Oujda est la capitale de la région de l'Oriental, l'extrême nord-est du Maroc, à quelques encablures de la frontière algérienne. Posée sur la plaine de l'Angad, la ville se dévoile comme un carrefour où le patrimoine arabo-andalou, l'empreinte coloniale et les traditions des Beni-Snassen se rencontrent. Si la photo « Sans titre-28 b.jpg » évoque la culture et les traditions de l'Oriental, c'est bien parce qu'Oujda incarne cet héritage multiple : ruelles de la médina, façades art déco, musiques andalouses et marchés colorés. Ville de passage, mais aussi ville d'ancrage, elle mérite qu'on s'y attarde pour comprendre l'âme du Maroc oriental.

Où se trouve Oujda et pourquoi la région de l'Oriental est-elle si singulière ?

À 540 kilomètres de Rabat et 350 de Fès, Oujda trône à l'orée des monts des Beni-Snassen, chaîne qui marque la transition entre la plaine de l'Angad et les hautes terres de l'Est. Sous le Protectorat français (1912-1956), la région de l'Oriental devient une zone stratégique de surveillance des frontières, mais aussi un laboratoire urbanistique où l'on greffe un plan en damier à une cité islamique plus ancienne. Cette double identité se lit encore aujourd'hui dans les portes de la médina, dans les arcades du quartier administratif et dans l'accent chantant des habitants. Loin des flux touristiques de la côte atlantique, Oujda offre un Maroc plus intimiste, où chaque rue raconte une succession de civilisations.

Quelle histoire a façonné le patrimoine d'Oujda ?

Fondée officiellement au Xe siècle par la dynastie zénète des Zirides, Oujda fut pendant des siècles une place forte disputée entre les Almohades, les Mérinides et les dynasties locales. Sa mosquée Sidi Yahya, édifiée au XIIIe siècle et restaurée à plusieurs reprises, reste l'un des symboles de cette longue mémoire religieuse. Les murailles, les bastions et les portes monumentales témoignent d'un passé militaire intense. Le XIXe siècle marque un tournant : Oujda devient le siège du pouvoir colonial français dans l'Est, ce qui multiplie les casernes, les églises, les villas et les hôtels. En 1956, lors de l'indépendance, la ville intègre ces strates dans un tissu urbain vivant, faisant de son patrimoine un palimpseste où s'inscrivent le Maghreb médiéval, l'Europe moderne et le Maroc contemporain.

Que découvrir dans la médina et autour de la place Moulay El Médi ?

La médina d'Oujda ne ressemble à aucune autre. Plus modeste que celle de Fès, plus saharienne dans ses couleurs, elle se parcourt par un dédale de ruelles couvertes où l'on trouve des souks aux tissus, aux épices et aux poteries. Au cœur de cette vieille ville se dresse la mosquée Sidi Yahya, avec son minaret aux proportions élégantes et son patio ombragé. À proximité, la place Moulay El Médi constitue le véritable poumon social du centre : terrasses de thé, vendeurs de jus, enfants qui jouent autour de la fontaine, discussions qui s'étirent jusqu'à la nuit. C'est là que le visiteur saisit l'art de vivre oriental : le temps ralentit, le thé à la menthe parfume l'air, et l'on entend parfois émerger les notes d'une musique andalouse issue des anciennes écoles de la ville.

Où retrouver l'empreinte de l'art déco dans Oujda ?

Hors des remparts, Oujda se transforme. Les boulevards de la période coloniale arborent des façades art déco aux lignes géométriques, aux ferronneries stylisées et aux bow-windows typiques des années 1920-1940. Le cinéma Rif, certains hôtels désormais reconvertis et les anciens immeubles de la rue de Marseille ou du boulevard Mohammed VI méritent une promenade attentive. Ce patrimoine architectural, longtemps menacé par l'abandon, suscite aujourd'hui un regain d'intérêt. Les associations locales militent pour la réhabilitation de ces édifices, convaincues qu'ils constituent non pas un héritage étranger, mais une étape de l'histoire urbaine d'Oujda. L'art déco n'est pas ici un décor figé : il dialogue avec les enseignes en arabe, les salons de thé populaires et les galeries commerciales du quotidien.

Que voir aux portes d'Oujda, entre plaine de l'Angad et Beni-Snassen ?

L'aventure ne s'arrête pas aux portes de la ville. La plaine de l'Angad, vaste horizon cerealier et oléicole, offre des routes rectilignes bordées de cyprès et de champs de blé doré. Au printemps, les coquelicots et les marguerites colorent les talus, tandis que les villages dispersés conservent des maisons en pisé et des greniers collectifs. Plus à l'est, les monts des Beni-Snassen invitent à la randonnée. Leurs forêts de chênes-lièges, leurs sources fraîches et leurs villages berbères constituent une respiration naturelle après l'animation urbaine. On y déguste le miel local, on y écoute les récits des agriculteurs, on y mesure combien la région de l'Oriental tient son identité de ce dialogue permanent entre la plaine et la montagne, entre le sédentaire et le nomade.

« Oujda, ce n'est pas une étape vers ailleurs : c'est déjà une destination, celle où le Maroc se tourne vers l'Est et se souvient de ses racines. »

Pourquoi Oujda mérite-t-elle une place dans votre itinéraire marocain ?

Parce qu'elle surprend. Parce qu'elle conjugue la médina, la mosquée Sidi Yahya, la place Moulay El Médi, les façades art déco et les paysages de la plaine de l'Angad et des Beni-Snassen dans un seul et même voyage. La capitale de la région de l'Oriental ne se visite pas à la hâte : elle se goûte au rythme des souks, des concerts de musique andalouse et des soirées en terrasse. Pour le visiteur curieux, Oujda est une invitation à découvrir un patrimoine vivant, fait de contrastes harmonieux et de rencontres sincères. Alors, la prochaine fois que vous planifierez un séjour au Maroc, laissez une place à l'Est : celle d'Oujda, porte ouverte sur l'Oriental.

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