Où se trouve Oujda et pourquoi mérite-t-elle qu'on s'y attarde ? Située dans l'extrême nord-est du Maroc, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne, Oujda trône sur la plaine de l'Angad, une étendue fertile baignée par les amandiers, les oliviers et les céréales. Capitale de la région de l'Oriental, elle se distingue des itinéraires touristiques classiques par une atmosphère à la fois saharienne, méditerranéenne et montagnarde. L'ouest, le massif des Beni-Snassen hisse ses sommets jusqu'à près de 1 500 mètres, tandis que vers l'est, le pays s'ouvre sur des horizons arides et lumineux. Cette double nature fait d'Oujda une porte d'entrée singulière vers le Maroc profond, loin des foules et proche des racines.
Que raconte l'histoire d'Oujda à travers les siècles ?
Fondée aux alentours du Xe siècle sous le règne des Zénètes, Oujda a toujours été une ville de passages, de marchés et de conflits. Son emplacement stratégique, aux confins du Maghreb, en a fait une place forte convoitée par les dynasties successives : Almoravides, Almohades, Mérinides, puis Ottomans. Au XIXe siècle, la ville subit la pression coloniale européenne, notamment française, avant de passer sous protectorat en 1912. Cette période laisse des empreintes durables : un urbanisme modernisé, des services publics, des écoles, mais aussi une société profondément marquée par la résistance et l'attachement aux traditions.
Durant les décennies 1920-1950, Oujda devient un laboratoire architectural du protectorat. Les nouveaux quartiers sortent de terre au sud de la médina historique, avec leurs avenues droites, leurs immeubles aux lignes épurées et leurs façades ornées de motifs géométriques. C'est précisément cette époque que le cliché intitulé Sans titre-10 d.jpg semble évoquer : une façade oujdiaise d'inspiration art déco, avec ses balcons en fer forgé, ses pilastres simplifiés et sa teinte ocre-rouge caractéristique. Ce type de bâtiment, très présent autour de la place Moulay El Médi et dans les rues avoisinantes, témoigne d'une ville qui a su intégrer les courants esthétiques européens sans renier son âme marocaine.
Que révèle la médina d'Oujda sur le patrimoine de l'Oriental ?
La médina d'Oujda est sans doute l'un des trésors les mieux gardés de la région de l'Oriental. Contrairement aux grandes médinas impériales de Fès ou de Marrakech, elle se parcourt à taille humaine. Ses ruelles sinueuses, bordées de maisons aux portes en bois sculpté, débouchent sur de petites places ombragées où le temps semble suspendu. Le souk y reste authentique : tisserands, dinandiers, épiciers et marchands de dattes côtoient les habitués du quartier dans une ambiance familiale.
Au cœur de cet espace historique se dresse la mosquée Sidi Yahya, l'une des plus anciennes et des plus vénérées de la ville. Fondée au XIIe siècle puis plusieurs fois restaurée, elle porte le nom d'un saint patron qui continue d'attirer pèlerins et visiteurs. Son minaret, d'une sobriété andalouse-maghrébine, domine les toits de tuiles et offre un repère spirituel indéboulonnable. À proximité, les fondouks, les hammams et les fontaines publiques composent un tissu urbain qui illustre parfaitement la notion de patrimoine matériel et immatériel : ce n'est pas seulement la pierre qui compte, mais la manière dont les Oujdis la vivent au quotidien.
Qu'est-ce que l'art déco oujdiais et où l'observer ?
L'art déco à Oujda n'est pas une curiosité marginale : il constitue un élément central du paysage urbain. Entre la gare, l'ancien hôtel de ville, les bureaux de la Banque d'Algérie et les immeubles d'habitation, on compte plusieurs centaines de bâtiments relevant plus ou moins directement de ce style. Ils se caractérisent par des façades symétriques, des ferronneries élégantes, des frises stylisées et des ouvertures en arc ou rectangulaires selon les cas.
