Oujda est la capitale vivante de l'est du Maroc. Nichée au cœur de la région de l'Oriental, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne, elle mêle sur quelques kilomètres carrés plusieurs siècles d'histoire, une architecture coloniale raffinée et une douceur de vivre que les guides de voyage oublient trop souvent. Si vous cherchez un lieu où le patrimoine se promène encore en pyjama le matin, où le café turc sent la noisette et où les montagnes des Beni-Snassen surveillent la plaine de l'Angad, alors Oujda mérite que l'on s'y arrête au moins trois jours.
Où se trouve Oujda et qu'est-ce qui la rend unique ?
Oujda se situe à l'extrême nord-est du royaume, à la croisée des routes qui relient Fès, Tlemcen et la Méditerranée. Elle est bâtie sur un plateau qui domine la plaine de l'Angad, une terre fertile où l'on cultive l'orge, l'olivier et les agrumes depuis l'Antiquité. Cette position de carrefour lui a valu des siècles d'échanges, mais aussi des destructions. Berbères, Romains, Arabes, Ottomans et Français se sont succédé ici, laissant chacun une empreinte discrète dans les pierres, les noms de rues et les habitudes culinaires.
Ce qui surprend d'abord, c'est le contraste. Au nord, les falaises calcaires des Beni-Snassen dessinent un horizon bleuté. Au sud, la plaine s'étale comme un tapis vert doré par le soleil couchant. Dans la ville elle-même, le bruit des scooters côtoie le silence des patio des fondouks, et les façades art déco héritées du Protectorat dialoguent avec les murs en pis de terre de la médina. Oujda n'est ni un musée figé ni une métropole bruyante : c'est une ville qui vit.
Quelle est l'histoire de cette ville, du fondouk au protectorat ?
Les origines d'Oujda restent partiellement voilées. Les chroniques médiévales évoquent une fondation par Ziri ibn Attia au Xe siècle, avant qu'elle ne devienne une halte stratégique sur la route entre Fès et l'Ifriqiya. Au fil des siècles, elle fut prise, reconstruite, rasée puis rebâtie. Chaque dynastie a laissé sa marque : Almohades, Mérinides, Saadiens, puis Alaouites, qui firent de la cité un point de défense face aux incursions venant de l'est.
L'époque contemporaine transforme profondément Oujda. À partir de 1907, puis surtout pendant le Protectorat français, de 1912 à 1956, la ville double de volume. On perce de larges boulevards, on élève des immeubles de style néo-mauresque et art déco, on construit un hôtel de ville, un théâtre, des écoles et une gare. Cette modernisation ne s'est pas faite sans heurts : elle a aussi dessiné une ligne invisible entre la ville nouvelle, à l'ouest, et la médina historique, à l'est. Aujourd'hui, cette dualité constitue le charme même d'Oujda, où l'on passe d'une avenue ombragée de ficus à une ruelle soukée en quelques pas.
Que voir dans la médina et autour de la place Moulay El Médi ?
La médina d'Oujda est plus petite que celle de Fès ou de Marrakech, mais elle est aussi moins étouffante. Ses ruelles pentues serpentent entre des maisons aux portes en bois sculpté, des petites mosquées et des échoppes où l'on vend des épices, des babouches et des tissus. Le matin, le quartier appartient aux livreurs de pain, aux étudiants qui traversent à pied et aux chats qui prennent le soleil sur les murets.
Au cœur de ce dédale se trouve la place Moulay El Médi, un espace rectangulaire bordé de cafés et de commerces. Elle tient son nom d'un saint local vénéré depuis des siècles et reste un point de rendez-vous incontournable pour les Oujdis. Le soir, lorsque la chaleur retombe, la place s'anime : familles, musiciens ambulants, vendeurs de jus d'orange et discussions politiques se mêlent autour des tables en fer forgé. C'est ici que l'on comprend qu'Oujda n'est pas seulement une ville à voir, mais une ville à écouter.
Pourquoi la mosquée Sidi Yahya est-elle un symbole du patrimoine oujdi ?
À quelques encablures de la médina s'élève la mosquée Sidi Yahya, l'un des monuments les plus anciens et les plus respectés de la ville. Fondée au XIVe siècle, elle doit son nom à un saint musulman dont la zaouïa attirait autrefois des pèlerins de toute la région de l'Oriental. Son minaret, aux proportions élancées et aux motifs géométriques en terre cuite, domine encore le quartier est de la ville.
Moins fastueuse que la mosquée Koutoubia, plus discrète que les grandes mosquées des capitales du Golfe, Sidi Yahya incarne une autre manière d'être sacrée : celle du quotidien, du voisinage, du livre ouvert sur les sciences religieuses et la poésie. À ses pieds, les ruelles gardent une atmosphère recueillie. Même les visiteurs non musulmans peuvent apprécier la qualité de son architecture et la sérénité du site, à condition de respecter les heures de prière et les usages locaux. Elle est, avec la médina et l'art déco, l'un des trois piliers du patrimoine oujdi.
Que découvrir dans la région de l'Oriental, des Beni-Snassen à la plaine de l'Angad ?
L'Oriental ne se limite pas à Oujda. Sortir de la ville, c'est entrer dans une autre échelle du temps et de l'espace. Au nord, les monts des Beni-Snassen offrent des forêts de chênes-lièges, des sources fraîches et des villages berbères où l'on fabrique encore le fromage et le miel à la façon d'antan. En automne, les chênes rougissent et la région devient une destination prisée des randonneurs casablancais.
À l'est, la plaine de l'Angad s'étend jusqu'à l'horizon, ponctuée de douars, de canaux d'irrigation et de champs de blé ondulant au vent. C'est l'une des régions agricoles les plus anciennes du Maroc, nourricière de villes entières depuis l'Antiquité. On y mange des tajines aux pruneaux, des brochettes d'agneau grillées au feu de thym, et l'on boit du thé à la menthe dans des verres épais qui brûlent les doigts.
Plus loin, vers le sud, les paysages deviennent plus arides, plus proches du Sahara. L'Oriental est ainsi une région de transitions : entre l'Atlas et la plaine, entre la Méditerranée et le désert, entre le passé berbère et le présent arabe. Road trip ou pas, chaque kilomètre mérite une halte.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle qu'on lui consacre plus qu'un simple détour ?
Parce qu'elle ne ressemble à aucune autre ville marocaine. Elle n'a pas les paillettes de Marrakech ni la notoriété de Chefchaouen, mais elle possède une authenticité que le tourisme de masse n'a pas encore effacée. Entre les balcons en fer forgé de l'art déco, les ruelles silencieuses de la médina, la présence apaisante de la mosquée Sidi Yahya et les soirs animés de la place Moulay El Médi, Oujda offre un portrait complet du Maroc oriental.
Elle est aussi la porte d'entrée d'une région plus vaste. Des Beni-Snassen à la plaine de l'Angad, de la médina aux villages de montagne, la région de l'Oriental récompense ceux qui prennent le temps. Alors, la prochaine fois que votre route vous mènera vers l'est, laissez-vous surprendre. Prenez un café sur la place, montez vers les collines, flânez dans les souks. Oujda ne se visite pas : elle se vit, lentement, au rythme du thé et du coucher de soleil sur l'Angad.
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