Située à l'extrême nord-est du Maroc, à une poignée de kilomètres de la frontière algérienne, Oujda est la capitale naturelle de la région de l'Oriental. Longtemps perçue comme une ville de passage, elle mérite pourtant qu'on s'y attarde. Entre médina millénaire, façades art déco héritées du Protectorat, montagnes des Beni-Snassen et immensité de la plaine de l'Angad, Oujda offre un patrimoine dense et une atmosphère singulière, à mi-chemin entre le Maghreb et l'Est algérien.

Où se trouve Oujda et quel paysage l'entoure ?

Oujda s'étend dans une vaste dépression bordée au sud par le massif des Beni-Snassen et ouverte au nord sur les reliefs telliens. Cette situation géographique lui a valu, dès l'Antiquité, un rôle de plaque tournante. La plaine de l'Angad, fertile et ensoleillée, a longtemps nourri les caravanes et les marchés de la région. Aujourd'hui encore, les oliviers, les vergers et les champs de céréales structurent le paysage autour de l'agglomération. L'horizon y est large, les hivers doux mais humides, les étés chauds et lumineux. Ce climat méditerranéen continental façonne les habitudes : on y prend le temps de déguster un café sur une terrasse, de longer les jardins publics, d'observer le jeu des ombres sur les murs ocre de la médina.

Quelle histoire a façonné la médina d'Oujda ?

Fondée selon la tradition au Xe siècle par Ziri ibn Atiya, chef des Maghraoua, Oujda a connu une succession de dynasties, de sièges et de reconstructions. La médina actuelle, inscrite dans un tissu urbain aux ruelles étroites, porte les traces de ces bouleversements. On y distingue des portes anciennes, des fondouks, des écoles coraniques et des demeures aux patios dissimulés derrière des façades modestes. L'enceinte, remaniée à plusieurs reprises, a protégé une population de commerçants, d'artisans et de lettrés. L'artisanat local, notamment le tissage de la laine et la poterie, a longtemps rythmé la vie économique.

Au XIXe siècle, la ville subit de plein fouet l'instabilité des confins algéro-marocains. Prise, perdue, rasée partiellement, Oujda fut finalement intégrée au sultanat à la fin des années 1840. C'est à cette époque que le sultan Moulay Abderrahmane ordonne la reconstruction de plusieurs édifices et conforte le rôle religieux de la cité. Cette mémoire tourmentée se lit encore dans la densité du centre ancien, où chaque carrefour semble conserver l'écho d'un siège ou d'une procession.

Que raconte l'architecture coloniale et l'art déco oujdi ?

L'arrivée du Protectorat français en 1912 transforme Oujda en chef-lieu militaire et administratif de l'est marocain. La ville double : à l'intérieur des remparts, la médina continue de vivre selon ses règles ; à l'extérieur, un nouveau quartier s'organise autour de boulevards rectilignes, de jardins et d'édifices publics. C'est dans cette ville nouvelle que se concentre l'art déco oujdi. Construites entre les années 1920 et 1950, plusieurs façades mêlent géométrie, stuc, ferronnerie et ornementation mauresque revisitée. On remarque des immeubles aux angles arrondis, des balustrades en béton, des portes en bois sculpté et des enseignes en lettres d'époque.

Ce style hybride n'est pas seulement décoratif : il traduit la volonté des autorités coloniales de marquer leur territoire tout en empruntant des motifs locaux. Les grands hôtels, la poste, le tribunal, les caisses d'épargne et les villas bourgeoises participent à ce paysage urbain original. Promener dans le centre-ville colonial, notamment autour de l'avenue Mohammed VI et des rues avoisinantes, c'est découvrir un livre d'architecture ouvert sur le XXe siècle, à comparer avec le dédale de la vieille ville.

Quels sont les lieux emblématiques à ne pas manquer ?

Parmi les monuments incontournables, la mosquée Sidi Yahya occupe une place à part. Fondée au XIIe siècle sous les Almohades et restaurée au fil des siècles, elle doit son nom à un saint vénéré de la région. Son minaret, visible de loin, domine le quartier et constitue un repère spirituel pour les habitants. À proximité, les tombeaux des marabouts et les petites zaouïas rappellent l'importance du soufisme dans l'histoire de la ville.

Un peu plus loin, la place Moulay El Médi constitue le cœur battant du centre ancien. Animée le soir par les promeneurs, les marchands de jus, les vendeurs de graines et les enfants qui jouent autour de la fontaine, elle illustre la sociabilité oujdie. Des cafés anciens, des librairies, des boutiques de tissus et de babouches s'y côtoient. C'est aussi un excellent point de départ pour s'enfoncer dans les ruelles de la médina, découvrir les souks de cuivre, de tissage et d'épices, ou simplement observer le rythme du quotidien.

En dehors du centre, le parc Lalla Meryem, l'ancienne caserne militaire reconvertie et les avenues bordées d'eucalyptus témoignent de l'urbanisme colonial. Pour les amateurs de nature, les Beni-Snassen offrent des gorges, des forêts de chênes-lièges et des villages berbères accessibles en une heure de route. La plaine de l'Angad, quant à elle, invite à la balade champêtre, entre fermes, koubbas et horizons dorés.

Comment vivre Oujda aujourd'hui ?

Visiter Oujda, c'est d'abord accepter de ralentir. La ville n'a pas le flux touristique de Fès ou de Marrakech, et c'est précisément son charme. Le matin, on commence par un café noir et un msemen dans un salon de thé du centre. La journée se poursuit entre la médina, le musée, les boutiques d'artisanat et les promenades le long des remparts. Le soir, la place Moulay El Médi et les terrasses environnantes se remplissent de familles et de jeunes.

La gastronomie locale mêle influences rifaines, algériennes et andalouses. On y déguste des tajines parfumés, des grillades, des pâtisseries au miel et aux amandes, ainsi que des soupes épaisses typiques des froids hivers de l'est. Les festivals, notamment ceux de musique andalouse et de culture amazighe, animent régulièrement la vie culturelle. La ville est également une porte d'entrée vers le Parc national de Tazekka, les sources thermales de Bouanane et les circuits de randonnée dans les Beni-Snassen.

« Entre la médina et l'art déco, entre la plaine de l'Angad et les Beni-Snassen, Oujda révèle une face du Marque orientale trop souvent oubliée. »

Pourquoi Oujda mérite-t-elle le détour ?

Oujda n'est pas une ville musealisée : elle vit, se transforme et conserve intactes ses couches historiques. Du minaret de la mosquée Sidi Yahya aux façades art déco du centre colonial, des ruelles de la médina à l'immensité de la plaine de l'Angad, chaque promenade offre une leçon de géographie, d'architecture et de mémoire. La région de l'Oriental tout entière se lit dans ses paysages, ses accents et son patrimoine. Pour le visiteur curieux, Oujda est une invitation à franchir l'image d'une ville frontalière et à découvrir l'une des facettes les plus authentiques du Maroc oriental.

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