Ce coin pittoresque immortalisé dans Sans titre-11 c.jpg n'est pas qu'une simple carte postale. Il raconte Oujda, cette ville de l'extrême est du Maroc où la médina frôle la ville moderne, où les arcades ombragées laissent deviner des siècles de caravanes, et où chaque façade porte les stigmates du patrimoine berbère, arabe et colonial. Située au cœur de la région de l'Oriental, Oujda mérite qu'on s'y attarde.
Où se trouve Oujda et comment s'inscrit-elle dans la région de l'Oriental ?
Oujda se niche à quelque cinquante kilomètres de la frontière algérienne, dans une large cuvette que domine au nord le massif des Beni-Snassen. C'est la capitale administrative et culturelle de la région de l'Oriental, ce vaste territoire qui borde l'Algérie et s'étire depuis la Méditerranée jusqu'aux confins du Haut Atlas. Autrefois carrefour des routes transsahariennes, la ville tire sa personnalité de cette position de seuil : ici, le Maroc ouvre une fenêtre sur l'Orient maghrébin.
Le climat y est plus rude qu'à l'ouest du pays. Les hivers peuvent porter la neige sur les reliefs environnants, tandis que l'été baigne la plaine de l'Angad d'une lumière blanche. Cette plaine, parmi les plus fertiles du royaume, nourrit Oujda depuis des siècles de blé, d'oliviers et de vergers. Pour le visiteur, comprendre cette géographie, c'est déjà saisir la respiration de la ville : entre montagne et plaine, entre sécheresse estivale et fraîcheur hivernale.
Quelle histoire se lit dans les pierres de la médina d'Oujda ?
La médina d'Oujda est le livre ouvert de l'histoire locale. Fondée ou du moins fortifiée à l'époque mérinide, au XIIIe siècle, la ville ancienne conserve une trame labyrinthique typique des cités maghrébines. Ruelles étroites, portes voûtées, souks couverts : chaque détour évoque les marchands qui venaient de Tlemcen, de Fès ou des oasis du sud.
L'histoire d'Oujda est aussi faite de rivalités et de recompositions. Pillée, reconstruite, disputée entre dynasties, elle a connu des périodes d'abandon avant de renaître sous le protectorat français à partir de 1912. Les Français firent de la ville un pôle militaire et administratif, mais aussi une vitrine de leur politique urbaine. Ils tracèrent un centre colonial au sud de la médina, laissant intact le tissu ancien tout en greffant des avenues, des jardins et des bâtiments de style européen. C'est ce dialogue, parfois tendu, entre deux époques que l'on perçoit encore en flânant.
Que révèle le patrimoine art déco autour de la place Moulay El Médi ?
Quittons les remparts pour découvrir la place Moulay El Médi, véritable cœur battant de la ville nouvelle. Construite durant la première moitié du XXe siècle, cette place et les rues qui la rayonnent constituent l'un des plus beaux témoignages du patrimoine colonial marocain. Les façades ici ne sont pas orientales : elles arborent des lignes épurées, des bow-windows, des ferronneries géométriques et des motifs que l'on qualifiera volontiers d'art déco.
Cet héritage architectural, rare au Maroc en dehors de Casablanca ou de Marrakech, donne à Oujda une silhouette inattendue. Les immeubles des années 1920-1940, peints en ocre ou blanchis à la chaux, portent encore le nom des commerçants européens qui y tenaient leurs boutiques. Aujourd'hui, brasseries, librairies et administrations y côtoient les passants. S'y asseoir à la terrasse d'un café, c'est regarder défiler une ville qui a su conserver l'élégance de son siècle de pierre sans renier ses racines.
Pourquoi la mosquée Sidi Yahya est-elle incontournable ?
Au cœur de la médina trône la mosquée Sidi Yahya, l'un des monuments les plus anciens et les plus vénérés d'Oujda. Fondée au XIVe siècle, elle tire son nom d'un saint local et incarne la spiritualité profonde de la ville. Son minaret de briques rouges, sa cour aux arcades de pierre et son mihrab aux motifs géométriques en font un joyau de l'architecture religieuse marocaine de l'est.
Ce qui frappe le visiteur, c'est la sobriété des lieux. Pas de dorures ostentatoires, mais une harmonie de proportions et une lumière tamisée qui invitent au recueillement. La mosquée demeure un repère pour les habitants : les vieux hommes s'y rendent à l'aube, les enfants passent en courant dans les ruelles avoisinantes. Elle est, avec les remparts et les fondouks, un des points d'ancrage qui permettent à Oujda de ne pas se perdre dans la modernité.
Que découvrir aux portes de la plaine de l'Angad et du massif des Beni-Snassen ?
Oujda ne se limite pas à ses murs. À quelques encablures, la plaine de l'Angad s'étend comme un tapis de champs et de douars. Les paysages y sont doux, rythmés par les oliviers centenaires, les cultures de céréales et les pâturages où paissent des troupeaux. Au printemps, après les pluies, la plaine vire au vert émeraude ; en été, elle se couvre d'or et de brun, offrant des horizons de silence.
Plus au nord, les Beni-Snassen dressent leurs crêtes de calcaire. Ce massif, peu fréquenté par le tourisme de masse, recèle des gorges, des grottes et des villages berbères où le temps semble suspendu. Les randonneurs y trouvent des sentiers sauvages, des sources fraîches et une vue plongeante sur la plaine. Pour qui veut comprendre la région de l'Oriental dans sa diversité, cette escapade est indispensable. Entre la ville et la montagne, entre la pierre et la terre, se dessine le véritable visage d'Oujda.
Conclusion : pourquoi Oujda mérite-t-elle le détour ?
Oujda ne séduit pas par le spectacle. Elle séduit par la densité de son histoire, par la chaleur de son quotidien et par la beaute discrète de ses paysages. De la mosquée Sidi Yahya aux façades art déco de la place Moulay El Médi, de la médina aux contreforts des Beni-Snassen, la ville offre un voyage dans le temps et dans l'espace. Pour l'amateur de patrimoine, de géographie et de rencontres, Oujda et la région de l'Oriental constituent une destination authentique, loin des sentiers battus, où chaque coin de rue, chaque oliveraie de la plaine de l'Angad raconte une part du Maroc profond.
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