Poser le pied à Oujda, c'est entrer dans une ville-frontière où le Maroc se tourne vers l'est et ouvre grand les portes de la région de l'Oriental. Capitale de cette province du nord-est, Oujda ne ressemble à aucune autre cité du royaume. Son histoire mouvementée, son architecture mêlée, ses montagnes proches et son ancrage dans la plaine de l'Angad en font une escale à part. La photographie « Sans titre-22 c.jpg », issue de la galerie Oujda.net et intitulée « Photo 64 : culture et traditions de l'Oriental », en dit long à elle seule : elle saisit un instant de vie où le patrimoine ne se visite pas seulement, il se vit, entre gestes, couleurs et mémoire partagée. Envie de découvrir Oujda ? Voici ce qu'il faut savoir avant de partir.
Où se trouve Oujda et quel paysage l'entoure ?
Oujda s'étire à l'extrême nord-est du Maroc, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne. Elle domine la vaste plaine de l'Angad, une terre fertile et lumineuse où les champs de céréales et les jardins irrigués dessinent des horizons doux. Au sud, les monts des Beni-Snassen dressent leurs reliefs accidentés, couverts de chênes-lièges et de maquis parfumés. Cette position, entre plaines et montagnes, entre Maroc et Algérie, a fait d'Oujda un carrefour stratégique depuis l'Antiquité. Le voyageur qui arrive par la route de Fès ou de Nador découvre une ville qui apparaît soudain, baignée de lumière, avec ses minarets, ses antennes et ses boulevards bordés d'arbres. L'air y est sec, le ciel limpide, et les soirs d'été laissent flotter une douceur presque méditerranéenne.
Quelle est l'histoire qui a façonné la médina d'Oujda ?
Fondée très tôt dans l'histoire du Maghreb, Oujda fut une étape essentielle des routes transsahariennes et des caravanes reliant le Maroc à l'Ifriqiya. Au IXe siècle, elle entra dans l'orbite des Idrissides, les fondateurs de l'État marocain, et devint un point de résistance, de commerce et de culture. Au fil des siècles, la ville fut prise, reconstruite, incendiée, rebâtie : Almohades, Mérinides, Saadiens et Alaouites y laissèrent chacun leur empreinte. Cependant, c'est surtout à partir de 1907, avec l'installation du protectorat français, qu'Oujda prit l'allure qu'on lui connaît aujourd'hui. Les autorités coloniales tracèrent de larges avenues au nord de la médina, séparant l'ancien tissu urban de nouveaux quartiers administratifs et résidentiels. Pourtant, le cœur historique a survécu. Ses ruelles étroites, ses souks couverts, ses portes anciennes et ses fondouks continuent de raconter le passé. Flâner dans la médina d'Oujda, c'est mesurer combien le patrimoine de la ville résiste au temps et réinvente chaque jour son quotidien.
Que racontent les monuments emblématiques de la ville ?
Les pierres d'Oujda portent la mémoire de ses habitants. La mosquée Sidi Yahya, située à l'entrée de la médina, est l'un des édifices les plus anciens et les plus respectés de la ville. Selon la tradition, elle remonterait au IXe siècle et abriterait la tombe d'un saint vénéré. Ses portes en bois sculpté, son minaret sobre et son patio aux arcades voûtées invitent au recueillement. Tout proche, la place Moulay El Médi constitue un autre pôle de la vie oujdie. Animée le jour, illuminée le soir, elle concentre cafés, commerces et rencontres. C'est là que la ville expose sa convivialité, entre passants pressés, familles en promenade et jeunes en discussion. Autour de cet axe, on trouve également des bâtiments administratifs hérités de l'époque coloniale, des écoles, des fontaines et des jardins publics qui composent le visage multiple d'Oujda. Chaque monument, grand ou modeste, participe à un récit collectif fait de foi, de commerce et de résilience.
Pourquoi l'art déco transforme-t-il la balade en Oujda ?
L'une des surprises d'Oujda réside dans son architecture du XXe siècle. Pendant le protectorat, la ville connut une période de développement rapide qui donna naissance à de nombreux immeubles de style art déco. Le long des boulevards Mohammed V, Zerktouni ou encore près de la gare, les façades géométriques, les ferronneries courbes, les bow-windows et les moulures pastel attirent l'œil. Contrairement aux grandes villes marocaines où l'art déco se concentre dans des quartiers très délimités, à Oujda il se mêle au tissu urbain de manière diffuse et parfois inattendue. Un détour par une rue latérale peut révéler une porte ouvragée, un escalier en fer forgé ou une enseigne peinte à l'ancienne. Pour les amateurs de patrimoine moderne, la ville constitue un terrain d'exploration riche et encore méconnu. L'art déco oujdawi témoigne d'une époque où Oujda se rêvait métropole du nord-est, ouverte sur l'Europe et sur le reste du Maghreb.
Que découvrir dans la région de l'Oriental au-delà d'Oujda ?
Oujda est un excellent point de départ pour explorer l'arrière-pays. Les montagnes des Beni-Snassen, à une heure de route, offrent des paysages de gorges, de forêts et de villages berbères où le temps semble s'être arrêté. On y randonne, on y déguste le miel local, on y visite des marabouts perchés. Plus à l'est, la station balnéaire de Saïdia et ses longues plages dorées attirent les amateurs de mer. Au sud, les plaines et les oasis de la région de l'Oriental déroulent des horizons de palmiers, de ksour et de routes poussiéreuses. Cette diversité fait toute la singularité du territoire : en une journée, on peut passer de la médina pavée d'Oujda aux sentiers des Beni-Snassen, puis finir au bord de la Méditerranée. La photographie « Sans titre-22 c.jpg » n'est donc qu'un fragment d'une culture plus vaste, celle de l'Oriental marocain, où chaque geste, chaque costume et chaque paysage racontent une histoire de rencontres et de racines.
Comment vivre Oujda aujourd'hui ?
La ville n'a rien d'un musée figé. Elle bouge, elle discute, elle s'invente. Les étudiants de l'université Mohammed Ier animent les quartiers universitaires, les commerçants du souk maintiennent des savoir-faire anciens, et les familles se retrouvent sur la place Moulay El Médi ou dans les jardins de Lalla Aïcha. La cuisine locale mêle influences marocaines et orientales : couscous, rfissa, pastilla, mais aussi des spécialités plus proches de l'est algérien. Les musiciens jouent du malhun, de la musique gharnati et des rythmes berbères. Pour le visiteur, Oujda demande un peu de patience : elle ne se livre pas au premier regard. Mais celui qui accepte de ralentir, de boire un thé à la menthe dans un café du centre, de longer les murs de la médina au couchant et d'écouter les conversations mêlées d'arabe, de berbère et de français finit par saisir son charme discret. Oujda ne crie pas son identité : elle la chuchonne à ceux qui prennent le temps de l'entendre.
Entre mémoire, montagnes et modernité, Oujda mérite qu'on s'y arrête. Loin des circuits les plus fréquentés, elle propose une immersion authentique dans la région de l'Oriental, au cœur d'un patrimoine encore vivant. Que l'on vienne pour la médina, pour l'art déco, pour la mosquée Sidi Yahya ou simplement pour la lumière de la plaine de l'Angad, la ville laisse une empreinte. Comme l'illustre la photographie « Photo 64 : culture et traditions de l'Oriental », Oujda se découvre au détour d'un regard, d'une rencontre, d'un instant saisi. Alors, qu'attendez-vous pour partir ?
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