La place Moulay El Médi constitue l'un des meilleurs points de départ pour observer cette architecture. Elle concentre quelques édifices emblématiques du premier XXe siècle, tandis que ses terrasses et ses cafés invitent à la flânerie. Plus au sud, l'avenue Mohamed VI et ses perpendicularies gardent des façades aux couleurs pastel ou ocre, parfois défraîchies mais toujours élégantes. Le voyageur attentif repère aussi des détails typiques de l'architecture coloniale nord-africaine : arcades au rez-de-chaussée, bow-windows, balcons en fonte et grilles aux motifs floraux. Ces témoins de l'histoire oujdiaise méritent d'être photographiés et, surtout, compris dans leur contexte de modernisation forcée et de résilience culturelle.
Que voir aux alentours d'Oujda : Beni-Snassen et plaine de l'Angad ?
Au-delà de la ville, le patrimoine naturel et humain de la région de l'Oriental offre de belles échappées. Les Beni-Snassen, à une demi-heure de route, forment un massif karstique où les falaises, les grottes et les forêts de chênes-lièges se succèdent. Le village de Yaïkoubène, perché à flanc de colline, en constitue l'un des points d'accès les plus pittoresques. En hiver, les sommets peuvent se couvrir de neige ; au printemps, les pentes se parent de fleurs sauvages et de cultures en terrasses.
Sur la plaine de l'Angad, le rythme de la vie suit les cycles agricoles. Cette plaine, considérée comme l'un des greniers du Maroc oriental, produit blé, orge, légumineuses et fruits à noyau. Les douars, ces villages traditionnels aux maisons en pisé, abritent des communautés où l'hospitalité reste une valeur forte. Une excursion matinale permet d'observer les marchés aux bestiaux, les champs irrigués et les khettaras, ces galeries souterraines ancestrales qui captent l'eau pour l'irrigation. C'est aussi dans cette plaine que l'on mesure l'ancrage rural d'Oujda, ville de commerce et d'administration nourrie depuis toujours par la campagne environnante.
Comment Oujda vit-elle aujourd'hui et que goûter sur place ?
Oujda d'aujourd'hui est une ville universitaire, commerçante et créative. Ses cafés littéraires, ses associations de jeunes et sa scène musicale, notamment autour du raï et des musiques amazighes, donnent une énergie contemporaine à un patrimoine séculaire. La médina s'anime le soir, les familles se promènent le long du boulevard Mohammed VI, et les restaurants proposent des spécialités régionales qu'il serait dommage de manquer.
- Pastilla : la version oujdiaise, souvent aux pigeons ou au poulet, reste plus proche des traditions de l'Est que de la pastilla sucrée fassi.
- Méchoui et grillades : la viande d'agneau des Beni-Snassen est réputée dans tout le Maroc.
- Couscous aux sept légumes : préparé le vendredi, il varie selon les saisons et les récoltes de la plaine de l'Angad.
- Thé à la menthe et pâtisseries orientales : incontournables dans les salons de thé autour de la place Moulay El Médi.
"Oujda ne se visite pas en coup de vent : il faut prendre le temps de ses ruelles, de ses terrasses et de ses silences pour sentir battre le cœur de l'Oriental."
Que l'on soit attiré par la spiritualité de la mosquée Sidi Yahya, par l'élégance art déco de ses façades, par l'authenticité de sa médina ou par les paysages des Beni-Snassen, Oujda offre une expérience de voyage dense et personnelle. La région de l'Oriental, encore méconnue du tourisme de masse, réserve à celui qui s'y arrête une invitation à découvrir un Maroc frontalier, résilient et profondément humain. Comme le suggère ce cliché d'architecture oujdiaise, chaque pierre, chaque balcon, chaque ombre portée raconte une histoire : celle d'une ville qui a traversé empires, protectorat et indépendance sans jamais perdre son identité. Et c'est bien là, dans cette mémoire vivante, que réside tout le charme d'Oujda.
