L'image intitulée « Instantané 102 : place d'Oujda » capture, en un seul cliché, l'âme d'une ville que les Marocains appellent volontiers la capitale de l'Oriental. Au premier regard, on y devine le carrefour de plusieurs époques : une esplanade animée, des façades aux teintes passées, la lumière crue qui baigne la plaine de l'Angad, et, au loin, peut-être le souffle des Beni-Snassen. Cette photographie anonyme n'est pas qu'un document sentimental pour la galerie Oujda.net : elle est une invitation à comprendre comment Oujda est devenue, au fil des siècles, le premier visage du Maroc face à l'Algérie et à la Méditerranée.

Où se trouve Oujda et que représente-t-elle dans la région de l'Oriental ?

Oujda se niche à l'extrême nord-est du Maroc, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière algérienne et à moins de cent kilomètres de la côte méditerranéenne. Administrativement, elle est le chef-lieu de la région de l'Oriental, un vaste territoire qui s'étend des monts des Beni-Snassen jusqu'aux confins du Rif oriental et des oasis de Figuig. Géographiquement, la ville domine la plaine de l'Angad, une dépression fertile irriguée par les oueds qui descendent des reliefs environnants.

Cette situation, à la fois centrale et frontalière, explique toute son histoire. Carrefour de routes caravanées et de pistes militaires, Oujda fut longtemps le point de passage obligé entre le Maghreb central et le Maghreb occidental. La photographie de la place d'Oujda, avec son espace ouvert et ses perspectives urbaines, illustre bien cette vocation : la ville n'a jamais été un village replié, mais un lieu de rencontre, de marchés et de passages, tourné vers l'horizon.

Quelle est l'histoire de cette place et de cette photographie ?

La place Moulay El Médi, que l'on reconnaît souvent sur les anciennes cartes postales, constitue le cœur historique de la ville moderne. Aménagée à l'époque coloniale, dans la première moitié du XXe siècle, elle prolonge la médina tout en lui opposant un vocabulaire architectural nouveau. L'instantané 102, probablement pris entre les années 1930 et 1950, témoigne de cette mutation : au-delà des silhouettes des passants, on perçoit des bâtiments administratifs, des commerces au rez-de-chaussée, peut-être une terrasse ou une marquise qui abrite le regard.

Le contexte colonial a profondément marqué le paysage oujdi. Les autorités du Protectorat français, installées dès 1912, dotèrent Oujda d'un plan d'urbanisme séparant la ville nouvelle et la médina. Les Artisans locaux et les entrepreneurs venus d'Europe métropolitaine y bâtirent des maisons, des hôtels, des bureaux et des cafés dans un style que l'on peut qualifier, avec un peu de recul, d'art déco oriental. Ces immeubles aux lignes géométriques, aux ferronneries ornementales et aux façades colorées sont aujourd'hui partie intégrante du patrimoine de la ville. La photographie d'Oujda.net en restitue l'atmosphère : un soleil de plomb, des ombres nettes, des gens immortalisés dans le rythme d'une journée ordinaire.

Que peut-on encore découvrir de l'héritage architectural d'Oujda ?

Bien que les bouleversements du XXe siècle aient modifié son tissu urbain, Oujda conserve des trésors que le visiteur curieux saura repérer. La médina, avec ses ruelles pentues et ses souks parfumés de cumin, d'olives et de cuir, reste le socle identitaire de la ville. On y flâne entre les fondouks, les petites mosquées et les portes anciennes qui protégeaient jadis la cité.

À proximité, la mosquée Sidi Yahya, élevée au XIIe siècle sous les Almohades puis restaurée à plusieurs reprises, constitue l'un des monuments les plus anciens et les plus vénérés de la ville. Son minaret quadrangulaire et son patio aux arcades racontent des siècles de prières, de pèlerinages et de continuité spirituelle. Non loin de là, le quartier administratif et les avenues de la ville nouvelle recèlent des exemples d'art déco méconnu : balcons en fer forgé, fenêtres en meurtrière, frises en céramique, couleurs ocres et bleu pastel. Cet héritage fait de Oujda une ville singulière au sein du patrimoine marocain, où le minaret almohade dialogue avec la marquise coloniale.

Que voir aux portes d'Oujda : la plaine de l'Angad et les Beni-Snassen ?

Quittez la ville, et le paysage change rapidement. La plaine de l'Angad s'étend au sud et à l'est d'Oujda comme une immense couverture vallonnée, ponctuée de khettaras, de fermes isolées et de vergers de grenadiers et d'oliviers. C'est ici que l'agriculture marocaine de l'Est puise son identité : une terre rougeâtre, un ciel vaste, des horizons que les nuages d'orage traversent en quelques minutes.

Au-delà de la plaine se dressent les monts des Beni-Snassen, massif calcaire et forestier qui culmine à plus de 1 500 mètres. Les Beni-Snassen offrent une bouffée d'air frais aux habitants d'Oujda, notamment en été. Leurs forêts de chênes-lièges et de pins, leurs grottes, leurs sources et leurs villages berbères en font une destination naturelle incontournable de la région de l'Oriental. Entre plaine et montagne, l'article touristique trouve ici une deuxième dimension : celle d'une nature généreuse qui encadre la cité et nourrit son imaginaire.

Pourquoi Oujda mérite-t-elle aujourd'hui qu'on s'y attarde ?

Au-delà des monuments, c'est la vie quotidienne qui séduit à Oujda. On s'attarde devant un thé à la menthe sur la place Moulay El Médi, on écoute le dialecte oujdi aux accents proches de l'Oranie voisine, on goûte aux pâtisseries aux amandes et aux dattes, on suit le bruit des artisans du cuir dans la médina. La ville ne joue pas la carte du spectacle touristique : elle vit, bruyante, chaleureuse, légèrement nostalgique.

C'est précisément ce que restitue la galerie Oujda.net à travers des images comme « Instantané 102 : place d'Oujda ». Chaque photographie est une fenêtre ouverte sur un fragment de mémoire partagée. Elle interroge, elle émeut, elle donne envie de marcher sur ces trottoirs, de lever les yeux vers ces façades, de respirer l'air chaud de l'art déco et du patrimoine vivant. Pour celles et ceux qui cherchent un Maroc authentique, loin des sentiers battus, la région de l'Oriental et sa capitale historique constituent une destination qui vaut bien davantage qu'un simple passage.

« Entre la plaine de l'Angad et les Beni-Snassen, entre la mosquée Sidi Yahya et les marquises de la place Moulay El Médi, Oujda invite le voyageur à lire le Maroc par son côté oriental. »

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