Située à l’extrême nord-est du Maroc, Oujda est la capitale historique et culturelle de la région de l’Oriental. À quelques kilomètres de la frontière algérienne, elle trône sur la plaine de l’Angad, bercée par les contreforts des monts Beni-Snassen. Cette photographie, intitulée “Instantané 124 : vue sur Oujda”, capture une ville où le passé arabo-andalous, le protectorat français et la vitalité contemporaine se mêlent dans une même lumière. Envie de découvrir une facette du Maroc authentique, loin des circuits touristiques les plus fréquentés ? Oujda mérite le détour.

Où se trouve Oujda et quel paysage l’entoure ?

Oujda se trouve à près de 600 kilomètres à l’est de Rabat, à la limite des plaines fertiles et des montagnes. Le relief environnant forme un écrin naturel spectaculaire : au nord et à l’est, les Beni-Snassen dessinent des crêtes ondulantes couvertes de chênes-lièges, de thuyas et de maquis parfumé ; au sud, la plaine de l’Angad s’étend, riche de vergers, de céréales et de jardins irrigués. Cette géographie explique en partie l’ancienneté du site : depuis l’Antiquité, la route qui reliait l’Ifriqiya à l’Atlantique passait par ici. Sous une lumière dorée du matin ou du soir, le panorama sur Oujda devient presque méditerranéen, avec ses terrasses blanches, ses minarets verticaux et ses palmiers qui tranchent sur les teintes ocre de la terre.

Quelle est l’histoire de cette ville de l’Oriental ?

L’histoire d’Oujda remonte à l’époque médiévale, bien que des traces d’occupation antérieure existent dans la région. La ville fut longtemps un carrefour militaire, religieux et commercial entre le Maroc, l’Algérie et l’ensemble du Maghreb. Au Xe siècle, elle devint un point stratégique des dynasties qui tentaient de contrôler les confins orientaux du Maghreb. Au fil des siècles, Oujda fut prise, fortifiée, détruite puis reconstruite par les Almohades, les Mérinides, les Wattassides et les Saadiens. Chaque dynastie lui a laissé des traces dans son patrimoine urbain, ses portes fortifiées et son tissu social.

L’époque moderne marque un tournant : en 1907, lors du Protectorat français, Oujda devient un centre administratif majeur de la zone orientale. Les autorités coloniales modernisent les axes de communication, créent de nouveaux quartiers et introduisent une architecture qui dialogue avec l’ancienne médina. L’indépendance, en 1956, ramène la ville dans l’orbite nationale, sans effacer les strates de son histoire. Cette photographie évoque précisément ces empilements de temps : derrière les toits anciens, on devine des immeubles plus récents, témoins silencieux des transformations du XXe siècle.

Que révèle la médina d’Oujda sur son âme ?

Le cœur historique d’Oujda reste sa médina, une cité intramuros aux ruelles étroites, aux souks couverts et aux portes monumentales. Contrairement aux médinas les plus médiatisées du pays, celle d’Oujda garde un caractère résolument populaire et quotidien. On y trouve des artisans travaillant le cuir, le métal et le textile, des commerces de produits du terroir, des boulangeries où sortent les premiers pains du matin. Les rues portent des noms qui racontent des métiers, des familles, des fondouks : ici, la mémoire se loge dans les murs de pisé, les portes de bois sculpté et les patios secrets.

La mosquée Sidi Yahya, l’un des édifices religieux les plus anciens de la ville, incarne cette continuité spirituelle. Fondée selon la tradition au XIIe siècle, elle a été restaurée à plusieurs reprises. Son minaret élancé domine un quartier dense où les fidèles se croisent avec les passants, les enfants et les marchands. À proximité, les fondouks — anciennes auberges pour caravanes — ont été adaptés en ateliers ou en logements, mais leur structure autour d’une cour centrale perpétue l’organisation spatiale héritée des siècles de commerce caravanier.

Comment le protectorat a-t-il modelé le visage urbain d’Oujda ?

L’une des singularités d’Oujda réside dans l’héritage architectural laissé par le Protectorat français. Hors des remparts de la médina, la ville nouvelle s’est développée selon un plan orthogonal à l’européenne, avec des avenues bordées d’arbres, des édifices publics imposants et des immeubles d’habitation aux lignes géométriques. C’est ici que l’on observe l’un des plus beaux ensembles d’art déco du Maroc oriental : façades ornées de motifs stylisés, ferronneries courbes, bow-windows, vitraux colorés et encadrements de portes en pierre de taille.

La place Moulay El Médi constitue un bon exemple de ce dialogue entre deux époques. Ancienne place principale de la ville nouvelle, elle concentre des bâtiments administratifs, des terrasses de café et des commerces qui ont gardé leurs devantures d’antan. Alors que la médina s’organise autour de l’intimité des ruelles, la place ouvre sur l’espace public, le déambulatoire et la promenade. Cette dualité — médina versus ville nouvelle, pisé versus béton, souk versus boulevard — donne à Oujda une texture urbaine rare, où chaque quartier raconte un chapitre différent du patrimoine local.

Que voir autour d’Oujda et comment prolonger la visite ?

Au-delà de la ville, la région de l’Oriental offre des prolongements de découverte naturels et culturels. Les monts Beni-Snassen invitent à la randonnée, aux pique-niques ombragés et à la découverte de villages berbères aux maisons blanchies à la chaux. La plaine de l’Angad, quant à elle, déploie des paysages agricoles qui changent de couleur au rythme des saisons : vert éclatant au printemps, doré en été, brun et lumineux en automne. Plus loin, la ville frontalière de Figuig, les gorges de Zegzel ou les stations thermales comme Aïn Sfa se profilent comme autant d’excursions possibles.

À Oujda même, le visiteur curieux prendra le temps de flâner dans la médina au petit matin, d’admirer les détails art déco de la ville nouvelle, de s’arrêter sur la place Moulay El Médi pour un thé à la menthe, et de gravir un point de vue pour contempler la ville dans la lumière de l’est. Cette photographie, prise depuis une élévation, donne à voir précisément cette Oujda-là : une ville qui ne se dévoile qu’à ceux qui prennent le temps de lever les yeux.

Pourquoi Oujda mérite-t-elle une place dans votre carnet de voyage ?

Oujda ne se contente pas d’être une étape vers l’Algérie ou la Méditerranée : elle est une destination à part entière, porteuse d’un patrimoine complexe et attachant. Entre la médina millénaire, les façades art déco, la mosquée Sidi Yahya, la place Moulay El Médi et les horizons des Beni-Snassen et de la plaine de l’Angad, la ville propose une expérience marocaine riche et nuancée. Elle invite à ralentir, à observer, à écouter les récits que murmurent les pierres et les rues. Pour qui cherche une autre manière de découvrir le Maroc, loin des sentiers battus, Oujda et la région de l’Oriental offrent lumière, histoire et chaleur humaine en une seule et même étreinte.

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