Oujda se trouve à l'extrême nord-est du Maroc, à une cinquantaine de kilomètres de la Méditerranée et à quelques encablures de la frontière algérienne. Capitale de la région de l'Oriental, elle domine la plaine de l'Angad, ce vaste plateau fertile qui relie les contreforts du Rif aux montagnes des Beni-Snassen. L'image du sahel oujdiais — cette ligne de crête douce qui borde la ville — résume bien le caractère du lieu : un horizon ouvert, une lumière nette, un paysage où la terre cultivee rencontre les premières collines arides. C'est précisément cette situation, entre plaines et reliefs, entre routes du Maghreb et influences méditerranéennes, qui a fait d'Oujda un carrefour, une ville de passage devenue ville de patrimoine.
Où se situe Oujda dans le paysage marocain ?
Oujda s'étire sur le versant sud de la plaine de l'Angad, à environ 350 mètres d'altitude. Au nord, la plaine s'étend vers la mer ; au sud, les Beni-Snassen dessinent une chaîne ondulée de calcaires et de forêts de chênes-lièges. Cette géographie a dicté l'essor de la ville : les caravanistes, les agriculteurs et les marchands y trouvaient de l'eau, des terres et un point de halte avant de franchir l'Atlas ou de gagner les ports rifains. La photographie du sahel oujdiais met en lumière cette transition : ce n'est ni le désert du Sud, ni la montagne escarpée, mais un espace de sédentarisation, de jardins et de mémoire. Les voyageurs du début du XXe siècle décrivaient déjà Oujda comme une ville « aux jardins ordonnés, au pied d'une ligne de collines dorées ». Ce paysage est resté l'âme de la cité.
Quelle histoire traverse la médina d'Oujda ?
L'histoire d'Oujda remonte à l'Antiquité, mais c'est surtout à partir du Xe siècle, avec la fondation de la ville par les Zénètes, qu'elle devient un centre régional. Au fil des siècles, elle subit les convoitises almoravides, almohades, mérinides, puis saadiennes. Chaque dynastie y laisse des traces : remparts, portes, mosquées, fondouks. Le patrimoine d'Oujda se concentre avant tout dans sa médina, dont le tissu urbain date largement des époques médiévales et précoloniales. On y déambule par des rues étroites bordées de maisons à patios, de petits oratoires et de souks spécialisés.
La mosquée Sidi Yahya, située à proximité de la porte de la médina, est l'un des lieux les plus anciens et les plus respectés de la ville. Fondée au XIIe siècle et plusieurs fois remaniée, elle doit son nom à un saint vénéré dans la région de l'Oriental. Son minaret, de proportions modestes mais d'une grande élégance, domine encore le quartier. À quelques pas, la place Moulay El Médi, avec son animation de théâtres de rue, de cafés et de commerces, constitue le cœur battant de la vieille ville. C'est là que se croisent, chaque jour, mémoire populaire et rythme contemporain.
Que révèle Oujda sur l'époque coloniale et l'art déco ?
Le protectorat français, établi en 1912, transforme profondément Oujda. La ville devient un chef-lieu militaire et administratif, un nœud ferroviaire et routier orienté vers l'Algérie voisine. C'est dans cette période, entre les années 1920 et 1950, que se développe le quartier européen, aux artères larges et aux façades soignées. L'art déco y laisse une empreinte remarquable : immeubles aux lignes géométriques, ferronneries stylisées, portes et fenêtres aux proportions élancées, frises en céramique aux motifs modernistes.
Ces bâtisses, encore visibles dans le centre-ville et aux abords de la gare, témoignent d'une époque où Oujda se rêvait en ville moderne de la rive sud de la Méditerranée. L'architecture coloniale n'a pas effacé la médina : elle s'est installée à côté, créant une double identité urbaine que l'on retrouve dans les photographies d'archives montrant un même horizon où coexistent minarets et cheminées d'immeubles, palmiers et alignements d'arcades. Aujourd'hui, ce patrimoine du XXe siècle fait l'objet d'un intérêt croissant, tant des habitants que des chercheurs soucieux de préserver ce témoin de la mémoire partagée.
Que voir et que vivre à Oujda aujourd'hui ?
La visite d'Oujda commence naturellement par la médina et ses environs. On y flâne, on y déguste des pâtisseries locales, on y admire les portes anciennes et les façades de tadelakt. La mosquée Sidi Yahya mérite une halte pour son atmosphère recueillie et son architecture sobre. La place Moulay El Médi, elle, offre le spectacle d'une ville qui vit : enfants qui courent, vieux qui discutent, étals de fruits et d'épices. C'est un excellent point d'ancrage pour comprendre le rythme oujdia.
La promenade peut ensuite mener vers les quartiers de l'art déco, puis vers le parc Lalla Aïcha ou les jardins de la plaine de l'Angad. Pour les amateurs de nature, les Beni-Snassen offrent des sentiers de randonnée, des grottes et des points de vue saisissants sur la plaine. La région de l'Oriental, plus largement, invite à explorer les oasis, les ksour et les routes de contrebande littéraires qui longent la frontière. Enfin, la gastronomie locale — couscous aux sept légumes, viandes grillées, olives et huile d'olive de l'Angad — constitue une étape obligée.
Pourquoi Oujda mérite-t-elle le détour ?
Oujda ne ressemble à aucune autre ville marocaine. Elle n'a ni l'effervescence commerciale de Casablanca, ni la notoriété monumentale de Fès ou de Marrakech. Elle offre autre chose : une ville à taille humaine, marquée par une histoire de contacts et d'échanges, où le patrimoine arabe, berbère et colonial se lit dans la pierre et dans les habitudes. Le sahel oujdiais, ce paysage de transition entre plaine et montagne, en est le symbole : un territoire de rencontres, de calme et de beauté discrète.
Que l'on vienne pour l'architecture, pour la médina, pour les paysages des Beni-Snassen ou simplement pour le plaisir de découvrir une facette moins médiatisée du Maroc, Oujda réserve de belles surprises. Elle mérite qu'on s'y arrête, qu'on s'y promène, qu'on y pose son regard. Entre mémoire et modernité, entre la plaine de l'Angad et les collines dorées, la ville de l'Oriental invite au voyage.
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