Oujda est la capitale de l'est du Maroc, porte d'entrée vers l'Algérie et vitrine d'une identité marquée par les caravanes, le protectorat français et la vitalité de la région de l'Oriental. Située à près de 550 kilomètres de Rabat, elle offre un patrimoine rare : une médina aux remparts anciens, des boulevards ornés d'art déco, des places populaires et une nature proche fait de montagnes et de plaines fertiles. Cet article vous emmène au cœur de ses rues animées pour comprendre ce qui fait le charme unique d'Oujda.

Où se trouve Oujda et pourquoi cette ville mérite-t-elle le détour ?

Oujda se niche dans le nord-est du Maroc, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne. Elle domine la plaine de l'Angad, une étendue agricole réputée pour ses vergers, ses céréales et ses jardins irrigués par des sources anciennes. Au sud, le massif des Beni-Snassen dessine une silhouette bleutée où chênes-lièges, gorges et villages berbères accrochent les pentes. Cette position géographique explique son rôle ancien : carrefour commercial, relais militaire et ville de garnison.

Contrairement aux cités impériales de l'ouest, Oujda garde une atmosphère plus intime et moins conventionnée. Ses habitants, les Oujdis, sont connus pour leur accueil direct, leur humour et leur attachement aux traditions. Venir ici, c'est découvrir une facette du Maroc méconnue des circuits touristiques classiques, où l'on circule entre souks fumants, terrasses de café et façades ocre et blanches.

Quelle histoire se cache derrière la médina et le patrimoine d'Oujda ?

Fondée au Xe siècle par les Zénètes, puis développée sous les Almohades et les Mérinides, Oujda fut pendant des siècles une place forte convoitée. Sa médina, inscrite dans le tissu urbain historique, conserve des tracés hérités de l'époque médiévale. On y pénètre par de vieilles portes, on y découvre des ruelles couvertes, des fondouks et des demeures aux patios dissimulés derrière des portes de bois clouté.

L'histoire de la ville est aussi faite de destructions et de reconstructions. Pillée, rasée, reconquise, elle a su chaque fois renaître. Au XIXe siècle, elle devient un point sensible du Maghreb, prise entre l'influence ottomane, les ambitions françaises et les résistances locales. En 1844, la bataille d'Isly, non loin d'ici, illustre les tensions qui précèdent le protectorat. En 1912, la signature du traité de Fès transforme le Maroc en protectorat français et Oujda en tête de pont militaire de la zone orientale.

« Marcher dans la médina d'Oujda, c'est lire une carte à plusieurs strates : berbère, arabo-andalouse, coloniale, et résolument contemporaine. »

Que révèlent l'art déco et l'architecture coloniale des rues animées d'Oujda ?

C'est pendant le protectorat, entre les années 1920 et 1950, qu'Oujda connaît une métamorphose urbaine notable. Les autorités coloniales tracent de larges avenues, plantent des squares et édifient des bâtiments administratifs, des banques, des hôtels et des villas où se mêlent le style mauresque, le néo-classicisme et l'art déco. Aujourd'hui encore, certaines façades de la ville nouvelle arborent des ferronneries géométriques, des frises, des bow-windows et des portes en bois sculpté typiques des années 1930.

Ces rues animées racontent le quotidien d'une époque où Oujda était une plaque tournante du commerce transfrontalier. Les terrasses regorgeaient de voyageurs, les hôtels accueillaient des négociants, et les marchands de la place Moulay El Médi étalaient leurs marchandises sous les arcades. Le contraste entre l'architecture de la ville nouvelle et les souks de la médina crée un paysage urbain unique au Maroc, à mi-chemin entre l'Europe méditerranéenne et l'Afrique du Nord.

Que voir aujourd'hui autour de la mosquée Sidi Yahya et de la place Moulay El Médi ?

Au cœur du centre ancien, la mosquée Sidi Yahya est l'un des monuments les plus emblématiques d'Oujda. Datant du XIIIe siècle et plusieurs fois restaurée, elle doit son nom à un saint vénéré de la région. Son minaret élancé et son portail sculpté dominent un quartier où se croisent les écoles coraniques, les librairies anciennes et les artisans du cuir et du textile. Le site reste un lieu de recueillement et de mémoire, fréquenté par les familles oujdis depuis des générations.

À deux pas de là, la place Moulay El Médi constitue le poumon battant de la vie sociale. Le matin, elle accueille les marchands de fruits, de poissons fumés et d'épices. L'après-midi, les hommes s'installent au café pour jouer aux échecs ou commenter l'actualité. Le soir, l'animation monte avec les snacks, les vendeurs de jus et les flâneurs. C'est ici que l'on saisit le tempérament de la ville : modeste, bruyant, généreux, profondément ancré dans ses repères.

Que découvrir dans la région de l'Oriental, des Beni-Snassen à la plaine de l'Angad ?

L'région de l'Oriental ne se limite pas à Oujda. Elle s'étend du littoral méditerranéen, avec la station balnéaire de Saïdia, jusqu'aux montagnes des Beni-Snassen, où les randonneurs explorent des gorges profondes, des forêts de chêne-liège et des villages aux maisons de pierre. Le parc naturel de la vallée de l'Ikiss, par exemple, offre des itinéraires entre cascades et falaises, loin des sentiers battus.

Plus près, la plaine de l'Angad invite à une balade plus douce. Entre les champs de blé, les vergers et les canaux d'irrigation, on croise des fermes familiales et des khettaras, ces galeries drainantes héritées d'une ingéniosie hydraulique ancestrale. Cette plaine a longtemps assuré la subsistance de la ville et continue de structurer son identité agricole. Elle constitue un contrepoint paisible à l'énergie urbaine d'Oujda.

Pour compléter l'excursion, la ville de Berkane, au sud-est, réputée pour ses agrumes et son exposition ensoleillée, mérite une halte. Ailleurs, la petite ville de Tafoughalt, nichée dans les Beni-Snassen, surprend par son microclimat et ses sources. Chaque destination ajoute une couche au portrait d'une région contrastée et attachante.

Pourquoi Oujda mérite-t-elle une place sur votre itinéraire marocain ?

Oujda ne ressemble à aucune autre ville du Maroc. Elle n'a ni l'effervescence commerciale de Casablanca, ni le caractère impérial de Fès ou de Marrakech. Elle possède autre chose : une authenticité brute, fruit de siècles de contacts, de résistances et de mélanges. Sa médina, ses façades art déco, sa mosquée Sidi Yahya, sa place Moulay El Médi, ses montagnes et sa plaine de l'Angad composent un patrimoine dense et vivant.

Visiter Oujda, c'est choisir une immersion dans la région de l'Oriental, entre histoire berbère, empreinte coloniale et modernité marocaine. C'est goûter un thé à la menthe au café du coin, suivre les ruelles de la médina jusqu'à l'odeur du pain four, puis monter vers les Beni-Snassen pour respirer le parfum des chênes-lièges. C'est, en somme, découvrir une ville qui ne joue pas la carte postale, mais offre l'hospitalité d'un lieu réel. Et c'est précisément ce qui fait son charme.

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