La photographie que vous consultez dans l'album 61 d'Oujda.net saisit l'âme d'une ville aux multiples visages : un mur blanc d'une maison de la médina, une ferronnerie ouvragée, peut-être un balcon aux lignes géométriques héritées du Art déco. Cette image résume Oujda. Elle est à la fois marocaine profonde, arabe-andalouse par ses fondations, et moderne par les empreintes laissées par le Protectorat français dans la région de l'Oriental. Si vous préparez votre prochaine escapade dans l'extrême est du Maroc, voici ce que cette architecture, et cette ville, ont à vous raconter.
Où se trouve Oujda et quel est son paysage ?
Oujda se niche dans le nord-est du Maroc, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne. Elle est la capitale de la région de l'Oriental, une terre de contrastes bordée au nord par la Méditerranée et au sud par les monts des Beni-Snassen. À l'ouest de la ville s'étend la plaine de l'Angad, large cuvette fertile où alternent les champs de céréales, les vergers et les jardins irrigués. Cette plaine a toujours nourri Oujda et protégé son commerce. À l'est, la ville s'adosse aux contreforts du massif des Beni-Snassen, une chaîne de montagnes couverte de chênes-lièges, de pins et de maquis qui invite aux randonnées dès que l'on sort de l'agglomération.
Son climat est continental : hivers frais, étés chauds et secs, ciels lumineux presque toute l'année. Cette lumière blanche sculpte les façades, accentue les ombres des portes en bois, fait ressortir les zelliges bleu pastel et les balcons peints. C'est dans cette lumière qu'il faut regarder l'architecture oujdiaise pour en comprendre la beauté.
Quelle histoire a façonné l'architecture oujdiaise ?
La ville fut fondée au Xe siècle par Ziri ibn Atiyya, chef des Banu Ifren, qui y bâtit une forteresse sur le site de l'actuelle médina. Au fil des siècles, Oujda devient un carrefour militaire et commercial entre le Maghreb central, l'Algérie et l'Europe. Les Almohades, puis les Mérinides, laissent leur marque : remparts, portes monumentales, médersas et mosquées. La mosquée Sidi Yahya, édifiée au XIVe siècle sous le sultan mérinide Abou Yacoub Youssef, en est le témoin le plus prestigieux. Rénovée plusieurs fois, elle domine encore le cœur ancien avec son minaret octogonal et son patio de marbre.
En 1912, le Maroc entre dans l'ère du Protectorat français. Oujda, alors ville de garnison et de frontière, se transforme rapidement. Les autorités coloniales percent de larges boulevards, dessinent un quartier européen à l'ouest de la médina et importent les modes architecturales de la métropole : façades ornées de moulures, ferronneries stylisées, bow-windows, frises géométriques, couleurs pastel. C'est ainsi que l'Art déco s'invite à Oujda. Il ne remplace pas l'ancien : il se superpose. Aujourd'hui, une promenade mêle sans cesse les murs crépis de la médina et les immeubles années 1930, les portes anciennes et les vitrines de boutiques modernes. Ce dialogue entre deux époques fait la singularité du patrimoine oujdiais.
Que voir à Oujda aujourd'hui ?
Commencez votre visite par la médina. Entrez par l'une de ses portes historiques, comme Bab El Gharbi, et laissez-vous porter par les ruelles couvertes. Vous y croiserez des artisans travaillant le cuir, le cuivre et le bois, des échoppes d'épices, des bains publics anciens et des cafés où l'on joue aux dominos. Plusieurs fondouks, ces caravansérails autour d'un patio central, témoignent encore du commerce caravanier qui fit la richesse de la ville.
La mosquée Sidi Yahya mérite une halte, ne serait-ce que pour admirer sa silhouette imposante et son minaret. Non loin de là, la place Moulay El Médi, ancien cœur administratif et social de la ville coloniale, reste un point de ralliement. Bordée de terrasses, de commerces et de façades Art déco, elle offre une lecture directe de l'histoire urbaine d'Oujda : ici, les architectures se répondent, d'une rive à l'autre du temps.
N'oubliez pas de pousser jusqu'à la ville nouvelle, où les boulevards Mohammed VI, Mohammed V et l'avenue de la Résistance conservent des immeubles typiques des années 1920-1950. Les balcons en fer forgé, les encadrements de fenêtres en pierre de taille et les corniches décorées valent à eux seuls le détour pour les amateurs de patrimoine du XXe siècle.
Que faire autour d'Oujda pour prolonger l'escapade ?
Oujda n'est pas seulement une ville, elle est aussi une porte. Au sud, le massif des Beni-Snassen offre des pistes de randonnée, des forêts ombragées et des villages berbères où le temps semble suspendu. Le lac de Tamesmida, les gorges et les points de vue sur la plaine font de cette montagne une escapade idéale en une demi-journée.
À l'ouest, la plaine de l'Angad se découvre à vélo ou en voiture, entre champs verdoyants et fermes traditionnelles. Plus au nord, Saidia et ses plages de la Méditerranée sont à moins d'une heure. Entre mer et montagne, Oujda constitue donc un excellent point d'ancrage pour explorer toute la région de l'Oriental.
Sur place, laissez-vous tenter par la cuisine locale : pastilla aux fruits de mer, tajines, couscous, cornes de gazelle, msemen et, bien sûr, le thé à la menthe accompagné de pâtisseries fines. Les cafés de la place Moulay El Médi et de la médina sont parfaits pour observer la vie locale, discuter avec les habitants et comprendre la douceur de vivre oujdiaise.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle vraiment le détour ?
Parce qu'elle surprend. Beaucoup de voyageurs ne font que traverser l'Oriental en direction de la côte méditerranéenne. Ils ratent une ville authentique, fière de son histoire, où chaque façade raconte une époque. Entre les ruelles de la médina, les immeubles Art déco, le minaret de la mosquée Sidi Yahya et l'animation de la place Moulay El Médi, Oujda offre un voyage dans le temps sans musée ni guide pesant.
Elle mérite le détour aussi pour son cadre naturel, entre la plaine de l'Angad et les Beni-Snassen, pour sa cuisine généreuse, pour ses habitants accueillants et pour cette atmosphère de ville frontalière qui a toujours su mélanger les influences sans renier ses racines.
Venir à Oujda, c'est découvrir un Maroc de l'Est : plus méditerranéen, plus montagnard, plus secret. C'est poser son regard sur une architecture qui, comme l'album 61 d'Oujda.net le suggère, mérite qu'on s'y attarde. Alors, lors de votre prochaine escapade dans la région de l'Oriental, prévoyez au moins deux jours. Ouvrez les yeux, levez la tête vers les balcons, effleurez les portes en bois de la médina. Vous rentrerez avec une autre idée du patrimoine marocain.
Continuez la découverte :
Explorez la photographie associée à cet article, parcourez notre galerie photos de Oujda ou consultez notre liste complète d'articles.
