Accrochée à l’extrême nord-est du Maroc, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne, Oujda est la porte d’entrée de la région de l’Oriental. Entre les murmures de sa médina, les façades art déco héritées du protectorat, les jardins de son parc et les montagnes des Beni-Snassen, elle offre un patrimoine dense et attachant. Que vous soyez amateur d’histoire, flâneur invétéré ou amoureux de paysages, voici ce qu’il faut savoir avant de poser vos valises dans cette ville encore trop méconnue.
Où se trouve Oujda et pourquoi son emplacement a-t-il marqué l’histoire ?
Nichée au cœur de la plaine de l’Angad, Oujda veille depuis des siècles sur la route qui relie l’Atlas tellien aux hautes terres de l’Oriental. Sa position frontalière, face à la ville algérienne de Tlemcen, en a fait un carrefour commercial et stratégique. Dès le Xe siècle, elle devient un relais important des échanges entre le Maghreb central et le nord du Maroc. Au fil des siècles, elle subit les influences zénète, mérinide, puis ottomane, avant de connaître une ère nouvelle avec le protectorat français à partir de 1907.
Que raconte la médina d’Oujda au visiteur qui s’y perd ?
La médina d’Oujda n’est pas la plus grande du royaume, mais c’est sans doute l’une des plus authentiques. Ses ruelles dallées serpentent entre des maisons de terre ocre, des petites mosquées et des fontaines couvertes de zellige bleu. C’est ici que bat le cœur du patrimoine populaire de la ville. Laissez-vous guider par les odeurs de cumin et de menthe fraîche jusqu’à la place Moulay El Médi, ancien carrefour des souks où l’on vendait autrefois céréales, tissus et bijoux berbères.
Non loin, le souk des dinandiers et des artisans du cuir donnent encore vie à des savoir-faire transmis de père en fils. Le matin, quand la lumière rasante dessine les arcades des petites boutiques, la promesse d’Oujda se tient là : celle d’une ville dont la mémoire se niche dans chaque pas, entre les ruelles étroites et les fontaines publiques que les habitants appellent encore seguia.
Qu’est-ce que l’art déco d’Oujda et où le découvrir ?
Contrairement aux villes impériales du sud, Oujda porte les traces indélébiles du XXe siècle. Sous le protectorat, elle devient un centre administratif régional et se pare d’édifices aux lignes épurées, ornements géométriques et ferronneries stylisées : c’est l’art déco oujdi. Les anciens bâtiments autour de l’avenue Mohamed VI mêlent arcades, bow-windows et motifs en zigzag typiques des années 1920-1930. Certains hôtels particuliers ont conservé leurs façades pastel, leurs balcons en fer forgé et leurs vitraux colorés.
Même si l’entretien reste inégal, ces témoins architecturaux confèrent à Oujda une allure singulière, entre ville orientale et station coloniale méditerranéenne. Flâner devant les anciennes brasseries ou les anciens immeubles de la fonction publique, c’est comprendre une époque où la ville voulait se tourner à la fois vers l’Europe et vers ses racines maghrébines.
Que faire autour d’Oujda et comment goûter à son art de vivre ?
Au-delà de ses murs, Oujda ouvre sur des paysages contrastés. À l’est, la chaîne des Beni-Snassen, aussi appelée monts des Zenetes, offre des forêts de chênes-lièges, des gorges et des villages berbères où le temps semble suspendu. Les randonneurs y trouvent des sentiers ombragés menant à des sources fraîches, tandis que les gourmets dégustent le miel et le fromage fermiers produits dans les hameaux perchés.
« Instantané 69 : parc de Oujda » : c’est sous ce titre simple que la photographie que vous consultez capture un moment de paix au cœur de la ville. Planté d’eucalyptus, de palmiers et de pins, ce poumon vert a été aménagé dès l’époque coloniale pour offrir aux familles un espace de fraîcheur. On y croise des enfants qui jouent, des promeneurs et des retraités absorbés dans leur partie de damier.
Plus au sud, la mosquée Sidi Yahya marque l’ancienne entrée de la ville. Fondée au XIVe siècle et plusieurs fois restaurée, elle doit son nom au saint patron vénéré dans toute la région de l’Oriental. Son minaret trapu et son patio de cèdre en font un lieu de recueillement essentiel, surtout à l’occasion du moussem qui mêle prière, musique gnawa et repas partagés.
La visite ne saurait se contenter de monuments. Il faut goûter la lfakrouse, cette salade épicée de carottes et de navets, déguster un couscous aux sept légumes ou s’arrêter à un café de la médina pour un thé à la menthe. L’artisanat y tient une place de choix : poteries des Beni-Snassen, tapis de l’Oriental, broderies et bijoux aux motifs berbères. L’hospitalité locale est légendaire. N’hésitez pas à échanger quelques mots en darija avec les commerçants : la conversation vaut souvent le détour autant que le produit.
Oujda n’est pas une ville de cartes postales lisses. Elle est vivante, parfois désordonnée, mais généreuse dans ce qu’elle livre au voyageur curieux. Entre les pierres de la médina, les façades art déco, la quiétude du parc de Oujda et les montagnes des Beni-Snassen, elle synthétise les mille visages du Maroc oriental. Loin des sentiers battus, elle invite à une immersion dans le patrimoine authentique de la région de l’Oriental, où la plaine de l’Angad s’étend comme un tapis vert sous le regard de la mosquée Sidi Yahya et de la place Moulay El Médi. Alors, la prochaine fois que vous penserez à Oujda, ne voyez plus seulement une étape : voyez une destination.
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