une population qui n'a pas encore pris l'habitude de considérer le visiteur comme un simple client.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle qu'on s'y arrête ?
Parce qu'elle est l'une des dernières grandes villes marocaines où le temps semble s'écouler à son propre rythme. Entre la médina, les façades art déco, la mosquée Sidi Yahya, la place Moulay El Médi, les Beni-Snassen et la plaine de l'Angad, Oujda condense ce qui fait le patrimoine de la région de l'Oriental : une mémoire ancienne, une nature généreuse et une identité marquée par les échanges entre montagnes et Méditerranée.
"Oujda ne se raconte pas en un jour : il faut flâner dans ses rues, goûter son miel, écouter le bruit de ses fontaines, et laisser la lumière de l'Angad faire le reste."
Que l'on arrive par la route de l'est, par le train depuis la côte ou par l'avion d'Europe, Oujda accueille avec une simplicité rafraîchissante. Elle n'est peut-être pas la ville la plus célèbre du Maroc, mais elle est sans doute l'une des plus sincères. Et c'est là, dans cette sincérité, que réside toute sa force d'attraction.
Continuez la découverte :
Explorez la photographie associée à cet article, parcourez notre galerie photos de Oujda ou consultez notre liste complète d'articles.
