Poser le pied à Oujda, c'est entrer dans une ville où le Maghreb se tourne vers l'Est. Capitale de la région de l'Oriental, elle trône à quelques encablures de la frontière algérienne, baignée par la lumière blanche de la plaine de l'Angad et protégée par les contreforts des Beni-Snassen. C'est ici que s'écrivent, depuis plus de dix siècles, les rencontres entre Amazighs, Arabes, Andalous et Européens. Le cliché 111 de notre galerie, Sans titre-31.jpg, saisit cette ambiance du Oriental : une lumière de fin d'après-midi, des façades ocre, une rue qui murmure déjà le soir. L'image résume le propre d'Oujda : une ville paisible, habitée par son patrimoine, et qui mérite qu'on s'y attarde.
Où se trouve Oujda et quel paysage l'entoure ?
Oujda se niche dans le nord-est du Maroc, à près de 550 kilomètres de Rabat et à 60 kilomètres de la Méditerranée. Elle est la porte du Maroc vers l'Algérie et, au-delà, vers l'Orient. Au sud s'étend la plaine de l'Angad, large assiette agricole où les oliviers, les céréales et les vergers dessinent des horizons réguliers. Cette plaine, fertile depuis l'Antiquité, a nourri la ville et façonné son caractère de carrefour commercial. Au nord-ouest, le massif des Beni-Snassen relève le paysage de ses crêtes boisées et de ses gorges abruptes. Entre ces deux éléments, Oujda occupe une position stratégique que l'on comprend dès qu'on grimpe aux terrasses de la médina : d'un côté la mer de verdure, de l'autre la chaîne montagneuse qui ferme l'horizon. C'est cette géographie qui a fait d'Oujda un lieu de passage, de marchés et de garnisons.
Quelle histoire se lit dans la médina d'Oujda ?
La médina d'Oujda porte sur ses murs les strates du temps. La ville médiévale fut refondée au Xe siècle par Ziri ibn Atiyya, chef des Banu Ifran, qui en fit une place forte face aux envahisseurs venus de l'Est. Elle passa ensuite sous l'influence des Mérinides, des Saadiens et des Alaouites, chaque dynastie laissant son empreinte dans les remparts, les portes et les sanctuaires. La mosquée Sidi Yahya, la plus ancienne de la ville, est le cœur religieux de ce quartier. Selon la tradition, elle remonte au XIe siècle et doit son nom à un saint vénéré, Sidi Yahya. Son minaret trapu et sa cour pavée offrent un havre de silence au milieu des ruelles animées. Autour, les souks déploient leurs étals de tissus, d'épices, de poteries et de babouches. Le visiteur y circule entre des fondouks, des hammams et des demeures aux portes de cèdre sculpté. C'est dans cette médina, encore vivante et peu spectaculaire, que le patrimoine d'Oujda se dévoile le mieux : pas sous forme de monuments ostentatoires, mais à travers une trame urbaine intacte et une vie de quartier inchangée.
Comment l'art déco et la période coloniale ont-ils modelé le patrimoine d'Oujda ?
Le début du XXe siècle marque un tournant. En 1907, la présence française s'affirme dans la région, et Oujda devient un pôle militaire et administratif du protectorat. La ville nouvelle se développe à l'extérieur des remparts, selon un plan en damier typique de l'urbanisme colonial. C'est alors que fleurit un remarquable ensemble art déco : cinémas, hôtels, villas, bureaux et cafés adoptent les lignes géométriques, les ferronneries stylisées et les façades colorées de ce style. Les années 1920 et 1930 laissent à Oujda un héritage architectural rare au Maroc, comparable à celui de Casablanca ou de Tétouan, mais plus intime. Les balcons en fer forgé, les bow-windows et les frises de céramique colorent les boulevards qui mènent à la place Moulay El Médi. Cette place, centre névralgique de la ville moderne, témoigne de cette ambition coloniale de faire d'Oujda une vitrine de l'ordre français, tout en conservant, à quelques rues de là, la médina et ses mosquées. Aujourd'hui, ces façades art déco sont patiemment restaurées par des propriétaires et des associations qui ont compris leur valeur.
Que voir à Oujda aujourd'hui, de la mosquée Sidi Yahya à la place Moulay El Médi ?
La promenade commence naturellement dans la médina, par la mosquée Sidi Yahya et les souks qui l'entourent. On y découvre les artisans du cuir et du tissage, ainsi que des pâtisseries qui sentent le miel et la cannelle. On sort ensuite par la porte qui donne sur la ville nouvelle et on gagne la place Moulay El Médi. C'est le lieu des rencontres : terrasses de café, enfants qui jouent, calèches stationnées, palmiers qui filtrent le soleil. À proximité, le marché central expose les produits de la plaine de l'Angad, des olives aux agrumes, en passant par les herbes aromatiques des Beni-Snassen. Le musée de Oujda, installé dans un palais ancien, retrace l'histoire régionale à travers des pièces préislamiques, des manuscrits et des objets ethnographiques. Le soir, la ville change de rythme. Les cafés s'animent, le parc Lalla Aïcha devient le refuge des familles, et les néons des façades art déco reflètent une ambiance qui n'appartient qu'à l'Oriental.
Quelles escapades faire autour d'Oujda, de la plaine de l'Angad aux Beni-Snassen ?
Oujda se visite aussi par ses alentours. La plaine de l'Angad, au sud, invite à une balade entre fermes et koubbas, ces petits mausolées blancs qui ponctuent les campagnes. Les villages de la plaine conservent des traditions agricoles anciennes, et leurs marchés hebdomadaires méritent le détour. À l'opposé, le massif des Beni-Snassen offre un paysage de montagne méditerranéenne : chênes-lièges, gorges, sources et douars accrochés aux flancs des collines. Les randonneurs y trouvent des sentiers qui mènent à des points de vue spectaculaires sur la région de l'Oriental. Plus près encore, les sources thermales de Saidia et la côte méditerranéenne complètent cette palette. Oujda apparaît alors comme un camp de base idéal : on y goûte la médina le matin, on flâne dans les rues art déco l'après-midi, et le lendemain on part pour la montagne ou la mer.
Oujda ne se consume pas en un jour. Elle demande la curiosité de celui qui sait regarder au-delà des grandes destinations. Entre la mosquée Sidi Yahya, la place Moulay El Médi, les façades art déco et les horizons de la plaine de l'Angad, elle constitue l'une des portes les plus attachantes du patrimoine marocain. La région de l'Oriental se découvre ici dans sa dualité : racines profondes dans la médina, souffle moderne dans la ville nouvelle, et, tout autour, la montagne et la plaine qui dessinent l'identité des Beni-Snassen. Comme le suggère le Cliché 111 de notre galerie, Sans titre-31.jpg, l'âme d'Oujda se lit dans une lumière, une rue, un instant saisi au cœur de l'Oriental. Venez la découvrir.
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