Oujda ne se contente pas d’être la première ville marocaine après la frontière algérienne. Capitale de la région de l’Oriental, nichée au cœur de la fertile plaine de l’Angad et adossée aux monts Beni-Snassen, elle est depuis plus d’un millénaire une porte ouverte sur l’Est du royaume. Fondée à la fin du Xe siècle par Ziri ibn Attia, chef des Maghraoua, elle a vu défiler caravanes, armées, saints et protecteurs. Aujourd’hui encore, ses ruelles de médina, ses façades art déco et les mausolées vénérés racontent un patrimoine où le Maroc se mêle à l’Orient méditerranéen. La collection de photographies présentée ici rappelle que Oujda se découvre aussi par les visages, les traditions et les paysages qui la font vivre.
Où se trouve Oujda, la capitale de l’Orient ?
À une quinzaine de kilomètres de la frontière algérienne, Oujda trône dans l’extrême nord-est du Maroc. Elle est le centre administratif et culturel de la région de l’Oriental, créée en 2015, qui s’étend du Rif oriental jusqu’aux confins sahariens. La ville domine la plaine de l’Angad, une terre d’alluvions où les champs de céréales alternent avec les vergers d’orangers et d’oliviers. Au sud, le massif des Beni-Snassen forme un rempart boisé de chênes-lièges et de pins, creusé de gorges, de grottes et de villages berbères. Reliée à Fès, Nador, Taza et la Méditerranée par autoroute et ligne ferroviaire, Oujda dispose aussi d’un aéroport international. Cette position, à la croisée des routes de Fès, Tlemcen et Oran, explique pourquoi elle fut dès l’origine un carrefour commercial et stratégique.
Quelle histoire se cache derrière la médina et ses portes ?
La médina d’Oujda n’est pas une simple vieille ville : c’est l’âme de la cité. Fondée vers 994, elle fut reconstruite et fortifiée à plusieurs reprises, notamment sous les Almohades et les Mérinides. Ses enceintes abritent encore des portes historiques comme Bab Sidi Aissa et Bab Sidi Abdelwahab, qui donnaient accès aux souks, aux zaouïas et aux caravansérails. Au fil des ruelles, le visiteur découvre des médersas, des patios andalous aux azulejos, des demeures patriciennes et la grande mosquée. L’artisanat y persiste : tissage, broderie, dinanderie et vannerie. Flâner dans la médina, c’est sentir la continuité entre le Xe siècle et le quotidien d’aujourd’hui, où les boutiques s’ouvrent sur la prière, le thé à la menthe et le commerce des grains.
On dit à Oujda qu’il suffit de franchir une porte de la médina pour traverser dix siècles d’histoire en quelques pas.
Pourquoi Oujda est-elle aussi surnommée la capitale de l’art déco marocain ?
Le protectorat français, instauré en 1912, transforma rapidement la rive occidentale de la médina. Oujda devint une ville de garnison, d’administration et de commerces, puis une cité moderne bâtie selon les canons de l’entre-deux-guerres. Entre les années 1920 et 1950, de nombreux immeubles publics, hôtels, cafés et cinémas adoptèrent le style art déco : façades géométriques, bow-windows, ferronneries ornementales, lettres en relief et vitraux colorés. La place Moulay El Médi, cœur de la ville nouvelle, concentre plusieurs de ces témoignages, notamment les enseignes oubliées et les angles d’immeubles arrondis. Ce héritage donne à Oujda une silhouette rare au Maroc, où l’horizontalité des kasbahs côtoie la verticalité des édifices du XXe siècle.
Que faut-il voir entre la mosquée Sidi Yahya, la place Moulay El Médi et les Beni-Snassen ?
Le visiteur n’a que l’embarras du choix. Commencez par la mosquée Sidi Yahya, édifiée autour du mausolée du saint patron qui donna son nom à la ville. Elle constitue à la fois un lieu de dévotion populaire et un exemple d’architecture religieuse marocaine. Poursuivez vers la place Moulay El Médi, où terrasses, horloges publiques et façades art déco dessinent une scène de vie citadine. Ne manquez pas le musée des Arts et Traditions Populaires, installé dans un palais traditionnel, ni le souk El Khemis pour ses couleurs, ses épices et ses textiles. Côté gastronomie, goûtez au méchoui, aux briouates et aux pâtisseries à base de dattes et d’amandes. Enfin, filez vers les Beni-Snassen, à une heure de route, pour randonner sous les chênes-lièges, découvrir les cascades et savourer le miel et les produits du terroir.
Comment vivent les habitants de la plaine de l’Angad aujourd’hui ?
La plaine de l’Angad reste le grenier de la région de l’Oriental. Ses terres irriguées nourrissent Oujda et ses marchés hebdomadaires. Dans les douars, les agriculteurs cultivent céréales, légumineuses, agrumes et légumes, tandis que la ville se modernise avec ses universités, ses hôpitaux et ses zones industrielles. La vie culturelle reste marquée par la musique gharnati, les soirées de chikhates et les influences oranaises venues de la frontière. Les festivals, les mariages et les fêtes religieuses rythment l’année. Les Oujdis, fiers de leur identité orientale, accueillent le voyageur avec le même mélange de gravité et de chaleur que l’on retrouve dans les ruelles de la médina.
Oujda mérite bien plus qu’un passage rapide. Entre la médina millénaire, les façades art déco, la mosquée Sidi Yahya et la place Moulay El Médi, elle dévoile un patrimoine croisé, berbère, arabe et européen. Au-delà de la ville, les Beni-Snassen et la plaine de l’Angad invitent à explorer la région de l’Oriental dans toute sa diversité. C’est là, entre deux mondes, qu’Oujda affirme son caractère unique : une ville de l’Est qui sait, depuis toujours, regarder vers l’avenir sans renier son passé.
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