Située à l'extrême nord-est du Maroc, à quelques kilomètres de la frontière algérienne, Oujda est bien plus qu'une étape vers l'Est. Capitale de la région de l'Oriental, elle garde les traces de vingt siècles de passages, de confrontations et de brassages. Entre les murailles ocre de sa médina, les façades art déco héritées du protectorat, la sérénité de la mosquée Sidi Yahya et les vastes espaces de la plaine de l'Angad, la ville offre une lecture du Maroc à la fois profonde et inattendue. Cet article vous emmène au cœur d'un patrimoine méconnu, à la rencontre des Beni-Snassen et des silhouettes de l'Atlas oriental.
Où se trouve Oujda et quel est son paysage ?
Oujda se niche dans une cuvette fertile à 550 mètres d'altitude, au pied des premiers contreforts des Beni-Snassen. Cette chaîne de l'Atlas oriental, couverte de chênes-lièges et de pins d'Alep, domine la ville de ses crêtes bleutées. Au nord et à l'est s'étend la plaine de l'Angad, l'une des terroirs les plus généreux du Maroc. Blé, orge, olives et agrumes y mûrissent sous un ciel lumineux où souffle le vent du Sahara puis, parfois, l'humidité de la Méditerrannée voisine. Cette géographie explique tout : la ville est un carrefour naturel entre le Tell algérien, le Haut Atlas et les plaines côtières. Depuis l'Antiquité, Oujda capte les flux, les convois et les influences. Le panorama que l'on découvre depuis les hauteurs de la médina mêle jardins, minarets, toits de tuile et, au loin, la ligne presque invisible des frontières : un horizon qui donne à l'Oriental son caractère à la fois ouvert et frontière.
Quelle est l'histoire de cette ville de l'Oriental ?
Les origines d'Oujda se perdent dans la brume des siècles. On attribue souvent sa fondation, au VIIe siècle, à un chef zénète, Sidi Idriss, ou plus tard aux Almoravides qui y installèrent un point de contrôle stratégique. Pendant des siècles, la cité fut un relais militaire et commercial entre Fès, Tlemcen et les ports de la Méditerranée. Sa position frontalière la rendit vulnérable : pillages, sièges, reconstructions. En 1844, l'armée française y campa brièvement lors de la campagne contre l'émir Abd el-Kader, marquant les prémices d'une présence européenne qui allait changer la ville. En 1907, après les incidents de Casablanca et de la région orientale, Oujda fut occupée par les troupes françaises. Le traité du protectorat, signé en 1912, acheva de transformer le paysage administratif et urbain. Oujda devint la capitale de la zone est du Maroc, un centre colonial doté de casernes, d'écoles, de avenues et d'une gare. Mais sous le vernis administratif, la vieille cité arabe poursuivait son rythme : souks, guildes, zaouïas et rituels marquaient le temps de la médina.
Que voir dans la médina d'Oujda aujourd'hui ?
La médina d'Oujda ne ressemble à aucune autre. Moins monumental que celle de Fès, plus intime, elle se découvre par ses portes, ses ruelles en escalier et ses patios cachés. On y entre par Bab Sidi Abd el-Jalil ou par d'autres passages plus discrets, et l'on se laisse porter par l'odeur des épices, du cuir neuf et du pain cuit au four commun. Le cœur battant reste la place Moulay El Médi, où se croisent vendeurs de fruits secs, artisans et flâneurs. Autour, les fondouks et les petites mosquées témognent d'une société organisée par les métiers et la foi. On visitera la mosquée Sidi Yahya, édifice modeste mais chargé de mémoire, où le culte se mêle au pèlerinage local. Les façades ocre, les portes cloutées, les moucharabieh d'appui et les fontaines aux carreaux verts composent un décor d'orientalisme vécu, pas muséal. Le mieux est de s'asseoir à une terrasse, de boire un thé à la menthe et d'observer le passage du temps : ici, le matin appartient au marché, l'après-midi aux conversations et au crépuscule aux enfants qui jouent devant les portes.
Pourquoi Oujda est-elle aussi un témoin de l'art déco marocain ?
La période coloniale a laissé à Oujda un héritage architectural singulier : des rues entières de façades art déco. Entre 1920 et 1950, les architectes des services civils et quelques entrepreneurs locaux élevèrent des immeubles aux lignes géométriques, aux bow-windows, aux ferronneries stylisées et aux mosaïques aux couleurs pastels. Les boulevards portent encore ces noms d'une autre époque, et certains hôtels, postes ou anciens cinémas arborent des courbes et des motifs propres à ce style mondial adapté au soleil de l'Oriental. Cet art déco n'est pas un simple décor : il raconte l'ambition française de faire d'Oujda une vitrine administrative moderne, tout en côtoyant la médina à quelques rues de là. Aujourd'hui, ces bâtiments vieillissants font l'objet d'un intérêt nouveau. Promeneurs amateurs et historiens de l'architecture y découvrent un patrimoine du XXe siècle fragile, à préserver comme les remparts plus anciens. Car Oujda, à sa manière, est une palimpseste : chaque époque a recouvert la précédente sans l'effacer tout à fait.
Que découvrir autour d'Oujda : Beni-Snassen, Angad et traditions vivantes ?
L'Oriental ne se limite pas à sa capitale. Au sud, le massif des Beni-Snassen invite à la randonnée et à la découverte de villages berbères où l'on parle encore des dialectes propres à la région. Chênes, ifs, gorges et sources fraîches offrent un contraste saisissant avec l'aridité des plaines. On y rencontre des troupeaux de chèvres, des moulins à eau et des marabouts isolés où brûle l'encens. À l'est, la plaine de l'Angad dessine des horizons de blé et d'oliviers, ponctués de ksour et de douars. C'est là que naît une partie de l'identité oujdie : l'agriculture, le commerce des céréales, les alliances entre tribus sédentaires et montagnardes. Les traditions orales, la musique rwais de l'Oriental et les rituels des zaouïas continuent de traverser les générations. Pour le visiteur, aller d'Oujda aux Beni-Snassen en une journée, c'est passer d'une ville aux rythmes urbains à un silence de montagne en quelques dizaines de kilomètres. C'est aussi comprendre que le patrimoine de la région est autant paysager et humain qu'architectural.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle le détour ?
Parce qu'elle refuse les clichés. Loin des circuits les plus fréquentés, Oujda propose une immersion dans un Maroc de transitions : entre Maghreb et Algérie, montagne et plaine, mémoire arabo-andalouse et empreinte coloniale. Sa médina respire, ses façades art déco surprennent, sa mosquée Sidi Yahya apaise, et la place Moulay El Médi reste un théâtre de vie quotidienne. Au-delà des murs, les Beni-Snassen et la plaine de l'Angad offrent des horizons à la fois sauvages et familiers. Pour qui veut comprendre la région de l'Oriental, goûter ses dattes, écouter ses récits et marcher sur ses sentiers, Oujda est une porte. Une porte ouverte sur un patrimoine vivant, chaleureux et profondément attaché à ses racines.
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