À l'extrême nord-est du Maroc, où la plaine de l'Angad s'ouvre comme un balcon sur l'Algérie et la mer Méditerranée, Oujda se révèle bien plus qu'une étape de passage. Ville-frontière, capitale historique de la région de l'Oriental, elle porte en elle dix siècles de rencontres, de commerce et de résilience. Entre sa médina aux ruelles parfumées, ses façades art déco héritées du Protectorat, et les montagnes des Beni-Snassen qui l'encerclent au sud, Oujda invite le voyageur à ralentir. Cette photographie, prise au fil d'une excursion dans l'Oriental, capture l'âme d'une destination longtemps méconnue, aujourd'hui prête à être redécouverte.
Où se situe Oujda, et quel rôle joue-t-elle dans l'Oriental marocain ?
Oujda s'étire à quelques dizaines de kilomètres de la frontière algérienne, dans une large dépression fertile irriguée par les oueds Moulouya, Boudinar et leurs affluents. Cette plaine de l'Angad, qu'on appelait autrefois le « grenier de l'Oriental », a fait la fortune de la ville : blé, orge, olives et agrumes y ont prospéré depuis l'Antiquité. Positionnée au carrefour des routes de l'est maghrébin, Oujda a toujours été un lieu d'échange entre le Tell algérien, le Rif occidental et le Maroc profond.
La région de l'Oriental, restructurée administrativement dans les années 2010, fait d'Oujda son chef-lieu économique et culturel. L'aéroport Angads, la voie ferrée reliant Casablanca à la frontière, et les universités qui accueillent des étudiants de toute l'Afrique du Nord témoignent de ce rayonnement. Pourtant, malgré son ancrage moderne, la ville garde une atmosphère de bourgade méditerranéenne où les terrasses, les cafés et les souks rythment encore la journée.
Quelle est l'histoire qui a façonné le visage d'Oujda ?
Fondée selon la tradition par le ribat de Ziri ibn Attia au Xe siècle, Oujda connaît une histoire mouvementée marquée par les dynasties berbères, arabo-andalouses, puis ottomans et alaouites. Au fil des siècles, elle fut prise, perdue, reconstruite : Almohades, Mérinides, Saadiens et Alaouites s'y sont succédé, laissant chacune leur empreinte dans les murailles, les portes et les fondouk de la médina. Au XVIIe siècle, la ville s'affirme comme un bastion du commerce trans-saharien et méditerranéen.
L'époque coloniale bouleverse durablement le paysage urbain. Le Protectorat français, installé de 1912 à 1956, fait d'Oujda un pôle militaire et administratif stratégique. Entre les deux guerres, l'architecture art déco fleurit dans le nouveau centre : cinémas Théâtre municipal, hôtels, banques, villas et galeries marchandes adoptent les lignes géométriques, les ferronneries stylisées et les façades blanches aux accents ocre. Ce patrimoine bâti, fragile mais encore lisible aujourd'hui, fait d'Oujda l'une des villes marocaines où le XXe siècle s'est inscrit avec le plus d'intensité.
« Oujda est une ville qui porte ses cicatrices avec élégance : chaque porte, chaque arcade raconte une transition entre deux mondes. »
Que peut-on découvrir dans la médina et au cœur de la vieille ville ?
Entrer dans la médina d'Oujda, c'est plonger dans un tissu urbain où le temps semble s'être arrêté aux heures de la sieste. Les souks, moins pressés que ceux de Fès ou de Marrakech, se déploient autour de la place Moulay El Médi, véritable cœur battant du quartier ancien. On y trouve des épiciers, des marchands de tissus, des artisans du cuir et des cafetsiers où le thé à la menthe est servi dans de petits verres ornés. L'ambiance y est familiale, presque villageoise.
La mosquée Sidi Yahya, l'une des plus anciennes et des plus vénérées de la ville, domine le paysage spirituel oujdi. Son minaret, ses coupoles et sa cour pavée attirent aussi bien les fidèles que les amateurs d'architecture. Selon la tradition locale, le saint éponyme aurait veillé sur la cité, et son zaouïa reste un lieu de mémoire populaire. Non loin de là, les fondouks, les hammams et les portes anciennes — Bab Sidi Abdelwahab, Bab El Gharbi — dessinent un itinéraire de flânerie idéal pour qui veut saisir le patrimoine vivant de la ville.
Que voir aux portes d'Oujda, dans la plaine de l'Angad et les Beni-Snassen ?
L'excursion autour d'Oujda révèle une géographie contrastée et généreuse. Au nord et à l'est, la plaine de l'Angad s'étend en vastes champs ondoyants, ponctués de khettaras, de douars et de vergers. Au printemps, les coquelicots et les bleues lupins colorent les bords de route, tandis que les silhouettes des oliviers millénaires dessinent des silhouettes presque sculpturales. C'est ici que la photographie de l'excursion prend tout son sens : entre ciel méditerranéen et terre labourée, l'Oriental déploie une lumière particulière, douce et limpide.
Au sud, les monts Beni-Snassen constituent un horizon de pierre et de chênes-lièges. Leur nom renvoie à la confédération berbère qui peupla ces massifs et qui résista longtemps aux pouvoirs centraux. Aujourd'hui, le parc national des Beni-Snassen offre des sentiers de randonnée, des gorges, des sources et une faune sauvage — sangliers, aigles, renards — qui surprend par sa présence à quelques encablures de la ville. Pour les amateurs de nature et de silence, ces montagnes sont une escapade incontournable.
- La médina d'Oujda : souks, mosquées et fondouks pour une immersion culturelle.
- Le centre art déco : balade architecturale autour de l'avenue Mohammed VI et de l'ancien cinéma.
- La place Moulay El Médi : cœur populaire, théâtre de la vie quotidienne oujdi.
- La plaine de l'Angad : paysages agricoles et lumière méditerranéenne.
- Les Beni-Snassen : randonnées, gorges et patrimoine naturel.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle aujourd'hui le détour ?
Oujda n'a pas la notoriété touristique de Marrakech ou d'Essaouira. C'est précisément sa force. La ville offre une expérience marocaine authentique, loin des flux organisés, où le visiteur peut déambuler sans guide, déguster une harira à midi, écouter du raï ou de la musique chaâbi dans un café du centre, et discuter avec des habitants fiers de leur identité orientale. Sa gastronomie, marquée par les influences berbère, arabe, andalouse et coloniale, vaut le voyage : pastilla aux fruits de mer, rfissa, méchoui, dattes et figues des Beni-Snassen.
Le patrimoine d'Oujda est aussi une invitation à la conservation. Les associations locales et les passionnés d'architecture militeut pour la sauvegarde des façades art déco et des ruelles de la médina. Chaque visite compte, chaque photo prise sur la place Moulay El Médi, devant la mosquée Sidi Yahya ou au pied des Beni-Snassen, contribue à faire connaître cette facette méconnue du Maroc.
Comment organiser une excursion dans l'Oriental depuis Oujda ?
Une journée d'excursion depuis Oujda peut commencer tôt par la traversée de la plaine de l'Angad, direction est, pour rejoindre les villages de la frontière et les collines aux horizons lumineux. Après un déjeuner en douar ou à la médina, l'après-midi se prête à une montée douce dans les Beni-Snassen, jusqu'à un belvédère ou une source ombragée. Le soir, retour à Oujda pour une promenade dans le centre historique, un thé sur une terrasse et une veillée aux accents orientaux.
Les meilleures saisons s'étendent de mars à juin et de septembre à novembre, lorsque la chaleur s'adoucit et que la végétation des montagnes offre ses plus belles nuances. Quelques précautions : prévoir de l'eau, des chaussures de marche, et un guide local pour les sentiers les moins balisés. La région reste accueillante, et l'hospitalité orientale transforme souvent l'excursion en rencontre imprévue.
Conclusion : Oujda n'est pas une destination qu'on visite en coup de vent. Elle se découvre à pas mesurés, entre les murs de sa médina, les lignes élégantes de son art déco, les senteurs de sa place Moulay El Médi, la quiétude de sa mosquée Sidi Yahya, la fertilité de la plaine de l'Angad et la sauvagerie des Beni-Snassen. Pour qui cherche au Maroc une autre méditerranée, plus discrète, plus humaine et plus secrète, la région de l'Oriental et sa ville lumière offrent un voyage dans le temps, la terre et la mémoire. La galerie Oujda.net vous invite à poursuivre cette promenade en images : chaque cliché, comme celui-ci, est une porte ouverte sur l'Oriental.
Continuez la découverte :
Explorez la photographie associée à cet article, parcourez notre galerie photos de Oujda ou consultez notre liste complète d'articles.
